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Jim Morrison - The Celebration of the Lizard, un album théâtral (Episode 15)


Nous sommes au mois de février 1968. Les Doors entrent en studio pour enregistrer leur troisième album. Cette fois-ci, vous quittez les studios Sunset Sound pour une plus grosse structure, les studios TTG réputés pour leur haut niveau de décibels. Vous avez derrière vous un tube avec le 45 tours de " Light My Fire " et deux premiers albums qui ont fini aux 2ème et 3ème place des charts. C’est ce qu’on peut appeler un bon début de carrière.

Mais pour votre troisième album, vous allez tenter autre chose. Vous avez un projet étonnant pour ce nouveau disque. Remplir une face avec une seule longue chanson. Une sorte de composition théâtrale que tu as composée: " The Celebration of the Lizard ", la Célébration du Lézard.

L’image au centre de cette longue chanson, c’est une bande de jeunes qui quittent la ville et qui s’aventurent dans le désert. Chaque soir, après le repas, ils racontent des histoires et chantent autour du feu. Ils dansent peut-être. Pour le plaisir et pour renforcer l’esprit du groupe. C’est en tout cas ce que tu expliqueras plus tard.

Il y a plusieurs histoires au cœur de ce long poème. Celle d’un homme qui quitte la ville et qui se dirige vers le sud. Il y fait de curieuses rencontres. Une femme gémissante, un serpent d’or pâle, des reptiles, des habitants des collines et un mystérieux Lézard Roi, capable de faire n’importe quoi.

Mais l’enregistrement de cette construction musicale n’est pas simple. Difficile d’harmoniser les différents blocs de la chanson. Le producteur des Doors, Paul Rothchild, trouve que c’est toute la pièce qui manque de cohérence. En fait, un seul morceau fonctionne. Une espèce d’histoire d’horreur au titre tiré du " Rameau d’or ", l’essai d’anthropologie de James George Frazer. " Not to touch the earth ".

Le projet d’un 3ème disque construit autour de la " Célébration du Lézard " est finalement abandonné. Mais le disque doit sortir au mois de juillet 1968, un an après le carton de " Light My Fire ". Il faut donc trouver de quoi le remplir. Et vous n’avez pas eu le temps de répéter de nouveaux morceaux.

C’est ce que le guitariste Robby Krieger appelle le syndrome du 3ème album. En règle générale, un groupe qui débute a eu le temps de composer et de répéter suffisamment de chansons originales pour remplir deux albums. Mais ensuite, les concerts s’enchaînent et les musiciens n’ont plus le temps de répéter. Résultat, quand ils arrivent au 3ème album, ils doivent composer leurs morceaux très vite, en studio, et ça s’entend.

C’est le cas pour les Doors. Vous improvisez en studio, vous récupérez de vieilles chansons laissées de côté depuis votre toute première démo et ton guitariste Robby Krieger écrit trois nouveaux morceaux pour compléter le tout.

Plus grave. Déçu par l’abandon de son projet poétique, tu te mets à boire. Enormément. Et tu te montres de moins en moins concerné par ce qui se passe en studio. Tu as 24 ans et tu es alcoolique.

A l’époque, on ne considère pas encore le phénomène comme une maladie qu’on peut soigner. Les Doors engagent bien quelqu’un pour t’amener à l’heure en studio et aux concerts. Mais c’est tout ce qu’ils peuvent faire. Comme l’a expliqué le guitariste Robby Krieger : Des gens ont essayé de te dire de boire moins. Mais tu t’en allais avec eux et tu les soûlais. 

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