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Jim Morrison - Les Doors sur scène à l'Hollywood Bowl (Episode 17)


Eté 1968. Les Doors publient le deuxième 45 tours tiré de leur futur 3ème album. C’est une de tes vieilles chansons, Jim. Tu l’as écrite après avoir abordé une superbe jeune fille noire dans la rue. Elle s’appelle " Hello, I Love You ".

On raconte que c’est le fils du président de la maison de disque des Doors qui est tombé sur les paroles de cette chanson dans tes carnets de poésie et qui a convaincu le groupe de l’enregistrer pour le nouvel album. Il a eu le nez fin. Cette chanson passe sans arrêt à la radio et elle va finir numéro un au classement dans quelques semaines. Ce sera le 2ème tube des Doors après " Light My Fire ".

En attendant, vous vous préparez à un de vos plus grands concerts. Vous avez été invités à donner un concert à l’Hollywood Bowl de Los Angeles le week-end de la fête nationale américaine. Et c’est une consécration pour les Doors ! L’Hollywood bowl est une scène en plein air installée dans les collines de Hollywood. La scène est posée devant un plan d’eau et elle est couverte par un toit en forme de coquillage qui projette le son vers les collines où sont assis les spectateurs.

C’est une scène particulièrement prestigieuse ! C’est la scène de l’orchestre philharmonique de Los Angeles. Quand les Beatles sont venus jouer à Los Angeles, c’était à l’Hollywood Bowl. Frank Sinatra a chanté sur cette scène. Pour vous, jouer dans le Bol de Hollywood, c’est une consécration.

L’affiche est prestigieuse. En première partie des Doors, il y a Steppenwolf qui vient de se faire connaître avec ce qui deviendra un classique.

Après Steppenwolf, les Chambers Brothers montent sur scène avec leur célèbre long morceau psychédélique " time has come today ".

Et puis, en tête d’affiche, les Doors. A concert exceptionnel, dispositif exceptionnel. Vous répétez la veille du concert, ce qui n’arrive jamais. Et surtout, vous décidez de filmer le spectacle avec l’équipe de votre documentaire " Feast of Friends ". Une équipe élargie avec cinq caméras. L’une d’elles est manipulée par un certain Harrison Ford. Eh oui. En 1968, Harrison n’est pas encore Han Solo ou Indiana Jones. Il a 25 ans, il est charpentier et il travaille dans la maison du photographe des Doors Paul Ferrara, celui qui réalise le film " Feast of Friends ". Comme Paul a besoin d’aide, il demande à Harrison de l’accompagner en tournage, de tenir le clap, de filmer quelques séquences et de participer au tournage à l’Hollywood Bowl.

J’ai rencontré Harrison Ford à Berlin lors d’une interview pour la sortie de " Blade Runner 2049 ". Je lui ai rappelé cette anecdote, ce qui l’a beaucoup amusé. Même s’il regrettait qu’aucune de ses images n’ait été utilisée par les Doors parce qu’elles étaient trop mauvaises.

Mais revenons-en au concert des Doors le 5 juillet 1968. Il y a 5 caméras, 14000 spectateurs dont Mick Jagger des Rolling Stones qui vient voir comment vous vous débrouillez dans une grande salle. Sur scène, les Doors ont dressé un mur d’enceintes derrière le groupe – mais la plupart ne sont pas branchées, elles font trop de bruit selon les pompiers – et les Doors se lancent dans un concert sérieux où tu es particulièrement… calme, Jim. Pantalon de cuir brun, ceinture indienne, gilet mexicain, chemise noire, tu ne quittes presque pas le pied de ton micro au milieu de la scène. Tu ne bouges presque pas. Es-tu intimidé par les caméras ? Par l’importance du concert ? Par la présence de Mick Jagger au premier rang ? Ou bien as-tu pris du LSD juste avant le concert ? On ne sait pas. Mais tu ne donnes certainement pas ta performance la plus spectaculaire.

Mais le concert n’est pas mauvais. Loin de là. Tu injectes des extraits de ta Célébration du Lézard entre les chansons.

Tu simules une exécution et une mise à mort pendant ta toute nouvelle chanson antimilitariste " The Unknown Soldier ", le soldat inconnu.

 

Et tu donnes une performance remarquable de " The End " avec sa section œdipienne qui choque les bonnes consciences américaines.

Mais au final le groupe n’est pas convaincu plus que ça par le concert du 5 juillet 1968. Il faudra attendre près de 20 ans pour que les images du concert soient publiées. Et encore, pas l’intégralité. C’est finalement en 2012 que les Doors publient CD et DVD du concert complet. 44 après. Il était temps.

 

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