Les Belges du Bout du Monde

[CARNET DE VOYAGE] Direction la Bulgarie: bonne chance avec les loups (3/11)

 

Bernard Delloye est un sacré personnage. Cet ancien avocat a scié le barreau de sa cage : en l’an 2000, il tourne radicalement le dos à la société de consommation et fait le choix de la simplicité volontaire. Il a les pieds sur et dans la terre (il vit dans une ferme paysanne du Pays des Collines) mais aussi des ailes dans le dos, il revient d’un périple d’un an, à pied vers la Syrie et Jérusalem… Il nous raconte son aventure en 11 épisodes.

jeudi 25 juillet 2019 

Troisième épître aux Belges


Chere Famille,
здравей !


je vous écris depuis Sofia en Bulgarie.


Dans mon épître précédente, je vous parlais de Subotiste dans le nord de la Serbie où j’étais arrivé. Après que j’eus posé mon baton sur l’épaule de Dragan le Serbe et que je l’eus fait très noble chevalier des Amis du chemin de Jérusalem et après qu’il eut lavé mes pieds avec des larmes de joie et de gratitude, je quittai la grande plaine de Pannonie et fis la lente ascension des Balkans en commençant par les collines de la province de Samoudja, qu’on appelle aussi la Toscane de la Serbie.


Je recherche toujours les chemins les plus étroits mais la chose se révèle plus inaccessible que le Graal. Mes Serbes ne connaissent ni les sentiers ni les chemins et me renvoient invariablement vers les routes les plus directes et les plus rapides. L’absence de langue commune et de cartes détaillées rendent toute l’aventure providentielle pour les patiences avides d’expansion. Finalement, j’ai quand-même traversé tout le sud sur des petites routes désertes, suivant des vallées étroites et encaissées, là où les montagnes sont recouvertes d’arbres de la base au sommet. Promenade tres agreable a l’ombre de très nombreuses ramures.


Pour défendre la classe politique invariablement conspuée ici (comme en Croatie), je prends pour exemple le Ministre qui a le fauchage tardif des bords de route dans ses attributions. Ne fait-il pas parfaitement son travail ? Son fauchage est tellement tardif qu’on peut parler de reforestation accélérée. Petit bémol toutefois : ce qui pousse surtout, ce sont des espèces invasives : robiniers, sumac, ailante. Le robinier en particulier, je le vois de plus en plus depuis la fin de l’Autriche. Le voisin hongrois s’est fait le champion du monde des forêts de robiniers. Et le robinier hongrois rejette, vous vous en doutez.


Ici, il n y a ni bancs ni pistes cyclables. Souvent une planche sur deux briques fait office d’abribus. Je ne vois jamais aucun piéton. Marchant sur le côté gauche de la route, je peux voir le danger arriver de face. Habituellement, cela suffit. Mais ici, le danger vient aussi de derrière car certaines voitures n’hésitent pas à dépasser à ma hauteur. Je ne m’étonne donc pas de voir la jambe droite de mon pantalon plus usée que celle de la gauche… Il vaut donc mieux s’arrêter et se retourner quand on entend un bruit s’approcher de derrière.


La Serbie a produit 16 empereurs romains dont le fameux Constantin, né à Nis, ville du sud, qui surveille le fleuve Nisava de son ancienne forteresse. La, après avoir visité mon deuxième musée national de Serbie, je rentrai dans un café pour y assister aux dernières minutes de la finale Djokovic-Federer. Un grand-père et ses nombreux amis y fêtaient la naissance de son premier petit-fils. Ce n’est pas étonnant, à peine étais-je entré qu’il me fit servir tous les plats restants et de quoi goûter toutes les bières serbes que je ne connaissais pas encore. Je fus rapidement enseveli sous le tremblement de terre tennistico-nationaliste qui suivit.


La Serbie a été l’occasion de plonger dans le monde orthodoxe et ses églises entièrement couvertes de peintures à l’intérieur ou rayées de couleurs horizontales alternées à l’extérieur. Souvent un petit parc les entoure, contenant également la maison du pope, generalement embellie par une galerie. Certaines sont neuves ou encore en construction. Ainsi, l imposante et magnifique eglise d’Arandolevac date de 2004. Et la cathedrale orthodoxe de Kaguljevac est comme neuve !


J’ai testé pour vous :


Les toilettes serbes : pas de clé sur la porte, mais ce n’est pas nécessaire puisque les arkiteks locaux ont prévu juste assez d’espace pour la caler avec les pieds.

