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[MUSEE] Bibliotheca Wittockiana : Pour les amateurs de beaux livres

La Bibliotheca Wittockiana, Musée des Arts du livre et de la reliure, abrite depuis 1983 une collection de livres précieux, de livres d’art et livres d’artiste. Visite guidée.

Dans un bâtiment tout de béton coffré, dessiné en 1983 par Emmanuel de Callataÿ pour le rez-de-chaussée, et agrandi en 1995 sur base des plans de Charly Wittock, le musée déploie ses espaces dédiés aux livres et aux expositions temporaires consacrées aux arts du livre.

La collection du musée est le fruit de la passion de toute une vie : celle de Michel Wittock, bibliophile, qui depuis son plus jeune âge a développé un intérêt pour les livres précieux, d’abord de généalogie et d’héraldique, puis pour les ouvrages dits aux reliures de création. La bibliophilie, ou l’amour des livres, se traduit par une recherche quasi insatiable de livres présentant l’une ou l’autre, ou plusieurs caractéristiques spécifiques : certains bibliophiles s’intéressent aux éditions originales, ou aux livres aux provenances prestigieuses ; d’autres dédient leur collection à un thème (livres scientifiques, livres de géographie).

Pour Michel Wittock, c’est entre autres l’harmonie qui se dégage du lien entre contenant et contenu qui prime. En résulte donc un magnifique ensemble de plus de 2000 livres, conservés dans les murs du musée. Ces livres, dont la matérialité met en exergue les précieuses lignes qu’ils renferment, mais aussi les œuvres d’art qu’ils relient, littéralement, aux textes ont, en 2010, fait l’objet d’une donation de Michel Wittock lui-même à la Fondation Roi Baudouin, via la constitution d’un Fonds Michel Wittock. Parallèlement, la Bibliotheca Wittockiana est devenue musée d’utilité publique reconnue comme telle par la Fédération Wallonie-Bruxelles, également en 2010.

 

Au cœur de l’institution, les livres : chacun des exemplaires conservé au musée est unique. La Wittockiana se fait ainsi l’institution de la recherche de l’unique dans le multiple. Un livre précieux est généralement tiré à un nombre d’exemplaires limités, sur ‘grand papier’ (c’est-à-dire un tirage numéroté, sur papier précieux). Souvent signés, envoyés, annotés par les auteurs, les ouvrages ne sont pas seulement des réceptacles choisis pour l’œuvre littéraire. Ils sont aussi des lieux où s’exprime l’art des graveurs, des illustrateurs, des dessinateurs.

Ces livres sont aussi l’espace de rencontre entre un.e aut.eur.rice, un artiste, un.e typographe, un.e édit.eur.rice et, dans le cas de la Wittockiana, un.e relieu.r.se. Le rôle de Michel Wittock, en tant que mécène, ne se limite pas seulement à la donation de ses livres à la Fondation Roi Baudouin et par là, à l’espace public. Il a également facilité la création de ‘trésors’ livresques, tel ‘D’un Espace Renoué’, recueil de poèmes de Philippe Jones, édité à la maison d’édition ‘Le Cormier’. L’exemplaire de la Wittockiana est doté de deux envois de l’auteur et de Jo Delahaut, peintre de l’abstraction géométrique en Belgique, qui a dessiné la reliure.

Il a également ‘truffé’ l’ouvrage : à la manière des enlumineurs médiévaux, il a décoré chaque page grâce à des marqueurs aux couleurs vives. La reliure, une fois dessinée par l’artiste, a été réalisée par une relieuse professionnelle, Hedwige Gendebien. Cet ouvrage illustre ainsi parfaitement ce qui constitue le Fonds Michel Wittock : une rencontre entre plusieurs personnes, magnifiée par l’intervention d’artistes – plasticiens venus de différentes disciplines.

