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Le travail des enfants: une longue histoire

Défense de jouer – Le travail des enfants, hier en Belgique et aujourd'hui dans le monde
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Défense de jouer – Le travail des enfants, hier en Belgique et aujourd'hui dans le monde - © Tous droits réservés

Les enfants sont occupés aujourd’hui dans les mêmes secteurs industriels dans les pays en voie de développement qu’en Europe lors de la Révolution industrielle, dans le textile, les mines ou en usine... En Belgique, ce fut le cas jusqu’en 1914. Une exposition, exclusive, sur cette thématique a donc tout son sens au Bois du Cazier. " Défense de jouer – Le travail des enfants, hier en Belgique et aujourd’hui dans le monde " est à découvrir jusqu’au 19 avril 2020.

Au Bois du Cazier

Richard (11 ans), Azizullah (12 ans) et Alberto (14 ans) ne se connaissent pas. Et pour cause, ils habitent sur des continents différents. Ils partagent pourtant le même quotidien : celui du travail pénible, pendant de longues heures, chaque jour, pour un salaire de misère. Le premier, sur un site minier en République Démocratique du Congo, trie la roche à la recherche de cobalt ; le deuxième passe 13 heures par jour à tisser des tapis en Afghanistan ; tandis que le troisième, orphelin, a quitté les bancs de l’école pour couper des cannes à sucre en Bolivie.

Il s’agit d’une forme d’esclavagisme moderne : des enfants asservis pour contenter les besoins de consommation à l’autre bout du monde. Selon un rapport de l’Organisation Internationale du Travail de 2016, il existe 152 millions d’enfants travailleurs dans le monde dont plus de la moitié sont exposés à des travaux dangereux.

Des champs à la mine

En Europe, l’enfant a longtemps été associé à une force de travail. Essentiellement dans l’agriculture ou l’artisanat aux 17e et 18e siècles, dans les mines et les industries par la suite. L’industrie charbonnière est le premier secteur où on légifère sur les conditions de travail et le seul où un âge minimum pour les travailleurs est établi. En effet, en 1813, pendant la période française, un décret impérial défend de laisser descendre ou travailler dans les mines les enfants au-dessous de 10 ans. Cependant, cette interdiction est rarement respectée dans nos régions.

La révolution industrielle induit une série de mutations sociétales. Le recours massif au travail des femmes et des enfants n'est donc pas un phénomène nouveau mais, avec la révolution industrielle, il prend une nouvelle forme sous une double pression : les exigences de la concurrence internationale (nécessitant une réduction des coûts salariaux) et les changements provoqués par la mécanisation dans l'organisation du travail (favorisant le recours à une main-d’œuvre peu qualifiée). Les femmes et les enfants sont préférés aux hommes adultes pour leur docilité, leur habileté plus grande dans certaines tâches et leurs bas salaires. Ce " dumping " social permet de maintenir des salaires très bas dans la plupart des industries. Les rares tentatives de légiférer n’aboutiront pas.

C’est en 1889 lorsqu’à la suite de révoltes populaires dans les bassins industriels (dont celle restée célèbre de 1886) que la Belgique adopte enfin une première véritable loi sur le travail des femmes, des adolescents et des enfants dans les établissements industriels. Elle interdit le travail avant 12 ans, limite à 12 heures par jour la durée du travail des jeunes de 12 à 16 ans (21 ans pour les filles) et interdit, sauf dérogation, le travail de nuit pour les jeunes de moins de 16 ans et pour les filles de moins de 21 ans. La Belgique est un des derniers pays européens à légiférer dans le domaine.

La loi de 1889 est une première avancée, mais elle est limitée aux établissements industriels et n’a aucune incidence sur l’amélioration des conditions salariales des parents. Dès lors, le salaire que les enfants peuvent ramener ou l'aide qu'ils peuvent apporter demeurent essentiels pour équilibrer le budget familial.

En 1911, en Belgique, une loi sur l'obligation scolaire jusque 14 ans est votée. Mais elle ne sera appliquée qu’en 1914. De facto, le travail est interdit avant cet âge. Dans l’entre-deux-guerres, des avancées sociales significatives sont réalisées, permettant d’améliorer le niveau de vie des ouvriers adultes, sous l’action des syndicats et des représentants politiques élus par la classe ouvrière masculine au suffrage universel.

