Les Belges du Bout du Monde

[CARNET DE VOYAGE] Direction l'Allemagne et l'Autriche (1/11)

Bernard Delloye est un sacré personnage. Cet ancien avocat a scié le barreau de sa cage : en l’an 2000, il tourne radicalement le dos à la société de consommation et fait le choix de la simplicité volontaire. Il a les pieds sur et dans la terre (il vit dans une ferme paysanne du Pays des Collines) mais aussi des ailes dans le dos, il revient d’un périple d’un an, à pied vers la Syrie et Jérusalem… Il nous raconte son aventure en 11 épisodes.

vendredi 31 mai 2019 20:12

Cher(e) ami(e),


Je suis donc parti le 8 avril dernier pour un voyage de longue durée. Après plus d’un mois et trois semaines de marche, j‘écris ceci du monastère de Admond au cœur des Alpes autrichiennes.


Les muscles du torse et des bras se sont fait la malle depuis longtemps. Sans doute devaient-ils s’ennuyer… Théoriquement, ils devraient se retrouver dans les jambes mais je ne les vois pas. Les ampoules seules compensent la perte de poids ; elles procurent en outre une distraction édifiante à mon esprit picaresque. Il y a peu encore, mes pieds présentaient des sculptures en ronde-bosse aussi attendrissantes que les gargouilles de Notre-Dame de Paris. Depuis la Bavière et la pluie, elles semblent avoir compris que rien ne m’arrêtera. Espérons qu’elles ont définitivement renoncé à mordre, pincer et brûler.


Parlant de plantes, bien qu’en réalité le couvert forestier allemand ne représente que trois à quatre fois la surface de la Belgique, j’ai l’impression d’avoir traversé ce pays magnifique entièrement à l’ombre des hêtres (majoritaires) et des résineux (hormis les épicéas, le plus souvent des pins sylvestres, mes arbres préférés). Mon itinéraire se fait chaque jour en demandant mon chemin, en faisant confiance, mais pas trop, aux balises de chemins de randonnée ou de pistes cyclables et surtout en consultant régulièrement la boussole. La traversée de la Belgique s’est faite en suivant assez fidèlement la droite que j’ai tracée sur la carte d’Europe entre mon village et Istanbul.

 

Cap à l’Est 95 degrés environ. Suivant cet axe, j’aurais dû passer par Regensburg et Passau en Bavière, puis au large de Vienne. Cependant, peu après mon entrée en Allemagne (au-dessus du Luxembourg) dans l’Eiffel sud, un couple de médecins retraités m’a convaincu de passer par Salzburg en Autriche, ce que j’ai fait, obliquant vers le sud.

En route vers Graz


Actuellement, après être passé par Salzburg, je suis dans les Alpes en route vers Graz. Ensuite, je ne sais pas vers où j’irai : Slovénie ou Hongrie. La traversée du plus grand nombre de parcs et réserves naturels possible est pour moi un “Muss” absolu. Ainsi, je pars demain traverser le Parc Naturel des Gesäuse et tant pis si Crest un détour ! A ce rythme, je pense atteindre Jérusalem en 8 ou 9 mois.


Je donne des nouvelles quand je peux à ma moitié, le plus souvent lorsque mes amis du chemin prennent une photo et la lui envoient. Les Stadtbücherei sont hélas le plus souvent fermées quand je me présente. Je ne vois plus de ces boutiques où l’on pouvait louer un computer relié à internet au ¼ h. Si bien qu’il est plus difficile aujourd’hui de correspondre électroniquement qu’en 2003 et 2004, lorsque nous errions en famille en Espagne et au Portugal.

