Lettres à Jim Morrison : l'Histoire des Doors

Jim Morrison : 3 juillet 1971, tu meurs à 27 ans (Episode 1)


Cher Jim,

Nous sommes le 3 juillet 1971. C’est un samedi. Il est encore tôt ce matin quand le téléphone sonne dans l’appartement parisien de la réalisatrice Agnès Varda. Un ami franco-américain, Alain Ronay, loge chez elle. C’est lui qui décroche. A l’autre bout du fil, il entend la voix paniquée d’une jeune américaine. Pamela Courson. C’est ta compagne, Jim. Ronay, Varda et toi vous connaissez bien.

Vous vous croisez de temps en temps depuis que tu t’es installé à Paris avec Pam au mois de mars dernier. La veille encore, Alain Ronay et toi, vous vous êtes baladés dans les rues de Paris. Tu étais en petite forme d’ailleurs. Mais ce samedi matin d’été, Pamela est en larmes au téléphone. Elle explique à Alain que tu es inconscient, que tu saignes, qu’il faut appeler une ambulance parce qu’elle ne parle pas français.

Puis elle ajoute : " Je pense qu’il est en train de mourir… ". Alain Ronay raccroche et court prévenir Agnès Varda. C’est elle qui appelle les services de secours avant de partir vous rejoindre Pam et toi.

Vous occupez un appartement rue Beautreillis numéro 17. C’est un trois chambres au 2ème étage que vous sous-louez à une top model française, Zozo Larivière. Il est neuf heures et demie quand Varda et Ronay arrivent devant l’immeuble. Les services de secours sont déjà là, pompiers et policiers.

Varda et Ronay grimpent les escaliers. La porte de l’appartement est grande ouverte. Les deux amis se frayent un passage parmi les officiels. Varda aperçoit vaguement ton corps couché dans la petite baignoire de la petite salle de bains de l’appartement. Ronay ne te voit pas et se dirige vers Pamela, seule au milieu du couloir.

C’est elle qui lui apprend que tu es mort. Et qu’elle veut être seule maintenant. Elle se dirige vers la cuisine de l’appartement et abandonne Ronay dans le couloir. Ronay tourne la tête et aperçoit tes bottes debout dans une autre pièce. La botte droite légèrement devant la gauche comme si elles étaient en train de marcher. Des bottes, comme dans la chanson des Doors. Ta chanson.

Ronay se retourne et entend Agnès demander à un responsable s’il est sûr que tu es mort. Ce dernier répond très poliment qu’ils n’ont rien pu faire, qu’ils sont arrivés au moins une heure trop tard. Quand un inspecteur demande à Alain ton identité, Alain répond que tu t’appelles, que tu t’appelais, Douglas James Morrison. Que tu es un citoyen américain. Que tu es un riche poète. Que tu as 27 ans. Ronay ment volontairement.

Il ne veut pas que ton décès accidentel se transforme en foire médiatique comme lors des décès de Brian Jones, de Jimi Hendrix ou de Janis Joplin. Eux aussi des stars du rock. Eux aussi morts à 27 ans.

Alors, il ne dit pas toute la vérité. Il ne donne pas ton vrai nom, Jim, James Douglas Morrison. Et il ne dit pas que tu es le chanteur d’un groupe qui était le plus grand groupe américain il n’y a pas si longtemps : les Doors.  

Pendant qu’Alain répond aux questions, les pompiers ont déplacé ton corps. Tu reposes maintenant par terre, dans ta chambre, derrière une porte entrouverte. Sur la porte, on peut lire un message manuscrit écrit en arabe et en français. Il est écrit " Je dors, ne pas déranger. " Alain aperçoit ton pied nu de posé par terre. Mais il ne veut pas en voir plus. Il ne veut pas s’avancer pour voir ton corps. Tu étais son ami.

Pamela rejoint enfin Alain et Agnès. Elle leur raconte ce qui s’est passé. Vous êtes rentrés tous les deux la veille au soir après un cinéma. Vous avez tout de suite sniffé de l’héroïne et tu as écouté tes chansons. Puis vous êtes allés vous coucher. Toi, Jim, tu as repris un peu de drogue. Puis vous vous êtes endormis. C’est ta respiration bruyante qui a réveillé Pam. Tu étais toujours endormi mais tu respirais mal.

Pam t’a frappé plusieurs fois jusqu’à ce que tu te réveilles enfin. Mais tu n’allais pas bien du tout. Pam t’a conduit dans la salle de bain et est allée se recoucher. Elle s’est rendormie puis s’est réveillée à nouveau. Tu n’étais pas à côté d’elle dans le lit. Tu étais toujours dans la salle de bain, couché dans la baignoire, inconscient, avec du sang sur le visage. Et puis tu t’es mis à vomir. Du sang et des morceaux d’ananas. Après avoir vomi trois fois, tu as eu l’air d’aller mieux. Tu as dit que tu se sentais mieux. Et Pam est retournée se coucher. A son réveil, tu étais toujours dans la baignoire. Tu avais une expression sereine, ta tête légèrement inclinée. L’eau montait jusqu’à ta poitrine et tu souriais un peu.

Toi, Jim Morrison, le chanteur des Doors, tu étais mort dans la petite baignoire d’un petit appartement de Paris. Tu avais 27 ans. C’était un 3 juillet 1971. Il y a tout juste 50 ans. C’est la fin. C’est ta fin.

" This is The End ".

Mais ta fin, c’est aussi le début de notre histoire. Et cette histoire, on va la raconter ensemble, Jim. Je vais écrire ton histoire. Je vais t’écrire ton histoire. Lettre par lettre. De ton début à ta fin. Et même au-delà.   

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