Après la Deuxième Guerre mondiale, de plus en plus de jeunes, y compris ceux issus de la classe ouvrière, prolongent leur scolarité au-delà de l’âge de 14 ans.  Cependant, certains enfants sont encore mis au travail. Ils sont les derniers témoins d’une époque désormais révolue en Belgique puisque le 29 juin 1983, une loi fixe jusqu’à 18 ans l’obligation scolaire.

 

1956 : des familles décimées

 

Trois enfants, âgés de moins de 16 ans, figurent parmi les 262 victimes de la catastrophe du 8 août 1956 au Bois du Cazier. Le plus jeune, Michel Gonet n’avait que 14 ans au moment du drame. Il étudiait à l’école des mines de Falisolle et avait profité des congés scolaires pour mettre la théorie en pratique en accompagnant son père Anatole, mineur au Bois du Cazier. Le frère de Michel, Willy, 17 ans, en stage également, est lui aussi décédé le 8 août 1956, laissant derrière eux une maman Emilia Hautman et une sœur Nicole. Les deux autres plus jeunes victimes de la catastrophe sont Michel et son cousin Gérard Hannecart, tous les deux âgés de 15 ans.

A la suite de ce drame et d’une conférence de la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), la Belgique a légiféré sur le travail des enfants dans la mine. Dorénavant, pour éviter que pareil drame ne se reproduise, " les garçons âgés de moins de 18 ans ne peuvent être occupés ni présents sur les chantiers souterrains des mines, minières et carrières ".

 

Devenir des consom’acteurs

 

Aujourd’hui, Michel, Willy ou Gérard s’appellent Dorsen, Nurislam ou Azizullah. Ils transportent des minerais, confectionnent des jeans ou tissent des tapis à longueur de journée. Arrêtons-nous sur la vie de Nurislam. Ce jeune garçon de 9 ans vit dans une famille de 5 enfants, dont seules ses deux sœurs sont scolarisées. Il travaille pour 80 centimes par jour à la confection de jeans et de T-shirts dans un atelier qui emploie 45 personnes, dont 27 enfants de moins de 16 ans. Normalement, ils  prestent 8 heures mais  au besoin ils peuvent travailler jusque 12 heures par jour. Il a été scolarisé pendant 2 ans.  Il sait à peine écrire et il apprend la lecture avec une de ses sœurs le soir. Avant de rentrer en confection, il travaillait comme serveur de thé dans une usine pour 40 centimes par jour.

Son père travaille comme porteur de ferraille pour 1,50 €/jour et sa mère s’occupe de récupérer du plastique dans les rues pour la revente.  Le salaire de Nurislam est nécessaire à la survie de sa famille. Ses parents aimeraient le scolariser, mais ne peuvent pas vivre sans cet apport financier.

Dans l’industrie du textile, le problème est la sous-traitance.  Dans les fabriques, en contact direct avec les  chaînes de vêtements, le travail des enfants est proscrit.  Mais les lois sur l’âge, le salaire, le temps de travail... ne sont plus respectées dès qu’il y a sous-traitance dans des ateliers.

Le cas de Nurislam et des millions d’autres enfants partageant le même quotidien à travers le monde est à la fois l’une des démonstrations et l’une des conséquences les plus malheureuses de l’exploitation des travailleurs. Si les travailleurs adultes étaient rémunérés de manière à pouvoir satisfaire aux besoins fondamentaux de leur famille ; si la durée du travail leur permettait d’assurer l’éducation de leurs enfants ; si les conditions de travail ne mettaient pas leur santé en péril, alors sans doute, leurs enfants ne seraient pas contraints de travailler. C’est la question du salaire décent aussi appelé salaire vital.

C’est également l’objectif de cette exposition " défense de jouer " : comprendre pourquoi les enfants travaill(ai)ent et quelles sont les causes et les conséquences de ce travail mais aussi sensibiliser les visiteurs à leur rôle en tant que consom’acteurs.

Ecoutez ici, à partir de 2'30'', Le plus grand Musée du Monde.

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