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A visiter : allez redécouvrir les iguanodons de Bernissart

L’histoire débute fin mars 1878 au charbonnage de Bernissart, dans la Fosse Sainte-Barbe. Des mineurs qui y creusaient une galerie à 322 m de profondeur rencontrent une poche d’argile. Au lieu de la contourner, ils décident de la traverser et tombent sur des troncs d’arbres remplis d’or ! Hélas pour eux – mais heureusement pour la paléontologie – ces étranges fûts dorés sont en réalité des ossements fossilisés de dinosaures incrustés de pyrite, un minerai aux reflets dorés.

Composé de disulfure de fer (FeS2), ce minéral a les reflets de l’or mais n’en a pas la valeur, d’où son surnom d’or des fous. Les squelettes des iguanodons de Bernissart en étaient incrustés. Recouverts par l’argile des marais, les cadavres de ces dinosaures se sont décomposés sous l’action de cyanobactéries. L’acide ainsi dégagé a réagi avec le fer contenu dans l’argile, donnant de la pyrite qui, petit à petit, a obstrué les nombreuses cavités des ossements.

En fait, ce sont des dizaines de squelettes de dinosaures, complets, en bon état, tombés dans un " cran ", entre deux couches de houille. Le Cran des Iguanodons, c’est le nom qu’a reçu la poche d’argile dans laquelle ils gisaient. Plusieurs galeries y ont été creusées à -322 m. À l’entrée de la principale, en bordure de cran, deux iguanodons se présentent verticalement, le crâne vers le bas. Les autres squelettes, plus au centre, sont à peu près à l’horizontale. Au fur et à mesure qu’ils sont dégagés, ils sont divisés en blocs. Ceux-ci – près de 600 au total – sont enduits de plâtre et remontés à la surface dans des wagonnets tirés par des chevaux.

Dans les laboratoires du Muséum de Bruxelles

Il faudra pas mois de 37 transports pour conduire à Bruxelles ces 130 tonnes de fossiles, emballés dans des cocons de plâtre renforcés d’armatures en fer. Dans les laboratoires du Musée d’hsitoire naturelle, les restes des iguanodons vont subir un sérieux toilettage.

Des techniciens les dégagent des sédiments qui les entourent, les débarrassent de la pyrite qu’ils contiennent et les trempent dans un bain de colle forte bouillante pour les solidifier.

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1882, le premier iguanodon est monté en position bipède

Louis Dollo, qui supervise ce tout premier montage, est convaincu que l’Iguanodon bernissartensis était bipède. Ses arguments ? Les pattes avant et arrière ne sont pas aussi différentes chez les quadrupèdes, la colonne vertébrale est celle d’un bipède. Les hanches, pattes arrière et roportions de la tête et du thorax rappellent celles des oiseaux coureurs (autruche, casoar…). Enfin, une piste fossilisée découverte en Angleterre suggère que l’Iguanodon se déplaçait sur ses pattes arrière. Près d’un siècle après Louis Dollo, le paléontologue David B. Norman reprend l’étude de l’Iguanodon bernissartensis.

Mais il arrive à de tout autres conclusions : la colonne vertébrale était maintenue plus ou moins à l’horizontale lorsque le dinosaure marchait ou courait. En d’autres termes, l’hypothèse de la position bipède façon " kangourou " n’est pas correcte. Pourtant, les squelettes originaux montés dans cette position le resteront : ils sont trop fragiles pour être remontés autrement.

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Qu’est-ce qu’un iguanodon ?

L’iguanodon était un grand dinosaure herbivore qui a vécu au Crétacé, entre 140 et 110 millions d’années avant notre ère. Long de 10 mètres et haut de 5 mètres, pesant plus de 4 tonnes, il était donc à la fois bipède et quadrupède selon les besoins. Il vivait en troupeaux, principalement dans la savane des deltas marécageux, sous un climat chaud et humide. Parfaitement constitué pour profiter de la variété de feuillages, il pouvait consommer notamment les fougères qu’il mastiquait longuement.

