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1936 : victoire du Front populaire en France, le début des congés payés, et le début d'une opposition très féroce

Le 3 mai 1936,  un jour d’élections en France, le second tour des législatives donne pour la première fois une majorité de gauche : c’est la victoire du Front populaire et elle est entrée dans l’histoire. Mais son opposition sera pour le moins "féroce".

Les congés payés

S’il fallait résumer le front populaire à une seule mesure, celle qui éclipse toutes les autres pourtant importantes comme la semaine de 40 heures ou les hausses des salaires, ce sont les congés payés. C’est à l’époque une vraie révolution : ces deux semaines octroyées à tous les ouvriers et employés de France vont leur permettre de partir en vacances, ce qui jusque là était réservé à une élite. Les congés payés octroyés en France en juin 1936 le seront le mois suivant en Belgique. 

Été 1936 : un parfum de fête populaire et la montée des périls

Cet été 36 est également annonciateur d’une montée des périls. Il y a d’abord le contexte international : en juillet 1936, au moment où des millions de Français et de Belges profitent de leurs premières vacances, éclate en Espagne un soulèvement militaire contre le gouvernement.

C’est le début de la guerre d’Espagne, trois ans de conflit sanglant entre Fascistes et Républicains qui aboutira à la victoire de Franco, bien aidé par Hitler et Mussolini qui s’étaient pourtant engagés à ne pas s’en mêler. Le gouvernement français du front populaire aimerait soutenir le gouvernement espagnol dans sa lutte contre Franco mais son allié britannique met une pression maximale pour que la France ne s’en mêle pas. Sinistre avertissement : l’été 36 des congés payés symbolise la frilosité des démocraties face au danger nazi, une frilosité qui s’explique aussi par l’énorme fracture au sein de l’opinion publique. C’est particulièrement vrai en France où la victoire du Front populaire ne plait pas à tout le monde.

1936 : une France qui ne fait pas dans la dentelle

La France de 1936 c’est une France extrêmement violente où les opposants au Front populaire ne font pas dans la dentelle.

Le Front populaire c’est l’alliance des Radicaux, on dirait aujourd’hui le centre gauche, de la SFIO l’ancêtre du parti socialiste et du Parti communiste.

Le 3 mai, ils obtiennent ensemble une majorité nette : ils sont donc forcés à rester unis mais la présence dans cette coalition du parti communiste dont les liens sont étroits avec la Russie de Staline effraient beaucoup de Français, à commencer par les milieux patronaux.

L’opposition au Front populaire est sans nuances, y compris sur les congés payés : le secrétariat d’Etat aux Loisirs qui les organise est ainsi baptisé ministère de la paresse. L’envoyé spécial du Figaro dans le train Paris-Nice se moque "des bérets et des chapeaux fleuris des passagers" et ricane "de la vaste clameur dans les wagons qui salue l’apparition de la mer  qu’on saucissonnera joyeusement sur les galets au pied de la promenade des Anglais". 

La tentative de lynchage de Léon Blum

Il y a pire : c’est l’antisémitisme assumé contre le président du Conseil comme on appelait alors le premier ministre Léon Blum.

Voir la France dirigée par un Juif paraît tout bonnement insupportable aux yeux de l’extrême droite française avec pour fer de lance l’Action française de Charles Maurras.

Un an avant la victoire du Front populaire il avait écrit ceci : Léon Blum, " ce juif allemand naturalisé est un homme à fusiller, dans le dos ". Léon Blum qui subira début 1936 une véritable tentative de lynchage en plein Paris. Et en mai, après la victoire du Front populaire, Maurras se déchaîne presque chaque jour contre celui appelé à devenir premier ministre : exemple " c’est en tant que juif qu’il faut voir, concevoir, entendre, combattre et abattre le Blum ". L’opposition sera donc féroce et finira par avoir raison du Front populaire.

85 ans plus tard, cela amène trois réflexions. D’abord, quand on sait quel fut le sort des Juifs quelques années après, lire ces véritables appels au meurtre est particulièrement choquant. Ensuite, on notera que les déchaînements de haine et de violence verbale n’ont pas attendu les réseaux sociaux pour s’exprimer. Enfin, on remarque que la mémoire collective préfère les bons souvenirs aux mauvais souvenirs. Au soir de sa vie, Gabin chantait  " on oublie les soirs de tristesse mais jamais un matin de tendresse ". Voilà sans doute pourquoi les congés payés de l’été 36 ont effacé le reste.

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