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Une exposition à voir : Joël-Peter Witkin au Musée de la Photographie


Tout le monde a déjà vu au moins une fois dans sa vie des photos de Joël-Peter Witkin. C’est une expérience qui ne s’oublie pas. Dans des noirs et blancs brumeux, parfois nimbés de sépia, on y voit souvent des corps monstrueux, voire des compositions à base de morceaux de cadavres que l’artiste a été chercher à la morgue… Avec ses corps déchiquetés, ces mises en scène baroques, et de constantes allusions aux grands classiques de l’art d’Occident et au religieux, le travail de Witkin choque souvent, interpelle toujours, séduit parfois… A un tel point que, prudent, le Musée de la Photographie n’hésite pas à avertir ses visiteurs que certaines images sont susceptibles de heurter leur sensibilité.

Qui est Joel-Peter Witkin ?

Pour Xavier Canonne, directeur du Musée de la photographie de Charleroi, " Les dieux antiques revêtaient diverses apparences pour mystifier les mortels, les laissant en proie au doute, aux questions. Celles que l’on ne manquera pas à présent de se poser devant l’ambiguïté de ces photographies, leur part d’artifice et de réalité. Car la vertu principale de l’œuvre de Witkin est peut-être, par-delà sa fascination pour la laideur et la différence, d’en vouloir exalter la beauté, de la rendre acceptable au regard de l’autre et de rendre familières ces figures troublantes à travers les monuments de l’art et de la mythologie "

 

Joel-Peter Witkin est né en 1939 à Brooklyn, New York, d’un père juif d’origine russe et d’une mère catholique pratiquante d’origine italienne. Ce métissage a sans doute eu un grand impact dans sa réflexion religieuse, spirituelle et philosophique. Mais, enfant, il est témoin d’un accident de voiture au cours duquel la tête d’une petite fille roule à ses pieds. Cette image qui le marquera à vie, lui donnera un certain goût pour le macabre et les images fortes. À l’adolescence, il se lance dans la photographie et finit par partir au Vietnam comme reporter de guerre. En 1970, ses premières œuvres intègrent les collections du MoMA à New-York. Il fait des études à la prestigieuse et très sélective Cooper Union où il obtient sa licence en Beaux-Arts, puis poursuit avec un master à l’université d’Albuquerque, Nouveau-Mexique, ville dans laquelle il vit et travaille depuis lors.

 

Dans toute son œuvre, Joel-Peter Witkin témoigne d’une connaissance approfondie de la peinture et de la sculpture classiques autant que de la photographie et de la mythologie. Photographe et plasticien par les techniques qu’il emploie, il se distingue par l’originalité de ses sujets, les mythes qu’il traite et recrée, mais également par ses nombreuses références et ses emprunts aux œuvres majeures de l’histoire de l’art, depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque contemporaine.

5 images
© Tous droits réservés
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L'exposition

L’exposition visible en ce moment à Charleroi s’intitule Le grand Atelier de Joel-Peter Witkin, elle présente une sélection d’une centaine de photographies et de quelques dessins opérée par le Musée de la Photographie au sein d’un vaste ensemble de son œuvre conservé par la galerie Baudoin Lebon, à Paris. Articulée autour de ses thématiques de prédilection que sont la mort, la religion, le mythe et l’allégorie, l’exposition dévoile la maitrise technique et atypique de ce photographe, sans conteste l’un des plus singuliers des 20e et 21e siècles.

 

Fascination et répulsion, compassion et voyeurisme sont autant de réactions possibles face aux photographies de Joel-Peter Witkin qui semblent être les tableaux d’une " monstrueuse parade " mettant en exergue un monde de souffrance, de mutilations, de désincarnations, sans exclure une forme de dérision.  Mutilés, androgynes, transexuels, cadavres démembrés empruntés aux morgues réinterprètent des figures mythologiques ou bibliques, magnifiés par le travail d’artisan orfèvre de Witkin, une pratique excluant toute manipulation digitale.

Aux côtés de cette véritable rétrospective Witkin, on verra également des œuvres remarquables de Debi Cornwall, Peter Waterschoot et Bruno Oliveira, sans oublier un film de Julie Gasemi et Nicolas Dufranne. Tout cela est visible au Musée de la photographie de Charleroi jusqu’au 16 mai 2021.

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En pratique

Toutes les informations sur les conditions de visite se trouvent sur le site museephoto.be Le musée est accessible du mardi au dimanche, de 10h à 18h

Réservation obligatoire via www.museephoto.be

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