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Jim Morrison - Comment faire pour prouver au public américain que les Doors sont un groupe sérieux ? (Episode 27)


Cher Jim,

Après le concert de Miami le 1er mars 1969 et les poursuites judiciaires qui pèsent sur toi, les Doors sont bannis des scènes du pays. Pittsburgh, annulé. Philadelphie, annulé. Providence, annulé. Toronto au Canada, annulé aussi. Detroit, Cleveland, Cincinnati, Dallas, Houston, Buffalo, Syracuse. Tout le monde annule.

Et vous ne passez plus à la radio non plus. " Touch Me ", le 45 tours tiré de votre futur album avait pourtant bien débuté sur les ondes à sa sortie au mois de décembre 1968 en grimpant assez vite à la 3ème place des classements. Mais cette chanson écrite par ton guitariste et où tu demandes à ton amoureuse de te toucher passe mal évidemment après l’accusation d’exhibition sur scène.

Comment faire pour réparer les dégâts ? Comment faire pour prouver au public américain que les Doors sont un groupe sérieux qui prépare un nouvel album ambitieux ? Comment faire sans pouvoir monter sur scène et sans passer à la radio ?

Il y a bien un moyen. Ce moyen, c’est la télévision publique américaine. Celle où on ne censure pas et où on n’est pas coupé par la publicité. Une chaine comme la chaine 13 du réseau WNET par exemple. Et il y a une émission qui laisse beaucoup de place aux artistes pour s’exprimer. Cette émission s’intitule " Critique ". Elle est enregistrée dans les studios new-yorkais de PBS. " Critique " était une émission éducative qui apportait un éclairage et une analyse sur les œuvres artistiques de l’époque. 

Les Doors vont passer deux jours à PBS à la fin du mois d’avril. Un jour pour enregistrer une poignée de chansons et un jour pour accorder une interview au jeune journaliste musical du Village Voice Richard Goldstein.

Richard Goldstein prend la musique au sérieux. Il y voit un transfert d’énergie entre les musiciens et les spectateurs. Et il vous prend au sérieux. Selon lui, vous combinez virtuosité technique et grâce sauvage. Pour lui, les Doors sont des superstars érotiques.

Tu apparais barbu, Jim, un cigare dans la bouche, les yeux cachés derrière des lunettes de soleil. A 25 ans, tu parais déjà bien vieux et visiblement fatigué et fragilisé par la période troublée que le groupe traverse. On est déjà très loin de l’image du Jim Morrison sex symbol des années précédentes.

Tu réponds calmement aux questions pointues du journaliste qui t’accorde le rôle de l’intellectuel capable de prophétiser comment la musique va évoluer dans les prochaines années. Une musique qui pourrait devenir électronique.

Les trois autres Doors sont assis à tes côtés et veulent eux aussi montrer que leur chanteur est bien plus que le gars soûl qui se serait exhibé sur scène. Le claviériste Ray Manzarek feuillette un de tes recueils de poésie publié à compte d’auteur et parle de tes textes.

Et puis bien sûr, vous jouez votre musique devant les caméras de " Critique ". Une poignée de morceaux dont des classiques de votre répertoire comme votre reprise de " Back Door Man ".

Et des nouveaux morceaux tirés de votre prochain album. Comme le romantique " Wishful Sinful " composé par ton guitariste.

Ou le plus énigmatique " The Soft Parade " que tu as écrit toi-même, Jim.

L’émission est diffusée à la télévision à la fin du mois de juin 1969 et vous permet de refaire parler de vous pour votre musique. Et pour rien d’autre. C’est déjà ça de gagné.

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