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Jim Morrison - 1969: un procès pour comportement obscène (Episode 25)


Cher Jim,

Nous sommes le 3 mars 1969, le surlendemain de votre mauvais concert à Miami. Un jeune homme publie un compte-rendu très critique de ta performance dans les pages du Miami Herald. Il t’accuse d’obscénité, d’exhibitionnisme et d’incitation à la violence.

Deux jours plus tard, le 5 mars, pendant que vous êtes en vacances aux Caraïbes et que vous ne vous doutez de rien, Robert Jennings, un jeune homme de 20 ans qui travaille au bureau du Procureur de l’Etat, porte plainte contre toi. Il te reproche d’avoir simulé une masturbation et d’avoir défait ton pantalon.

Aussitôt, la machine judiciaire de Floride se met en branle, si j’ose dire. Le bureau du procureur prend l’affaire au sérieux et tu dois répondre de 6 chefs d’accusation. Un crime – comportement obscène et lascif – et 5 délits – deux cas d’exhibitionnisme, deux de jurons et un cas ébriété. Des accusations graves qui peuvent entraîner des peines de prison.

 

La Floride est un état très conservateur, politiquement républicain et très à droite, et de nombreux jeunes conservateurs de Miami, qui n’étaient même pas au concert, se manifestent et te critiquent, Jim.

Ces mêmes jeunes conservateurs de Miami organisent un rallye de la décence à l’Orange Bowl de Miami le 23 mars. Ils réunissent 30000 personnes et reçoivent une lettre de félicitation du président des Etats-Unis Richard Nixon.

Dans le même temps, depuis ton accusation, tous les concerts prévus des Doors sont annulés, les uns après les autres. La plupart des radios commerciales ne diffusent plus vos chansons. Vous tombez des nues. Après avoir été le groupe numéro 1 du pays en 1967 et 1968, vous êtes maintenant le groupe interdit en 1969. Le groupe qu’on ne veut plus voir et qu’on ne veut plus entendre.

La procédure judiciaire lancée contre toi prend du temps mais ton procès débute en Floride le 12 août 1970.

Un vrai procès avec de vraies peines de prison ferme à la clef. Tu risques 3 ans et demi de prison ferme. La pression qui pèse sur tes épaules est énorme. L’axe de ta défense, Jim, c’est la liberté artistique. Le droit à la nudité sur scène devrait être un droit accordé aux artistes s’ils le jugent nécessaire.

Heureusement pour toi, l’accusation ne dispose d’aucune preuve de ton exhibition. Aucune photo de toi en train de montrer ton sexe. Aucun enregistrement audio de cette scène. En plus, les témoins de l’accusation se contredisent. Certaines accusations sont absurdes. On te reproche d’avoir simulé une fellation devant le guitariste Robby Krieger alors que tu regardais juste son jeu de guitare à genoux devant ses mains. Les trois musiciens des Doors témoignent et nient l’exhibition. Toi Jim, tu prends des notes durant le procès dans l’idée d’écrire un livre sur ton expérience. Et tu es entendu toi aussi. Tu nies l’exhibition et tu nies même avoir été soûl. Tu revendiques encore et toujours ta liberté artistique sur scène.

Finalement, le 20 septembre 1970, le jury te déclare innocent de comportement obscène, innocent d’ivresse publique mais coupable d’injures et d’exhibitionnisme.

Un verdict étonnant puisqu’il ne fait aucun doute que tu étais soûl et qu’il n’y a pas la moindre preuve d’exhibitionnisme. Un verdict qui limite ta peine mais qui te condamne tout de même. Le 30 octobre 1970, tu es condamné à 8 mois de prison ferme. Tu es libéré après le versement d’une caution de 50000 dollars et ton avocat fait immédiatement appel de la décision. Tu ne vas pas en prison mais la procédure était encore en cours quand tu es mort à Paris quelques mois plus tard.   

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