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Namur : vivez la vie des aristocrates du 18ème siècle

C’est à l’intérieur de l’ancien hôtel des comtes de Groesbeeck et des marquis de Croix, que le service de la Culture de la Ville invite les visiteurs à s’immerger dans la vie quotidienne d’une famille aristocratique du 18e siècle.

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© Amélien Ledouppe – Ville de Namur

Si l’édifice, classé au Patrimoine exceptionnel, a miraculeusement été épargné par le Révolution française et les guerres, il doit sa sauvegarde, plus étonnamment, au fait qu’il fut très peu habité dès sa construction.  Quelques invités y logèrent au 19e siècle et c’est sans doute le personnel qui l’entretiendra jusqu’en 1935, année où la ville de Namur l’acquit pour en faire un musée dès l’an suivant.

Le bâtiment est remarquable grâce au génie et à l’imagination de son architecte, le thudinois Jean-Baptiste Chermanne. La commande n’était pourtant pas aisée : comment transformer en hôtel particulier de style français un ancien refuge d’abbaye du siècle passé ?  L’architecte multiplia les trompes l’œil (fausse cour d’honneur derrière un mur de clôture en façade, modification des anciens linteaux de pierre à l’aide d’enduit de fausse brique, etc…)  Plus encore, il fit entrer la modernité dans la maison afin de correspondre aux nouvelles aspirations du 18e siècle : le besoin de lumière, d’ouverture, de nature, d’air.

Visite guidée

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© Amélien Ledouppe – Ville de Namur

Dès le vestibule d’accueil, le ton est donné. Il traverse de part en part l’édifice et laisse voir à travers une porte vitrée le pavillon perspectif du fond du jardin. Au jardin, répond l’inspiration végétale des rocailles en stuc qui courent le long des murs.  S’en suit une enfilade de pièces d’apparat où petit salon et grandes pièces alternent, accentuant ainsi la théâtralité des lieux.

L’antichambre du grand salon, couverte d’un revêtement en cuir où s’ébattent des perroquets, évoque le désir d’exotisme et l’amour pour le lointain, l’ailleurs. Horloge parisienne, vaisselle chinoise et miroir vénitien complètent le dépaysement. La technique des cuirs muraux, spécialités de nos régions aux 17e et 19e siècles, fut apportée par les Espagnols qui l’a tenait du monde arabe (les cuirs de Cordoue).

Le grand salon, pièce d’apparat s’il en est, était réservé aux banquets, aux spectacles et aux bals. Orné de portraits officiels des grands de l’époque (Louis XIV, l’impératrice Marie-Thérèse ou l’empereur Joseph II), il en impose par sa blancheur et ses lustres monumentaux en cristal, ses dorures et ses sculptures de Delvaux, Leroy ou Richardot.

Plus loin, un petit salon Louis XVI, égayé par un ensemble de fauteuils et une banquette en bois doré et tapisserie de Beauvais (rare ensemble ayant été conservé en entier), invite à la conversation mondaine.

Il débouche, à l’arrière du bâtiment sur le vaste salon rouge. Sous un portrait familial et celui du comte de Groesbeeck enfant, une table est dressée pour la détente avec ses verreries de Vonêche et de la manufacture Zoude (Namur). Dans les armoires vitrées, d’autres exemples des riches productions de la province sont illustrés ; faïence d’Andenne, de Saint-Servais et de Namur.  Un buste de Lavoisier, père de l’hygiène moderne et premier incitant au lavage des mains contemple la pièce, peut-être satisfait de voir ses préoccupations aujourd’hui reconnues !

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© Amélien Ledouppe – Ville de Namur
© Amélien Ledouppe – Ville de Namur

De l’autre côté du couloir, on accède à la véritable salle-à-manger de l’époque. Connue dès le 16e siècle, c’est pourtant au 18e qu’elle se développe, chacun mangeant séparément par le passé. Au contraire, au 18e siècle, on recherche des contacts plus doux et plus vrais, contrebalançant ceux de la vie mondaine. On prend plaisir aux petits soupers intimes, en famille ou entre amis. Une clochette de table montre qu’on appelle les domestiques pour les changements de plats afin de rester entre soi dès qu’ils sont partis et pouvoir ainsi se livrer tel que l’on était, sans oreille indiscrète.  Répondant aux traités d’architecture de l’époque, Chermanne a bien coupé les angles pointus de la pièce toute ouverte vers le jardin afin d’aiguiser l’appétit et de faciliter la digestion !

