Les Éclaireurs

Chaleur fatale et Patrimoine vécu

Ce samedi 26 juin 2021, Fabienne Vande Meerssche (@fvandemeerssche) reçoit dans LES ÉCLAIREURS deux finalistes du concours interuniversitaire "Ma thèse en 180 secondes" : Thibaut Résimont, Doctorant – Ingénieur de recherche au Laboratoire de thermodynamique de l’ULiège & Larissa Romariz Peixoto, Doctorante en Art de Bâtir et Urbanisme à l’UMons.

 

DIFFUSION : samedi 26 juin 2021 à 13h10’

REDIFFUSION : dimanche 27 juin 2021 à 23h10’

Thibaut Résimont

Thibaut Résimont est Doctorant – Ingénieur de recherche au Laboratoire de thermodynamique de l’Université de Liège.

Après son master en Sciences de l’ingénieur à finalité énergétique et en parallèle d’un master (en cours du soir) en Management Général à HEC Liège, il réalise une thèse de doctorat dans le cadre d’un projet européen FEDER EcoSystemPass, portant sur "l’implémentation d’un outil d’aide à la décision pour le tracé et dimensionnement de réseaux de distribution de chaleur basé sur un système d’information géographique". En juin 2021, lors de la Finale nationale du concours "Ma thèse en 180 secondes", Thibaut Résimont a présenté sa recherche sous le titre "Oh ! mon réseau".

Regardez ici la prestation de Thibaut lors de la Finale nationale du concours "Ma thèse en 180 secondes".

9 images
Ma thèse en 180 secondes : Finale nationale 2021 © Université de Liège

La recherche de Thibaut Résimont porte sur la mise en place de réseaux de chauffage urbain pour centraliser la production de chaleur à l’échelle d’une ville. Cette problématique est abordée par la politique énergétique de l’Union Européenne qui cherche des solutions durables pour réduire les émissions de CO2 et améliorer l’efficacité énergétique globale des systèmes de chauffage. Les réseaux de chauffage urbain offrent en effet une capacité thermique et un rendement énergétique plus élevés grâce à la grande taille des unités de production de chaleur utilisées, en mobilisant moins d’énergie primaire et en valorisant d’autres sources de chaleur diversifiées. Ainsi, la chaleur fatale, par exemple, issue de procédés industriels, pourrait être davantage rentabilisée sans être gaspillée.

Leur développement dans les villes est néanmoins souvent limité par des coûts d’investissements initiaux élevés et une longue période de retour sur investissement. Les décideurs politiques et autres investisseurs en Belgique sont donc plutôt frileux lorsqu’il s’agit de mettre de tels réseaux en place, inquiets quant à la rentabilité du projet. Pourtant, certaines régions du monde, comme les pays nordiques ou la France, utilisent déjà ce système avec succès. Cela peut également favoriser un sentiment d’appartenance des habitants à une ville en développant une notion de communauté énergétique. Il s’agit véritablement de changer de paradigme et de vision de consommation.

9 images
Illustration thématique d’un réseau de chauffage urbain © Thibaut Résimont

Dans ce contexte et pour tenter de réduire les coûts d’investissements, Thibaut Résimont travaille, via un code informatique, au développement de méthodes d'optimisation pour tracer et dimensionner des systèmes énergétiques efficaces sur base de profils de consommation de chauffage dans une zone géographique déterminée. Le tracé optimal vise à identifier l'emplacement des sources de chaleur et des conduites dans le réseau, tandis que le dimensionnement optimal vise à dimensionner les conduites du réseau et les sources de chaleur utilisées. Ce modèle peut dès lors être employé comme outil de décision basé sur la maximisation des revenus nets générés par le réseau à partir de paramètres économiques et physiques définis par l'utilisateur de l’outil. Objectif : créer un modèle réplicable à différentes échelles, tant dans les métropoles que dans de plus petites entités.

