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So British ! Une plongée dans l'univers automobile britannique

So British !
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So British ! - © Autoworld

Peu de peuples comptent dans leurs rangs autant de passionnés de mécanique que les Britanniques. Certes, ils n’ont pas inventé la voiture mais ils se sont toujours adonnés à la passion automobile avec un étrange mélange de pragmatisme et d’idées bizarres. De la Rolls-Royce Silver Cloud à la Ford Anglia en passant par la Mini Austin et l’Aston Martin DB 4, l’univers improbable de l’automobile britannique se redécouvre en ce moment à Autoworld, à Bruxelles, avec l’exposition So British !, à voir jusqu’au 26 janvier.

C’est en 1964, dans Goldfinger, que l’Aston Martin DB5 devient une star de cinéma ; elle fera longtemps partie intégrante de la panoplie de James Bond. Les Aston Martin de la série DB restent aujourd’hui les plus convoitées sur le marché de la voiture de collection. L’exposition So British ! dévoile une DB4 de 1960, parmi bien d’autres joyaux de fabrication britannique.

Le côté insulaire des Britanniques se retrouve bien dans leur manière de construire des voitures : elles sont atypiques et suscitent toujours l’intérêt, que ce soit la Mini, ou ces super cars qui font rêver, la Rolls Royce, la Bentley, la Jaguar, la Land Rover, la MacLaren…


Une exposition temporaire d’envergure

Pour que le musée soit vivant, il est très important de rajouter du contenu à la collection fixe, explique Sébastien de Baer, directeur-général d’Autoworld. Autoworld accueille donc plusieurs expositions temporaires chaque année. Après les Italiens, les Américains, voici le tour des Britanniques. 80 véhicules sont rassemblés, 60 voitures et 20 motos.

C’est un énorme travail de deux ans : parmi une wishlist de 100 voitures, il a fallu voir lesquelles étaient disponibles, compter sur le support des musées européens, mais aussi des collectionneurs privés ou des particuliers heureux de présenter leur voiture dans cette exposition. Elle bénéficie d’ailleurs d’une scénographie très réussie : on évolue dans un décor typiquement londonien.
 

Des marques mythiques : Mini, Ford Anglia, Jaguar…

La Mini est l’icône par excellence de la voiture britannique contemporaine. Autoworld expose la toute première Mini, la Mini Mark 1, de 1959, qui a révolutionné son époque. Elle était petite, avait de bonnes performances, était économe, offrait de la place pour 4 personnes, elle tenait bien la route, précise Léo Van Hoorick, historien de l’automobile, conservateur en chef d’Autoworld. Elle avait tout d’une grande, mais avec une recherche de la simplicité et de l’économie : des vitres avant coulissantes et non pas montantes, un petit moteur d’un litre avec 4 cylindres, un petit câble pour ouvrir la porte, pas de contre-porte, mais avec la traction avant jusque-là réservée à Citroën. Tout cela était très novateur en 1959.
Fonctionnelle et sympathique, elle a vite remporté un grand succès. Le concept a ensuite évolué, avec la production du petit break Countryman, à l’habillage bois, avec le Pick Up, l’utilitaire Panel Van, puis avec une version sport rouge au toit blanc, qui a gagné le fameux rallye de Monte Carlo en 1964 et en 1965.

La Ford Anglia, en 1961, était un coupé issu de l’usine Ford installée près de Londres, qui, contrairement aux Etats-Unis, fabriquait des petites Ford avec 4 cylindres, d’un litre ou d’un litre et demi. L’Anglia, avec son allure si particulière, a connu une belle renaissance grâce au premier film d’Harry Potter !

Les voitures britanniques avaient vraiment un petit quelque chose de particulier, comme le montrent aussi la Ford Zephyr de 1955, la Triumph Roadster, un cabriolet avec un strapontin dans le coffre,… So British !

Les roadsters

L’exposition présente 8 roadsters, ces petits voitures deux places, décapotables, qui ont connu un grand succès dès les années 30, mais surtout après guerre, quand les Britanniques ont commencé à les exporter aux Etats-Unis. C’était une voiture sympathique, bon marché, rapide, prisée par les étudiants fortunés. Toute l’industrie britannique s’est alors orientée vers ce nouveau marché américain, avec la MG, l’Alpine, la Daimler, l’AC, ou encore la Morgan qui est d’ailleurs toujours fabriquée.