Les Delhaize Maxi, qui sont en Serbie des mini Delhaize : la société locale dont l’épicier belge a pris le contrôle s’appelle Maxi. Le fait que je m’y sois retrouvé plus d une fois prouve bien que le tourisme, fût-il durable, profite plus aux pays exportateurs de touristes qu’au pays visité.


Le Tourist info d’Arandelovac : l’imitation des humains par les robots est parfaite. Une petite inscription sur la vitrine du magasin de bibelots permettrait de limiter la recherche. Par souci d’économie, je déprogrammerais la fonction automatique „Coup de pied au derrière “après délivrance des brochures dont la désuétude s’accorde par ailleurs très bien avec la déco.


Le musée du 14 octobre de je ne sais plus où, je ne me souviens que de la température ! Les 100 m annoncés se sont transformés en un km en dehors de la ville. Non, les km ne paraissent pas moins longs quand on boite… J’arrive donc dans la joie et la sérénité sur une grande esplanade devant un immense gâteau de tours carrees de briques et d’inégales hauteurs. Des panneaux en cyrillique (uniquement) promettent de tout nous dire sur ce fameux 14 octobre, funeste ou grandiose, je ne le saurai jamais, car quand j’arrive enfin devant la porte d’entrée : fermée !!! C’était bien sûr pendant les heures d’ouverture.


A Belgrade, le Tourist info le plus important du pays, nous l’avons cherché longtemps à deux, un habitant et moi. Et nous avons fini par le trouver mais pas là où les flèches nous envoyaient et sous un autre nom. Peu importe. Je me souviens qu’en sortant, l’employée, déçue de ne pas m’avoir convaincu de suivre la route droite qui descend du Danube, de Smederevo à Nis m’a lancé : bonne chance avec les loups et avec les ours !

A Obrenovac, la raison de cette mystérieuse attitude s’est un peu dévoilée. Principale victime des inondations sans précédent de mai 2014, la ville n’est pas sous son plus beau jour. Mais il n y a pas qu’à Obrenovac qu’on trouve des déchets dans les rivières… Belgrade m’a souvent rappelé Bruxelles avec ses rues en pente, arborées ou couvertes de terrasses.

Comme a Nis, une ancienne forteresse transformée en parc garde le confluent du Danube et de la Save. On y voit un monument „A la France “pour son aide lors de la première guerre mondiale. Les liens avec notre voisin viennent de se resserrer avec la visite du Président Macron qui s’est adresse a la foule en serbe.

La différence de taille entre le président serbe Vucic et lui illustre un fait qui m’a surpris tout de suite en entrant dans ce pays : les Serbes sont une des populations les plus grandes du monde. Personnellement je ne l’avais observe que chez les femmes. Les basketteuses serbes viennent d’ailleurs de battre notre équipe belge d' un petit point en championnat d’Europe.


La Croatie et la Bulgarie font partie de l’Union européenne mais pas de la zone euro. Leurs monnaies sont le kuna et le leva. En Serbie, qui n’est pas membre de l’Union européenne, c’est le dinar. Chose étonnante, on trouve des changeurs de monnaie partout en Serbie. A côté de cela, il y a aussi beaucoup de boutiques de paris, de jeux, de vulkanizers, (des réparateurs de pneus), de contrôles techniques, qui n’accordent visiblement aucune priorité au réglage des moteurs.

Dans le nord, sur le bords de route, de très nombreuses échoppes de fruits et légumes remplaces peu a peu dans le sud par des grills ou des rotisseries a guichet. Et en général, ce n’est pas particulier à la Serbie, les pharmacies sont partout. J’ai rencontré un homme d’âge mûr qui ne pouvait pas croire que je ne prisse aucun médicament. Et aussi que je dorme parfois dans les bois.

Il voulait dire : en plein air. A cet égard, il y a un net progrès depuis la Bulgarie, je ne suis plus assailli par les moustiques. En revanche les soirées sont fraîches et la rosée est importante. Faudra bien que je la déplie un jour, cette tente !


Je vous parlerai de la Bulgarie dans ma prochaine lettre. Sachez déjà qu’ici le rakiya (schnaps) ne se boit pas avant le café du matin mais avec la salade du midi.

A votre santé !


Bernard Delloye

bernarddelloye@gmail.com

 

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