Les fonctionnalités de ce modèle développé par Thibaut sont implémentées dans le but de résoudre un cas d'étude à grande échelle se situant à Herstal (Liège), avec près de 2000 rues à raccorder à un potentiel réseau, utilisant un incinérateur de déchets comme source de chaleur. Dans un premier temps, le modèle est appliqué à une étude de cas réduite avec 3 sources de chauffage disponibles et un quartier de 16 rues.

9 images
Dessin de Pierre Kroll réalisé lors de la Finale de MT 180 sec © Pierre Kroll

Larissa Romariz Peixoto

Larissa Romariz Peixoto est Doctorante en Art de Bâtir et Urbanisme à l’Université de Mons.

Larissa est titulaire d’un diplôme d’Architecte urbaniste, avec une spécialisation en gestion technique du milieu urbain, obtenu à l’Université du Paraná au Brésil. Après plusieurs expériences professionnelles, au Brésil et en Belgique, d’architecte urbaniste indépendante et de responsable de projets urbanistiques pour différentes instances, elle entame en 2019 une thèse de doctorat à l’UMons : "Le quartier populaire en tant que ressource : frontières, tensions, spatialités et appartenance en territoire post-industriel. Le cas de quartiers sociaux du Hainaut franco-belge", sous la direction du Professeur Jean-Alexandre Pouleur. Larissa a présenté sa recherche, sous le titre "Ce que tu fais de l’espace où tu vis, ce que l’espace fait de toi", lors de la Finale nationale du concours "Ma thèse en 180 secondes".

Regardez ici la prestation de Larissa à la Finale nationale du concours "Ma thèse en 180 secondes".

 

9 images
Ma thèse en 180 secondes : Finale nationale 2021 © Université de Liège

Face à une mondialisation écrasante, qui a déconnecté les systèmes de production, de consommation, de décision et de sociabilisation des territoires, une multitude de projets locaux voient le jour, avec pour socle commun une volonté de rapprochement entre les citoyens et le territoire qu’ils occupent. Certains territoires, pourtant souvent exclus de ces projets, présentent depuis longtemps des formes particulières d’attachement territorial riches en enseignement. Au travers de leur compréhension, c’est tout le lien entre forme spatiale et comportement humain qui est révélé.

Larissa Romariz Peixoto s’intéresse à ces territoires, les quartiers populaires. Elle étudie 6 quartiers du Hainaut transfrontalier le long du sillon houiller et y récolte des données urbanistiques et ethnographiques. Ce territoire était marqué par l’industrie florissante au 19ème siècle où de petites villes s’étaient créées autour des usines. Lorsque ces dernières ont définitivement fermé, ce fut un cataclysme social. Les quartiers ont tenté de se réinventer, mais ils peinent à se redresser et continuent d’afficher des indicateurs socio-économiques défavorables.

9 images
Salon Dutemple 2019.06.26 © Larissa Romariz Peixoto

Les stigmates de la désindustrialisation soudaine sont bien présents auprès des habitants et cela impacte les parcours de vie. Des frontières physiques et psycho-sociales éloignent encore et toujours les quartiers de la ville, et ce malgré des processus de rénovation urbaine entamés. Mais ces quartiers témoignent également de qualités spatiales et sociales insoupçonnées, souvent inexistantes dans d’autres parties de la ville. En tant qu’urbaniste, Larissa Romariz Peixoto s’attache à comprendre ces qualités et comment les actes urbanistiques posés peuvent les révéler et contribuer à atténuer les stigmates plutôt que de les renforcer.

Faire parler leur "patrimoine vécu" permet de comprendre comment les habitants détournent les codes et les espaces pour créer des endroits qui font sens pour eux. Cela met en lumière l’importance de réfléchir avec les populations aux considérations urbanistiques et de s’inspirer des quartiers populaires pour (re)penser la ville en associant davantage espace, usage et sens. Plusieurs expériences dans le domaine ont déjà eu lieu, notamment en Flandre et aux Pays-Bas. L’idée est d’imaginer, de façon transversale, des projets participatifs en mobilisant citoyens, instances publiques et autorités communales.

9 images
Dessin de Pierre Kroll réalisé lors de la Finale de MT 180 sec © Pierre Kroll
Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK