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Jim Morrison - L'album "The Doors" est né (Episode 11)


Fin août, début septembre 1966. Les Doors entrent en studio à Los Angeles avec le producteur Paul Rothchild et l’ingénieur du son Bruce Botnick. Vous allez enregistrer votre tout premier album. Une des premières chansons enregistrées, c’est la première chanson que tu as chantée à Manzarek sur la plage un an plus tôt. " Moonlight Drive ".

 

Mais le morceau n’est pas encore au point. Il n’est pas conservé pour le premier album. Un album que le producteur veut aussi authentique que possible, aussi proche du son des Doors en concert au Whisky a Go Go. C’est ce qui dicte le choix du studio d’enregistrement d’ailleurs, les Sunset Sounds, réputés pour leur capacité à rendre un son " live ". Le producteur veut aussi limiter au maximum les effets sonores pour que les morceaux soient les plus intemporels possible et qu’on puisse les écouter pendant longtemps.

Aucun de vous quatre n’est habitué au studio mais vous jouez vos morceaux depuis un an. Vous les maîtrisez et vous êtes prêts à les enregistrer. Il y en aura 11 sur ce premier album, enregistré en 11 jours. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les thématiques des chansons s’éloignent très fort de ce qu’on entend à la radio en cette année 1966. Elles sont presque toutes écrites par toi, Jim.

La première chanson " Break On Through (to the other side) " mélange rock et bossa nova et parle d’une étrange évasion vers un énigmatique autre côté. En fait, tu parles d’une fille de l’autre côté d’un pont.

Soul Kitchen " nous emmène dans un restaurant fréquenté par les Doors, un resto pas cher où on mange des plats afro-américains, de la cuisine soul. Il y a ensuite " The Crystal Ship ", une chanson post-coïtale qui parle peut-être de drogue, peut-être de mythologie irlandaise.

Twentieth Century Fox " est une chanson basée sur un jeu de mots de l’ancien étudiant en cinéma que tu es, Jim. Tu joues avec le nom de la maison de production célèbre et l’expression " Fox ", une jeune allumeuse.

Alabama Song (Whisky Bar " est la reprise de Bertolt Brecht et de Kurt Weill qui a convaincu le propriétaire de la maison de disques Elektra de vous engager.

La première face de l’album se termine par la chanson écrite par ton jeune guitariste Robby Krieger et son contenu sexuel métaphorique " Light My Fire ".

 

Et  je suis désolé de le dire, Jim. Mais il ne faut pas longtemps avant que tu ne montres un côté étrange et violent de ta personnalité en studio. Un jour, tu lances une télévision contre un mur parce que ton ingénieur du son osait regarder un match de base-ball pendant un enregistrement. Une nuit, défoncé au LSD, tu reviens en studio parce que tu crois qu’il brûle et tu déverses le contenu d’un extincteur sur la console.

Tu t’enfuis ensuite mais tu perds une botte. Le lendemain, tu ne te souviens de rien mais on t’identifie grâce à ta botte. Et Elektra rembourse les dégâts. Pas glorieux comme fait d’arme. Allez, on revient à la musique et à votre premier disque. 

La face B du disque débute par votre deuxième reprise, celle du blues " Back Door Man " de Willie Dixon et son homme qui passe par la porte de derrière.

I looked at you " est peut-être la chanson la plus faible de l’album. C’est une chansonnette de rencontre amoureuse, même si comme toujours quand c’est toi qui chante, il y a un côté menaçant.

Le crépusculaire " End of the Night " est un morceau qui se trouvait déjà sur la première démo du groupe enregistrée un an plus tôt avec les frères Manzarek. Cette fois-ci, la guitare de Robby Krieger renforce l’ambiance inquiétante.

Take it as it comes " est une chanson ironique où tu te moques de tes trois amis adeptes de méditation transcendentale.

L’album se termine par un tour de force musical : " The End ". La petite chanson de 3 minutes sur la  fin de ton histoire d’amour adolescente est devenue une longue fresque de 11 minutes où tu signes aussi bien l’épitaphe d’un amour terminé que des visions poétiques mystérieuses sur l’envie de liberté de la côte ouest américaine ou des instantanés de cauchemar. Ce sont des paroles dignes d’un Edgar Allan Poe réincarné en hippie.

L’album, sobrement intitulé " The Doors ", sort le 4 janvier 1967. Sa couverture sombre montre ton visage en grand et les trois musiciens en plus petit. Sans le moindre sourire. On est prévenu, les Doors ne sont pas là pour rire.

 

 

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