Lettres à Jim Morrison : l'Histoire des Doors

Jim Morrison et Ray Manzarek : la rencontre décisive (Episode 4)


Eté 1965. Plage de Venice, près de Los Angeles. Ray Manzarek est couché dans le sable et se fait bronzer à quelques mètres des vagues de l’océan Pacifique. Sa compagne Dorothy travaille mais lui, il profite des vacances. Il sera bien temps d’affronter le monde du travail à la rentrée. Il est diplômé en cinéma de l’UCLA, il finira bien par travailler dans l’industrie du cinéma.

Raymond Daniel Manczarek – il a abandonné le C pour rendre son nom plus facile à prononcer – est né à Chicago le 12 février 1939. Ses parents sont polonais d’origine. Ray a deux petits frères. A 8 ans, Ray apprend à jouer du piano et étudie le solfège avec un prof particulier. A 10 ans, il découvre le jeu de piano jazz boogie woogie. Il adore. Un peu plus tard, il découvre le blues à la radio et il se passionne pour cette musique de noirs.

Ray est passionné de musique et de sport. Il est grand et musclé. En 1960, il termine des études d’économie à l’université De Paul de Chicago. Il décide de s’inscrire ensuite à la faculté de Droit de l’UCLA pour devenir avocat. Mais le droit l’ennuie et il change d’option. Il va étudier le cinéma.

En 1962, suite à une rupture amoureuse, il s’engage à l’armée. Il est stationné en Thaïlande pendant plus d’un an. Puis il se rend compte qu’il n’est pas fait pour l’armée. Il se fait passer pour homosexuel, est démobilisé et revient en Californie pour reprendre ses études de cinéma. Avec un certain Jim Morrison.

Ray joue du piano et chante de temps en temps avec le groupe de ses petits frères " Rick & The Ravens ". En 1965, ils ont décroché un contrat d’enregistrement avec une petite maison de disques, Aura Records, et ils ont enregistré 3 45 tours promotionnels.

Ray a donc 25 ans. Il est allongé sur la plage et il te voit, Jim. Tu t’avances dans le sable devant lui. Ray est surpris. Tu es beaucoup plus mince qu’à l’université et tes cheveux sont plus longs. Et surtout, tu n’es visiblement pas parti à New York comme prévu. Tu es toujours à Los Angeles. Tu lui expliques que tu vis sur le toit d’un building abandonné depuis quelques semaines. Que tu manges peu. Que tu prends beaucoup de drogues. Et que tu écris des chansons.

" Des chansons ? ", te demande Manzarek. " C’est génial ! Chante m’en une. "

Tu es timide. Un peu gêné. Mais tu acceptes. Tu t’accroupis près de Ray, tu fermes les yeux, prends une poignée de sable en main et tu te mets à chanter " Moonlight Drive ".

Manzarek n’en revient pas. Il n’a jamais entendu des paroles comme celles-là. Il te demande si tu en as d’autres. Tu réponds que tu en as plein. Tu as entendu un concert de rock dans sa tête et tu as inventé des paroles pour coller à la musique que tu entendais pour pouvoir la retenir. Tu n’es pas musicien et tu n’as jamais chanté de ta vie. Pas grave. Manzarek imagine tout de suite comment il pourrait accompagner tes paroles au piano.

" Tu sais quoi, Jim ? On devrait former un groupe et gagner un million de dollars ! "

Tu es d’accord. Manzarek te propose de venir vivre avec lui et sa compagne Dorothy, comme ça, vous pourrez travailler aux chansons pendant l’été. Il vous faut un nom de groupe. Tu y as déjà songé. " The Doors ", les portes. Comme le titre de l’essai de philosophie spirituelle d’Aldous Huxley, " les portes de la perception " où il a testé la mescaline sous assistance médicale.

Un titre tiré d’un vers du poète anglais du XVIIIe siècle William Blake : " Si les portes de la perception étaient nettoyées, toute chose apparaîtrait à l’homme telle qu’elle est, infinie. " Toi, Jim, le grand lecteur, tu connais la référence évidemment. Et elle plaît beaucoup à Manzarek.

Il voit ça d’ici. Les Doors, un groupe qui mélangerait jazz et rock, poésie et musique, littérature et spiritualité. Un mélange inédit. Il faut qu’il en parle au groupe de ses frères.

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