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Musée : prenez le tram vicinal

Si le tram nous est familier dans la plupart des villes – où il regagne d’ailleurs du terrain – on a parfois oublié qu’un autre genre d’engin du même type a quadrillé notre pays avec l’ambition assumée de desservir en priorité les villages oubliés et les banlieues laborieuses…  Direction le musée su tram vicinal à Thuin.

A la fin du 19ème siècle, la Belgique est en pleine révolution industrielle. Le chemin de fer s’étend presque partout et dessert toutes les zones à l’économie fleurissante : villes, zones industrielles denses, et même une bonne partie des campagnes. Mais certains endroits restent à l’écart de ce maillage lourd, et coûteux.

L'historique

A partir des années 1880, va se développer un réseau de " petit train ", qu’on appellera, après création de la Société Nationale des Chemins de Fer Vicinaux (SNCV), " Les Vicinaux " ou " le (tram) Vicinal ".

Créée en 1885, la SNCV coordonnera la construction et l’exploitation de ces lignes qui à leur apogée, développeront 5000 kilomètres et s’étendront sur tout le territoire. Construites en général en coopération avec les communes, les provinces, l’Etat et la SNCV qui partagent les coûts, elles complètent alors le réseau de chemin de fer, offrant les liaisons entre villes en villages, entre villes et banlieues, entre villages, entre des gares importantes et des zones retirées. Ce maillage serré de liaisons permettent à de nombreuses régions d’améliorer leur relation avec le reste du pays, tant pour les voyageurs que pour les marchandises. La SNCV fait également office de transporteur dans les villes de taille moyenne qui, contrairement aux grandes villes, ne disposent pas de société de transport. C’est ainsi que Namur, Louvain, Malines, Tournai, Mons, … disposeront d’un réseau de trams pour leur centre et leurs zones surburbaines.

Au départ, ces lignes sont construites pour des petits trains à vapeur qui tirent des petites remorques ou des wagons de marchandises. La seule chose qui les distingue du " vrai " chemin de fer, c’est leur gabarit plus modeste, destiné à se faufiler partout, dans les rues, dans les champs…

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© Jean-Claude Andrieu
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L'apogée du tram vicinal

Le succès est au rendez-vous et, début 1900, l’électricité va encore booster l’affaire. Les véhicules électriques issus de notre propre industrie commencent à remplacer dans les agglomérations les machines à vapeur qui, elles, continuent d’arpenter les longues distances dans les zones rurales. La première Guerre mondiale donnera un coup de frein à l’évolution. Des lignes sont démontées par l’occupant mais celles qui ne le sont pas joueront un rôle essentiel. Et après la guerre le développement reprendra rapidement avec, en plus, les enjeux de la reconstruction du pays.

Pendant l’Entre-deux-guerre, apparaissent les premiers autobus mais pas encore de quoi faire trop d’ombre au tram vicinal qui, infatigablement, sert le pays. C’est également l’époque ou la vapeur s’efface au profit d’autorails à moteur thermique.

Les véhicules électriques devenant de plus en plus confortables, rapides et fiables, les trams assurent de prestigieuses relations un peu partout dans le pays. Entre Charleroi et Mons ou Namur ; entre Liège, Tongres ou Saint-Trond ; entre Bruxelles et Waterloo, Ninove, Hal ;  entre Anvers et Hamme, Boom, … entre Knokke et La Panne, partout le vicinal transporte de et vers les pôles d’activité. Mais la deuxième Guerre mondiale éclate. Le vicinal y jouera à nouveau un rôle essentiel car les chemins de fer, les bus, les camions sont réquisitionnés par l’occupant. Après guerre, une partie du réseau est reconstruit. Mais le déclin s’amorce et, doucement, les bus se substituent aux motrices sur rail sur les lignes les moins utilisées.

La prospère Belgique maintiendra une grande partie de ses lignes vicinales jusque dans les années 60, entre autres pour la prestigieuse Expo 58. Mais bus, camions et voitures arrivent en masse, et le mode de vie " à l’américaine " est beaucoup plus tendance. Le tram séduit de moins en moins et face à une automobile offrant une liberté sans limites, le déclin est rapide. Les lignes sont fermées les unes après les autres.

Les volontés de modernisation sont timides, et rien, ou si peu, n’aboutira. Les dernières lignes de Bruxelles vers Grimbergen et Wemmel ferment en 1978, les dernières lignes de Charleroi en 1988 et vers La Louvière en 1993. Le métro de Charleroi (MLC) est un des derniers descendants de ce vicinal, ainsi que le tram de la Côte belge. Ce sont d’ailleurs les deux derniers survivants de cette épopée. En 1989 la Belgique est régionalisée, la SNCV dissoute et ses missions transférées aux sociétés régionales flamande (De Lijn – VVM) et wallonne (TEC – SRWT). Le tram vicinal a vécu.

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© Yves-Laurent Hansart
© Yves-Laurent Hansart
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Conservation et musée

En 1972 quelques amateurs se désolent de voir disparaître ce patrimoine industriel unique. Ils décident de sauver des véhicules qui traînent dans les dépôts éparpillés dans le pays, et surtout aussi, une des dernières authentiques lignes d’époque. C’est la naissance de l’Association pour la Sauvegarde du Vicinal qui depuis presque 50 ans récupère, rénove, entretient, et fait rouler presque 50 véhicules de l’ancienne SNCV. 

La construction du musée au début des années 2000 a permis de mettre à l’abri les véhicules préservés parfois dans des conditions précaires. Il est situé sur l’ancienne ligne de tram 92 (Charleroi – Thuin) et construit sur le site de l’ancienne gare de chemin de fer de Thuin-Ouest, dont une partie a été reprise pour exploiter la ligne touristique. Un groupe de passionnés entretient les lignes et véhicules tout au long de l’année afin de présenter aux visiteurs, d’avril à octobre, 100 ans d’histoire de tram à vapeur, diesel et électrique de notre pays.

En pratique

Association pour la sauvegarde du vicinal (ASVI)

2a, rue du Fosteau – 6530 Thuin

Infos et réservations : www.asvi.be

 

Dernière activité de la saison :
Nocturne des 31 octobre et 1er novembre 2020 de 13h à 19h30

Traction vapeur, électrique et diesel

 

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