Le flambeau a été repris par Mazda, qui a calqué la MX5 sur la Lotus Elan, avec un beau succès depuis plus de 25 ans. Plus récemment, Fiat a sorti une 124 Spider, qui est en réalité une Mazda avec un museau Fiat.
 

Les swinging 60’s

Les années 60 sont aussi à l’honneur à Autoworld. C’est une époque où Londres est très à la mode, avec des voitures très mythiques. En témoigne la Jaguar type E de 1961, avec sa silhouette fuselée si célèbre, son moteur très puissant. Pour Léo Van Hoorick, "c’est une oeuvre d’art".

L’Aston Martin DB4, du début des années 60, a été dessinée en Italie, chez Touring à Milan. Elle avait une carrosserie tout aluminium. C’était une voiture haut de gamme, assurée aujourd’hui pour 600 000 euros. On la trouve encore assez facilement dans les collections. Toutes les Aston produites existent d’ailleurs toujours, aucune n’a été détruite, car elles ont toujours eu une certaine valeur.


Les voitures de collection, une valeur refuge ?

On a assisté à un certain moment à une spéculation intense sur les voitures de collection, considérées comme une valeur refuge. Avec la crise bancaire, beaucoup avaient choisi d’investir dans les voitures et les prix avaient quadruplé en dix ans. Mais à partir de 2014 environ, les prix pour les voitures de type Jaguar XK, 120, 140, type E… se sont stabilisés et ont même commencé à décliner, de 15 à 20%.

Il faut savoir qu’une voiture de collection coûte entre 4000 et 6000 euros par an à son propriétaire : il faut un garage, un entretien annuel, une assurance, des taxes… Elle reste un engouement pour les vrais amateurs, qui savent mettre les mains dans le moteur, pour réparer les multiples petits pépins mécaniques.

Avec la Bentley S1 de 1959, la Rolls Royce Corniche décapotable de 1971, on est dans le créneau qui a fait la réputation mondiale des marques anglaises, pendant des dizaines d’années. Ce n’est qu’à partir des années 60 qu’elles ont été rattrapées par les Mercedes et autres BMW.

Une telle Rolls Royce coûte environ 160 000 euros. Les Silver Shadow par contre commencent déjà à 40 000 euros, car elles sont nombreuses, sans compter l’entretien, les taxes, l’assurance qui sont très élevées.

La valeur d’une voiture de collection tient à sa rareté bien plus qu’à sa complexité technologique. Entrent en compte aussi la place qu’elle a dans l’histoire de l’automobile, ou, pour un véhicule de loisir, le fait que ce soit un cabriolet ou non.


Un peu d’histoire

Le musée de l’automobile Autoworld a ouvert ses portes à Bruxelles en 1986, pour abriter une partie de l’immense collection de Ghislain Mahy, passionné de techniques. 200 de ses voitures y sont exposées, le reste – environ 800 véhicules – est abrité à Leuze, dans le Hainaut, au musée Mahymobiles. Autoworld met d’ailleurs en scène le garage Mahy, typique des années 20.

C’est au Cinquantenaire, sur le site même d’Autoworld, que le premier Salon de l’Automobile, du Cycle et des Sports s’est tenu en 1902, et ce jusqu’en 1934. Autoworld a d’ailleurs imaginé une zone inspirée de ces premiers salons, qui recrée l’ambiance d’avant-guerre. Une photo de 1904 montre le bâtiment déjà très rempli par les nombreux constructeurs de l’époque, avec une piste qui permettait d’essayer les voitures.

Les premiers artisans étaient, au départ, des fabricants de carrosses, 'les carrossiers'. Les constructeurs d’automobiles étaient surtout des industriels qui avaient commencé par fabriquer des armes, ou des vélos comme pour la marque Minerva, ou encore des industriels métallurgiques, la Belgique étant alors dans le top 5 de l’industrialisation mondiale.

Avant la Première Guerre Mondiale, on comptait plus d’une centaine de constructeurs automobiles en Belgique, concentrés autour de Liège, d’Anvers et de Bruxelles. On pense à Minerva, la plus internationalement connue, à la FN qui a construit des voitures jusqu’au milieu des années 30, à Excelsior, ou à Imperia qui a vécu le plus longtemps. A l’époque, les gens choisissaient leur carrossier et faisaient faire leur voiture à la carte.

Ecoutez ici, à partir de 2'30'', cette réalisation signée Jean-Pol Hecq

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