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Qui se cache derrière le journaliste belge ?

Qui se cache derrière le journaliste belge ?
Qui se cache derrière le journaliste belge ? - © Pixabay

Un homme blanc âgé d’une quarantaine d’années et gagnant en moyenne 2341€ net par mois. C’est le profil type du journaliste en Belgique qui ressort de l’étude menée conjointement par l’ULB, l’Université de Gand, l’Université de Mons et les associations de journalistes professionnels du Nord et du Sud du pays. Les résultats récemment dévoilés démontrent également que de plus en plus de journalistes travaillent à leur propre compte. Quels sont les enjeux et difficultés du statut d’indépendant ? Éléments de réponse avec Florence Le Cam, professeure de journalisme et chercheuse à l’ULB et Catherine Joie, journaliste indépendante en pleine recherche professionnelle.

 

Évolution de la profession

En Belgique, 25,3% des journalistes sont indépendants, le plus souvent dans la presse magazine qui exige une grande flexibilité. Il est également important de préciser que ce quart ne renvoie pas à l’ensemble de la réalité puisque l’étude n’a été envoyée qu’aux membres des associations de journalistes professionnels. Les personnes qui ne parviennent pas à obtenir une carte de presse, qui ne font pas partie de ces associations ou qui n’exercent pas la profession à temps plein, ne sont donc pas prises en compte et forment une zone grise difficilement représentable. En tous les cas, ce changement de statut est révélateur d’une évolution générale de la profession. Après une bataille acharnée pour obtenir un contrat de travail légal dans les années 30 et un statut officiel censé protéger le métier en 1963, force est de constater que le journalisme doit continuer à se réinventer, le statut d’indépendant étant loin d’être idéal.

 

Précarité

Un journaliste indépendant gagnera en moyenne 468€ de moins qu’un salarié sous contrat fixe. Bien souvent, il est payé à l’article ou au signe et son employeur ne tient ainsi pas compte de l’aspect négociation : proposition de sujets, attente de retours, relecture,… Pour un même temps de travail, il recevra une rémunération plus basse que s’il était payé à la journée, par exemple. De plus, 33% des indépendants seraient de " faux indépendants " et travailleraient pour un seul client, ce qui est également une situation précaire : que faire si, du jour au lendemain, ledit client décide de ne plus faire appel à eux ?

 

Isolement  

La plupart du temps, les journalistes indépendants travaillent chez eux, loin de la structure pour laquelle ils écrivent, loin de la traditionnelle rédaction. Ce phénomène entraîne une individualisation de la pratique journalistique qui est pourtant une pratique fondamentalement collective : elle exige échanges et discussions pour stimuler la créativité. La production de ces correspondants va donc en être impactée et la relation avec le média employeur également. Il est donc nécessaire de repenser la profession en collaboration avec les associations spécialisées dans le but de défendre des encadrements législatifs clairs et d’assurer une stabilité à tous les journalistes.

 

Consultez ici l’étude sur le profil du journaliste belge : http://www.ajp.be/telechargements/profil-des-journalistes/2018_etude.pdf

 

(Ré)écoutez ci-dessous l’intervention de Florence Le Cam et Catherine Joie dans les Décodeurs :

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