Néanmoins j’apprécie le silence, la distance, la proximité de la nature et encore plus la mystique des bibliothèques. Comme celle de ce monastère qui a la plus grande bibliothèque monastique du monde : 200.000 volumes. Toute décorée de peintures, bas-reliefs, de sculptures et de dorures baroques. Le baroque est le style qui caractérise toute l’Autriche, dirait-on. Autant que possible, j’évite les grandes villes, comme Münich. La plupart des villages d’Allemagne et d’Autriche me séduisent par l’élégance de leurs portes, leurs maisons en colombages ou fermes en bois. Beaucoup ont gardé leurs caractéristiques architecturales du Moyen-Age. Je ne connaissais pratiquement que le nord de l’Allemagne et la Ruhrgebiet. J’ai donc été de surprise en surprise. Ainsi les monastères de Maulbronn, Schäftslarn, d’Andechs et celui-ci, Admond, aussi immense que soigné et récuré. Ne croyez pas que j‘occupe une petite cellule froide et humide…

Impeccable est l’épithète qui convient à la plupart des maisons, fermes, garages, églises dans lesquels j‘ai eu l’honneur et le plaisir de dormir comme un bienheureux. Trois fois seulement, j’ai dormi à la belle étoile, sur un tas de galets, dans un abri de bois et sur un tas de foin pourri. A cet égard, notre corps de logis à Oeudeghien pourrait bientôt devenir un musée…


Dans la rubrique, “J’ai testé pour vous” :


- Les tomates du Rewe : bio, mais sans aucun goût, bien que ce soient les plus chères. De vraies balles de tennis. Je n’achète plus que du brocoli, des carottes, de l’ail, des oranges, le tout bio si possible et je mange tout cru. Là-dessus, s’ajoutent les plantes comme orties, lamiers, consoudes et même les feuilles de hêtre, qui ne sont ni bonnes ni mauvaises. J’ai découvert que quand on a faim, le lamier est ce qui a meilleur goût.


- Le Kneippanlage : des petites piscines d’eau froide pour les pieds. On n’en trouve pas si souvent mais l’histoire du Père Kneipp m'est fort sympathique parce qu’elle confirme les bienfaits de l’eau froide.


Dans la rubrique, "Germany, ten points !" : Pour ses bancs, ses tables, ses abris de bois partout, ses poubelles, l’accueil, la serviabilité de ses habitants, leur générosité, leur souci du détail, la protection de la nature.


Ce n’est que tout récemment que j’ai eu droit à l’hospitalité de curés ou de moines. Et seulement en Autriche. La plupart du temps, vers les 19 heures, je demande un coin de grange aux fermiers. S’en sont suivies de très nombreuses conversations sur la situation des exploitants agricoles. Je peux témoigner de ce qu’ils se plaignent tous et de ce que la plupart travaillent de 6 heures du matin à 21 heures tous les jours. Souvent des grandes exploitations (200 vaches) pleines de machines et deux ou trois personnes de la même famille pour tout faire.


Mes bottines, qui étaient neuves au départ, sont usées et j’espère qu’elles tiendront encore jusqu’à Graz.

Le poncho n’est régulièrement de sortie que depuis 15 jours environ et pour avoir oublié mes gants, j’ai eu assez froid aux mains jusqu´à hier !

A partir d’aujourd’hui, tous les villages allemands et autrichiens vont enlever les arbres de mai, troncs d’arbre de 30 à 40 mètres de hauteur, surmontés d’un jeune épicéa et décorés des blasons, de couronnes de végétaux, ou des couleurs bleues et blanches de la Bavière. A cet égard, un couple d’amphitryons bavarois-grecque soulignait l’importance des relations chaleureuses, amicales et fraternelles entre la plus grande région d’Europe (sauf erreur) et la patrie de notre civilisation-mère.

Les couleurs des drapeaux sont les mêmes et un des rois de Bavière qui a régné sur la Grèce a fait changer le I de Baiern en Y.
Il y aurait encore mille choses à vous dire mais le temps manque. C’est déjà bien que j’aie pu grâce à hospitalité bénédictine profiter d’une journée de congé. La quatrième depuis mon départ. C’est peu de vacances pour un vacant, vous en conviendrez.
Portez-vous bien !


Bernard Delloye

bernarddelloye@gmail.com


PS : évidemment, il y a des fautes, pas besoin de le dire, vous l’aviez remarqué ! C’est la faute du clavier qui refuse de s’adapter à mes doigts délicats.

 

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