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Jim Morrison - Feast of Friends: rencontre avec Harrison Ford (Episode 16)


1968 est une année charnière pour les Doors. C’est un peu l’année de la consécration après vos deux premiers disques sortis en 1967. Tout le monde attend votre troisième album. On connaît le titre " Waiting for the Sun ", en attendant le soleil.

Mais il prend un peu de temps à être enregistré. Dans un premier temps, vous avez tenté d’enregistrer ton long morceau théâtral " The Celebration of the Lizard ". Mais le projet, trop complexe, a été abandonné. Mais surtout, tu t’es mis à boire, Jim. Tu as toujours été un alcoolique social, tu n’as jamais refusé un verre, mais à présent c’est plus grave. Tu arrives soûl en studio, quand tu daignes t’y montrer. Tu arrives souvent en retard et tout aussi souvent accompagné d’amis de beuverie. L’ambiance en studio n’est plus aussi amicale qu’avant.

Les autres Doors réagissent en engageant une sorte de baby sitter, un musicien new-yorkais Bobby Neuwirth, pour te surveiller. Le prétexte : il est engagé par les Doors pour tourner un petit film en noir et blanc qui pourrait servir de clip à la chanson " Not To Touch The Earth ", tirée de la Célébration du Lézard. Tu n’es pas dupe, évidemment. Tu laisses faire mais tu continues à boire. Le clip existe mais il ne sera jamais diffusé officiellement. Trop décousu.

Mais ça donne une idée aux Doors. Pourquoi ne pas réaliser un documentaire complet sur le groupe en tournée ? Ca parait évident aujourd’hui mais, en 1968, c’est une démarche très originale. Presque inédite.

Vous demandez donc à votre photographe officiel Paul Ferrara de filmer les coulisses de vos spectacles. Ferrara loue une caméra, un sac d’objectifs, un pied et le voilà parti sur les routes avec les Doors. Comme il s’agit de vous filmer en coulisses et de capter les réactions des spectateurs, il ne prend pas de son au début. C’est curieux comme idée, Jim. Un documentaire sur un groupe sans son. C’est bizarre.

Un peu plus tard quand même, Ferrara va agrandir son équipe et demander à un de tes amis de beuverie, Babe Hill, d’enregistrer du son. Toujours pas du son des concerts mais des discussions en coulisse entre les membres du groupe.

C’est ainsi qu’on peut voir et entendre Robby Krieger improviser une reprise du " Sweet Substitute " du vieux pianiste de jazz Jerry Roll Morton. Assis dans un divan à côté de sa petite copine.

On peut t’écouter Jim discuter avec un prêtre de la différence entre les disques des Doors et vos concerts. On peut aussi voir les Doors jouer aux cartes dans un hôtel à Fresno au mois de juin. D’ailleurs, écoute bien cet enregistrement du clap et ce qui suit.

Tu as entendu ? Le caméraman dit à un certain " Harry " qu’il est dans le plan. Tu te souviens de ce " Harry ", Jim ? Un certain Harrison Ford. Il est devenu une méga star de cinéma, Jim. Il a joué Han Solo, Indiana Jones. Et il a fait le clap pour les Doors. On en reparlera dans une prochaine lettre.

Le documentaire, tourné essentiellement en couleurs, s’intitule " Feast of Friends ", " Festin d’amis ". C’est donc une collection de séquences décousues, sans ordre apparent, sans histoire, sans commentaire, qui montre les Doors sur la route. Ecoutons ce que les Doors eux-mêmes en disent lors du tournage.

Pour toi Jim, c’est donc un documentaire fictionnel qui se tourne tout seul et est plutôt difficile à définir. Pour Robby Krieger, peut-être que le film ne sera même pas sur les Doors. Et quand tu espères qu’il va laisser les spectateurs perplexes, Ray Manzarek trouve que c’est un bon mot.

Perplexes, c’est aussi l’adjectif qui va correspondre aux Doors quand ils verront le produit monté. Un film décousu de 38 minutes. Sans chanson des Doors en concert, sauf " The End " enregistrée lors d’un concert à l’Hollywood Bowl au mois de juillet 1968. On en parlera une autre fois.

Les Doors détestent le film, sauf toi Jim. Toi tu apprécies. Le tournage aurait pu se poursuivre mais les Doors décident d’arrêter les frais. Le projet est abandonné et restera invisible pendant longtemps. Le film " Feast of Friends " n’a été officiellement publié qu’en… 2014. Près de 50 ans plus tard.

 

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