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Jim Morrison - C'est la fin (Episode 45)


Cher Jim,

Cette introduction de concert te dit quelque chose, j’imagine ? Pourtant, ce n’est pas toi qui chante. C’est le chanteur anglais Ian Astbury. Mais c’est bien les Doors, avec Ray Manzarek, Robby Krieger et un batteur que tu ne connais pas. Stewart Copeland, du groupe " Police ". Nous sommes sur une scène du Canada, à Toronto, en 2002 pour un concert en l’honneur d’une célèbre marque de motos américaines. Manzarek et Krieger avaient déjà joué avec Astbury quelques mois plus tôt pour un album d’hommage aux Doors. Il avait chanté " Touch Me " avec tes anciens musiciens. Et avec un certain brio.

Et donc, quand la marque de moto les a contactés, les Doors se sont reformés avec Astbury au micro. Mais sans John Densmore à la batterie. Il souffrait d’acouphènes et il avait décliné la proposition. Il avait été remplacé par le batteur de Police.

Le concert des Doors à Toronto a eu son petit succès. Et il a donné des idées à Manzarek et à Krieger. Pourquoi ne pas partir en tournée mondiale avec cette formation ? Manzarek-Krieger-Astbury et un jeune batteur Dennis parce que Copeland s’est blessé. Sous quel nom ? Les Doors, bien sûr.

Sauf que le batteur des Doors, le vrai, n’a pas été d’accord. Pour lui, un groupe sans Jim Morrison et sans John Densmore ne peut pas être présenté comme " les Doors ". Les Doors, c’était vous quatre. Ou, à la limite, les trois musiciens après ta mort. Mais pas cette nouvelle formation.

Il y a eu un gros procès entre tes musiciens, Jim. D’un côté, Manzarek et Krieger qui voulaient utiliser le nom des Doors pour partir en tournée. Un nom historique et vendeur, bien sûr. De l’autre, Densmore qui ne voulait pas les empêcher de partir en tournée mais pas avec ce nom-là.

C’est finalement Densmore qui a gagné devant la justice. Manzarek et Krieger ont joué sous le nom des " Doors of the 21st Century ". Qu’ils ont dû changer aussi en " Riders On The Storm ". Et puis en " Manzarek-Krieger ". Je t’avoue que je suis allé les voir trois fois en concert. Bien sûr, tu n’étais pas là. Bien sûr, John Densmore n’était pas là non plus. Mais j’ai quand même eu le plaisir de voir deux Doors en chair et en os. Et de les entendre jouer vos chansons en live.

Et vos chansons fonctionnent toujours aussi bien, 50 ans après. Elles sont figées hors du temps, intemporelles. On pourrait croire qu’elles ont été écrites hier par un jeune groupe amateur de rock, de jazz et de littérature.

Et toi, Jim. Tu restes une icône du rock and roll. Comme tu es mort jeune, à 27 ans, tes fans anciens et nouveaux gardent le souvenir d’un jeune homme cristallisé dans la beauté. Tu es aussi le rebelle ultime, le héros vêtu de cuir qui a défié l’autorité sur scène. Tu es le poète aussi, celui dont les mots sont parfois tellement énigmatiques qu’on peut tous y coller nos propres sensations. Tu ne l’as peut-être pas fait exprès. Mais c’est très efficace.

C’est pour ça que des centaines de fans du monde entier visitent ta tombe chaque année. Elle est minuscule cette tombe, d’ailleurs. Une petite tombe pour une grande star. Tu n’as même pas eu de pierre tombale pendant longtemps. C’est 10 ans après ta mort qu’un fan croate installe une pierre à ton nom et un buste à ton effigie. Le buste va être volé et, près de 20 ans après ta mort, tes parents détruisent la pierre tombale et en font installer une nouvelle avec une citation en grec qu’on peut traduire par " Fidèle à ton esprit ".

Et ta tombe Jim, ta tombe parisienne, la 30ème tombe de la division 6 du cimetière des artistes, dans le même cimetière qu’Oscar Wilde, Balzac, Chopin, La Fontaine, Molière et Proust, ta tombe Jim est le 3ème lieu le plus visité de Paris, derrière la tour Eiffel et la Joconde de Léonard de Vinci. Pas mal pour un chanteur de rock mort dans la petite baignoire d’un petit appartement à 27 ans. 

Tu es mort il y a 50 ans, Jim. Tes disques continuent à se vendre, régulièrement. Il y a toujours des ados qui portent ton visage sur leurs T-shirts. Des ados dont tu pourrais être le grand-père. Même tes livres se vendent bien. Tes recueils de poèmes sont étudiés dans des universités américaines. On ne compte plus les livres, les BDs et les documentaires qui te sont consacrés. Tu es toujours là. D’ailleurs, tu l’avais chanté dans une chanson composée pour ta compagne Pamela. Ce sont les derniers mots d’Orange County Suite que les Doors ont mis en musique après ta mort.

Tu as eu raison. Tu es toujours là. Nous sommes toujours là. Et vous êtes toujours là. Les portes sont toujours ouvertes. Et elles le resteront encore longtemps.

Merci Jim. Et au revoir. 

 

 

 

 

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