Avant de monter à l’étage, faisons un crochet par le jardin. Au-delà de la cour d’honneur, derrière un muret ou s’ébattent quatre putti, l’architecte Hector Matthieu a récrée en 1937 un jardin régulier d’inspiration française.  Quatre broderies de buis et d’ifs taillés encadrent une pièce d’eau. A droite, on appréciera écouter le silence de cet ilot pourtant au cœur de la ville, à l’ombre d’un tulipier bicentenaire, classé arbre remarquable de Wallonie.

C’est par l’escalier d’honneur, tout en chêne, aux marches incurvées et à la rampe sculptée de lyres qu’on découvre le vestibule de l’étage.  Chermanne y a élevé une rotonde sur deux étages, de plus de 12 m de haut! Sa blancheur rehaussée de motifs en stuc rococo éblouit et irradie de lumière.  Comme les courettes intérieures que l’architecte a conçues au rez-de-chaussée, c’est bien à l’intérieur d’un puits de lumière qu’on se trouve. Plus encore, Chermanne a créé des fenêtres intérieures dans la cage d’escalier et au-dessus des portes afin d’apporter dans les petits couloirs et les salons la clarté si désirée.

Les chambres et antichambres de l’étage, à l’aspect moins riche qu’au rez-de-chaussée, étaient réservées à l’intimité et desservies par des petits couloirs dont certains sont accessibles. Elles ont pour la plupart été aménagées en salon aujourd’hui. On y découvre les monumentales armoires namuroises à forte corniche et inspirées des confessionnaux d’églises, le goût immodéré pour les statuettes en terre cuite ou faïence représentant tantôt des amours sous forme de Cupidon, tantôt des petits couples comptant fleurette. Plus loin, un clavecin de la célèbre famille des facteurs d’instrument anversois Ruckers en impose par son baroquisme. Tout près, une ancienne cheminée de bois a survécu aux travaux d’agrandissement de Chermanne, qui lui préférait le marbre. Elle est sans doute un des vestiges de l’ancien refuge de l’abbaye de Villers englobé dans le bâtiment.  Deux salons illustrent le jeu, divertissement particulièrement apprécié au 18e siècle.  On y voit un jeu de loto ou de cavagnole si l’on pariait de l’argent. Chaque carton est peint à la main, représentant  des métiers de l’époque autour d’un médaillon central illustrant des paysages ou des bâtiments de la région namuroise. Une antique paire d’échasses et des tableaux anciens illustrent plus loin cette très ancienne tradition namuroise des échasseurs, comme on dit ici !

Par un petit couloir contournant l’escalier, on accède aux appartements de Madame. Le boudoir d’abord, avec ses hautes fenêtres et ses toiles peintes de paysages idylliques dans lesquels des paysans vaquent à leurs occupations près de ruines antiques imaginaires. On se trouve ici presque dans un pavillon à portique au centre de la Nature. Une Nature rêvée, idéalisée, bien loin de la réalité tragique de l’époque…  Près d’une crinoline en papier de l’artiste Isabelle de Borchgrave, une robe posée à même un fauteuil attend sa maîtresse. Plus loin, on découvre la chambre de celle-ci et son alcôve intime bordée de tentures roses et fleuries. Voici la salle de bain qu’on devine par une porte entrebâillée.  La baignoire cuivrée est garnie de linge blanc pour protéger la peau et garantir la douceur du moment. Les onguents sont prêts.  Il en aura fallu des siècles pour qu’on découvre à la fin du 18e, les vertus du bain chaud. En repassant par la chambre, on imagine Madame terminant sa mise en beauté assise à sa coiffeuse…

Enfin, ne manquez pas, au sortir du musée, de visiter la cuisine des maîtres. On y est impressionné par l’immense cheminée qui permettait d’y faire cuire un sanglier, par son authentique potager, sorte de fourneau pour la cuisson sur braise mais plus encore par les centaines de carreaux de faïence de Rotterdam, dans le style de Delft, qui recouvrent les murs.

Comme Jacquouille la Fripouille et Godefroid de Montmirail qui y firent une incursion, les visiteurs quittent le musée comme on sort d’un voyage dans le temps…

En pratique

Rue Joseph Saintraint , 3
5000 Namur

 

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