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Jim Morrison -Episode 42 : Succès posthume


Cher Jim,

Tu as toujours beaucoup aimé jouer avec la presse, utiliser les journalistes, surtout ceux de la presse écrite. Tu aimais leur offrir des formules comme " les Doors sont des politiciens érotiques ". Tu savais que ça allait faire la une, même si tu ne pensais pas vraiment ce que tu disais. Même chose quand tu comparais les concerts des Doors à des séances animées par un shaman, avec toi dans le rôle du chaman. Tu y croyais vraiment où tu jouais avec les journalistes ?

Au début de la carrière des Doors, ils étaient dithyrambiques : vous étiez les rois de l’acid rock, tu étais le Mick Jagger américain. Puis les choses ont changé. On a commencé à t’appeler la poupée barbie ultime. C’était Liza Williams dans les pages du Los Angeles Free Press en 1969. Un bon article, bien écrit, qui te comparait à un jeune Médicis mais aussi à une image sur un poster, une poupée Barbie qui ferait mieux d’arrêter de prononcer ces phrases étranges, qui ferait mieux de ne chanter que votre tube " Light My Fire ".

Et ça, tu as moins aimé. C’est peut-être pour ça que tu t’es laissé pousser la barbe, que tu as cassé volontairement ou pas ton image de sex symbol lors du concert de Miami.

Après ce concert, plus rien n’a vraiment été pareil. La presse n’était plus vraiment de ton côté. Et ta mort n’a rien changé. Les Doors ont été vite oubliés durant les années 70. Mais en 1981, les Doors vont s’ouvrir à nouveau. Dix ans après ta mort. Grâce à qui ? Grâce à la presse, entre autres. En 1981, tu fais la une du magazine Rolling Stone. Tu aurais adoré le titre sur la couverture : " Jim Morrison, He’s hot, he’s sexy. And he’s dead ".

A l’intérieur du magazine, un long article qui explique que tu as plein de fans. Des fans qui étaient tout petits quand tu chantais à la fin des années 60. Aujourd’hui, ce sont des ados ou des jeunes adultes qui voient en toi le rebelle ultime, celui qui a pu faire tout ce qu’on leur interdit de faire à eux. Et tu es mort jeune. Tu es éternellement beau. Evidemment, la photo en couverture, c’est toi jeune et mince. Pas toi, barbu et gros.

Dans l’article, le vice-président des relations publiques d’Elektra annonce que les Doors n’ont jamais autant vendu de disques que cette année-là. Même pas de ton vivant. Tu te rends compte ? Tu vends plus mort que vivant. Pourquoi ? Eh bien, il y a eu " Apocalypse Now " avec ta chanson " The End ". Il y a eu l’album de poésie mis en musique par les trois Doors survivants. Il ne s’est pas beaucoup vendu mais ta voix est réapparue. Et puis il y a eu un livre. Ta biographie co-écrite par le journaliste Jerry Hopkins et par le gamin qui travaillait au bureau des Doors. Celui qui s’occupait des lettres de fans pour toi. Le petit Danny Sugerman. Eh bien, il a grandi. Il est devenu le manager de Ray Manzarek. Et c’est lui qui a aidé Hopkins à terminer ta biographie. Et à la faire éditer. Elle s’appelle " No one here gets out alive ". " Personne ne sortira d’ici vivant ". Comme dans ta chanson " Five To One ".

 

Un best seller de l’année 1980. Près d’un million d’exemplaires vendus la première année. Le livre se termine par des phrases qui t’auraient bien fait rire aussi. Les deux auteurs laissent penser que tu n’es peut-être pas mort. Que tu vis quelque part. Et que tu n’as toujours pas donné de tes nouvelles. La bonne blague. Il y en a toujours pour croire que tu es en vie. Comme Elvis. Oui, tu ne le sais pas forcément mais Elvis est mort lui aussi. Il est mort 6 ans après toi. En 1977.

Et Ray Manzarek surtout fait tout pour qu’on parle des Doors durant les années 80. On finit par retrouver de vieux enregistrements en concert des Doors et, en 1983, Elektra sort " Alive She Cried " avec notamment la première version live de " Light My Fire ".

Deux ans plus tard, en 1985, Ray Manzarek réalise lui-même une vidéo consacrée aux Doors. C’est " Dance on Fire " qui regroupe les clips du groupe, des morceaux de concerts et des extraits de tes poésies. Et qui fait découvrir votre musique et vos visages, enfin surtout le tien, à une nouvelle génération. Encore.

En 1987, Manzarek réalise une autre vidéo. Il ressuscite votre concert à l’Hollywood Bowl de juillet 1968. Le concert sort à la fois en vidéo et en CD.

Mais le meilleur arrive. Tiens-toi bien. Au début de la nouvelle décennie, au début des années 90, les Doors vont passer au cinéma. Eh oui, il va y avoir un film sur toi, Jim. Un vrai long-métrage.

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