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Le Fonds Michel Wittock

Parmi ces ouvrages anciens du Fonds Michel Wittock figurent notamment les almanachs de Gotha, un annuaire mondain publié de 1764 à 1944, mais aussi des livres illustrés flamands des XVIe et XVIIe siècles à caractère spirituel. Les collections comptent également " la quasi intégralité des livres de peintres reliés ou non inspirés de l’œuvre de Pierre Lecuire"[2], mais aussi des livres d’artistes et des livres objets, notamment de Kubach-Wilmsen et d’Alechinsky.

           
Le fonds d’archives belges et français compte quant à lui nombre de dessins et de photographies de reliures, mais aussi des maquettes de relieurs belges et français. Parmi ces artistes, on retrouve entre autres Henry Van de Velde, Paul Claessens, Jo Delahaut, Edgard Claes, Rose Adler, Pierre-Lucien Martin ou encore Marius Michel. Des objets directement liés à la reliure sont également présents dans ce fonds d’archives, comme les fers à dorer d’Henry Van de Velde.

           
Le fonds Valère-Gille comporte l’ensemble des manuscrits et la correspondance du poète témoignant de l’effervescence culturelle et littéraire autour de la Jeune Belgique. Le fonds dispose également des meubles créés par Paul Hankar pour Valère-Gille. En effet, on trouve à la Wittockiana une reconstitution du cabinet de l’écrivain, et de l’ensemble des ouvrages qui constituaient sa bibliothèque. La provenance du Fonds Valère Gilles est familiale. En effet, le fondateur du musée est, de par sa mère, le petit fils du poète.

             
Du Fonds Bonaparte, on retiendra surtout la série des trente-trois volumes formant la célèbre Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des Sciences, des Arts et des Métiers, Par une Société de Gens de Lettre (Paris, 1751-1777), réalisée sous la direction de Diderot et d’Alembert. On trouve également dans ce fonds la Correspondance de Napoléon Ier, publiée par ordre de l’empereur Napoléon III (Paris, Imprimerie impériale, 1858-1869).

 

Ces reliures précieuses, modernes ou anciennes s’appuient sur un large centre de documentation, comptant près de quinze-milles ouvrages de référence, allant des catalogues de libraires, de vente ou d’exposition, en passant par les monographies dédiées à l’histoire de la reliure et à ses acteurs, sans oublier les manuels de reliure anciens.

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Les expositions temporaires

Les livres précieux, alliance de matières végétales (le papier) et de matières animales (les cuirs des reliures), font l’objet de normes précises de conservation. Un certain degré d’humidité, de température ainsi qu’une limitation des heures d’éclairement auxquelles ils peuvent exposés rendent leur monstration difficile.

La Wittockiana organise donc des expositions temporaires autour des Arts du Livre. Elles mettent en exergue la création livresque contemporaine, viennent ouvrir le lieu à de nouvelles perspectives également : bande dessinée indépendante (la Wittockiana a accueilli le travail d’Éric Lambé, Christophe Poot, Florian Huet et d’Olivier Deprez) ou de l’édition indépendante.

Ainsi, le musée présente pour le moment le travail de Kikie Crêvecoeur ‘entre les pages’. La graveuse, spécialiste de la taille en relief sur gomme, a développé au cours de sa carrière de multiples collaborations avec des auteurs, et notamment Amélie Nothomb et Caroline Lamarche (Prix Goncourt de la nouvelle 2019) avec le concours d’éditeurs dits indépendants (La Pierre d’Alun, Quadri, Esperluète, Editions Tandem).

L’exposition, ouverte le 7 mars dernier, et fermée seulement une semaine plus tard en raison du COVID-19, a pu rouvrir ses portes cette semaine (et les maintiendra ouvertes jusqu’au mois d’août, voir http://wittockiana.org)

 

 

 

 

[1] L’entièreté de ce passage est de la plume de Chloé Brault, dans ‘La Bibliotheca Wittockiana, Musée des Arts du livre et de la reliure’ in Francophonie Vivante, 2019 -2, Livres d’art, Arts du Livre

[2]M. Wittock, Le Fonds Michel Wittock : De la passion au don, Bruxelles, Bibliotheca Wittockiana, 2011, p.6.

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