Un point tout à fait remarquable est que la " main " à cinq doigts de l’iguanodon remplissait trois fonctions différentes. Aucune autre créature, dans le règne animal, n’a jamais disposé d’une main aussi spécialisée. Les extrémités des trois doigts centraux se présentaient comme des sabots. Selon toute vraisemblance, l'animal s'y appuyait pour marcher. Ils n'avaient pas de fonction préhensile et formaient une structure remarquablement similaire à celle d’un pied à trois orteils. Il apparaît clairement que les os du centre de la main, les métacarpes, étaient reliés par de très puissants ligaments, afin de former une structure capable de supporter du poids.

Le cinquième doigt prenait naissance au poignet et formait un doigt particulièrement long et souple qui, lui, servait à la préhension. Enfin, le pouce s’est transformé en un impressionnant éperon conique, sortant du poignet lui-même, et recouvert d’un fourreau en corne particulièrement acéré. Ce pouce était une arme redoutable, notamment dans les combats avec les prédateurs qui avaient coutume de s’attaquer à l’iguanodon.

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Y-a-t-il encore des iguanodons à Bernissart ?

Les squelettes d’iguanodons ne sont plus accessibles : ils se situent à plus de 300 m de profondeur et les puits qui y mènent sont remblayés et scellés depuis des années. Mais en 2002 et 2003, le Service de Génie Minier de la Faculté Polytechnique de Mons a entrepris des carottages au niveau du Cran des Iguanodons.

Le but était de le délimiter plus clairement et de voir s’il contenait encore des iguanodons. Résultats, certains tronçons de carottes prélevés au niveau du Cran des Iguanodons contiennent des fragments d’os. Autrement dit, il y a probablement encore des iguanodons dans ce gisement…

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Le crocodile de Bernissart

Outre les 29 squelettes complets d’iguanodons, les fouilles de Bernissart ont également permis de remonter 2 tortues , 1 salamandre, 15 espèces de poissons, dont 14 jusque-là inconnus, du mégalosaure, des insectes, des fougères et 2 crocodiles.

L’un de ces crocodiles est actuellement exposé à Bernissart, il a été réétudié il y a peu.  Vieux de 125 millions d’années, il est bien conservé. Préparé sur un seul côté, les scientifiques ont préféré le laisser dans sa matrice d’argile, sans son crâne qui n’a pas été retrouvé. Sombre et brillant, il a été recouvert d’une poudre de chlorure d’ammonium pour lui donner une teinte grise afin d’obtenir plus de contraste et de relief.

Le paléontologue belge Louis Dollo, le grand expert des iguanodons, avait attribué ce crocodile à l’espèce Goniopholis sinus, déjà décrite en 1878 par le britannique Richard Owen ( l’inventeur en 1841 du mot " dinosaure ") à partir de fossiles découverts en Angleterre. Mais pour les 3 paléontologues qui les ont étudié, les crocodiles de Bernissart appartiennent à une autre espèce, le Anteophtalmosuchus hooleyi. Ses membres ressemblent très fort à ceux du crocodile moderne, en revanche, les boucliers dorsaux et ventraux constitués de plaques osseuses dans la peau sont comparables à ceux des autres crocodiles primitifs. Les crocodiles fossiles de Bernissart sont les plus complets de tous les crocodiles goniopholidés connus à ce jour.

Aujourd’hui, sur les lieux mêmes de la découverte, la commune de Bernissart a érigé un petit musée fort bien organisé qui propose un coup de projecteur sur cette aventure scientifique étonnante. Les conditions de la découverte y ont été reconstituées et un vrai grand iguanodon de Bernissart trône fièrement au cœur du bâtiment.

Et en ce moment, s’y tient également une exposition organisée par le Cercle de géologie du Hainaut qui " raconte " le sous-sol de cette terre où, depuis la nuit des temps, l’homme a exploité les incroyables richesses du sous-sol.

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Musée de l’iguanodon de Bernissart + Exposition temporaire Diversité géologique en Hainaut (jusqu’au 31 août 2021)

 

Le Musée de l'Iguanodon

Rue Lotard, 14
7320 Bernissart

 

Infos et réservations :  069/76 66 13

Mail : museeiguanodon@bernissart.be

Site : www.bernissart.be/museeiguanodon

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