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À bord du tram vicinal, une glorieuse histoire belge préservée à Thuin

Si le tram vicinal ne fait plus voyager grand monde aujourd’hui, il a pourtant marqué l’histoire des transports en commun belges. À Thuin, l’Association pour la sauvegarde du Vicinal (ASVi) se consacre à la préservation de cet héritage roulant.

À partir de 1885, la Belgique a commencé à être quadrillée comme aucun autre pays par un incroyable réseau ferré de proximité : le tram vicinal. Il fut sans doute l’une des plus grandes gloires de notre pays, en termes de développement de la mobilité. Ce réseau s’étendait partout, de la côte aux forêts ardennaises, des zones minières du Hainaut à celles de Campine. Il n’y avait presque pas un village qui n’était relié au réseau vicinal. À son apogée, ce dernier a atteint 5000 km, ce qui en a fait le plus dense au monde ! Aujourd’hui, il a complètement disparu du paysage… Ou presque. Car à Thuin, il roule encore et toujours !

S’il ne transporte plus les passagers et passagères pour leurs affaires quotidiennes, il arpente toujours les rues de la ville hennuyère et ses alentours. Une petite équipe de passionnés, tous bénévoles, s’affaire à maintenir en forme ce vestige de notre passé, en le réparant, l’entretenant et le faisant rouler, mais aussi à transmettre sa mémoire au public.

Au musée vivant du tram vicinal de Thuin, vous découvrirez l’histoire et l’évolution de ce moyen de transport révolutionnaire pour l’époque.

Paul-Emile Brohée, secrétaire de l’ASVi :

Ici, ce qui est intéressant, c’est qu’on a la mémoire du chemin de fer vicinal à travers les époques : le voyage du 19e siècle avec la vapeur et la voiture en bois, le début de la traction électrique avant la guerre 1914 et au début du 20e siècle, et puis l’apogée du réseau vicinal dans les années 1930, avec du matériel plus moderne pour l’époque, avec des constructions métalliques etc.

 

Images d’archive de trams vicinaux bruxellois en 1935

C’est sur le dernier tronçon de la ligne 92 qui reliait Anderlues à Thuin, supprimée en 1983, que nos passionnés font encore marcher les vicinaux. Le matériel qui parcourt toujours les berges de la Sambre n’a plus roulé durant des années, entreposé dans un musée "statique" près de Bruxelles. Soucieux de préserver le caractère mouvant de cet héritage, les membres alors très jeunes de la future association l’ont récupéré en 1972 pour le rénover et le remettre en service. Thuin était l’endroit parfait pour installer ce vicinal, car la ville avait encore les infrastructures en état de marche, et ses paysages ruraux ont un grand potentiel touristique. Il faut dire que l’environnement a du charme, même si le voyage est bercé par le bruit tonitruant du véhicule.

Le tram vicinal a permis le désenclavement économique de régions rurales entières et le transport à faible coût de générations d’ouvriers, de ménagères ou d’écoliers. Dès la fin du 19e siècle, les Belges peuvent par exemple voir la fameuse locomotive à vapeur 303 parcourir les campagnes. Cet engin est probablement le joyau du musée du tram vicinal. C’est la plus ancienne motrice de ce type encore en Belgique, et elle est en parfait état de marche.

Yves-Laurent Hansart, chargé de communication de l’ASVi :

Ce qui est fantastique c’est d’avoir réussi à remettre en marche une machine qui est d’une technologie extrêmement primitive mais très contraignante. La vapeur a été très présente dans le pays, mais sa difficulté c’est que ce sont des techniques complètement abandonnées. Pour remettre cette machine en marche, il a fallu trouve des gens capables de faire la remise en service.

Il a fallu aller chercher ces personnes en France, en Allemagne ou en Pologne, puisqu’en Belgique, ce savoir-faire a totalement disparu. Du savoir-faire, il en faut également pour conduire ces drôles de machines, et pas moins de deux personnes pour les faire avancer. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ceux qui sont aux commandes ne sont pas forcément de vieux briscards, car la transmission de ces savoirs et de cette passion est une part importante de la philosophie de l’ASVi. On retrouve ainsi des jeunes gens aux commandes des vieilles dames à vapeur, comme Xavier Rolland, 21 ans, notre "chauffeur" du jour (le chauffeur se charge de chauffer la chaudière, pas de conduire la machine) :

Ce n’est pas du tout ma génération, il faut le reconnaître. Je suis tombé dedans parce que mon arrière-grand-père était machiniste dans un charbonnage, et j’ai connu quelqu’un qui a travaillé avec lui pendant des années, à conduire, à entretenir, à bichonner ces petites machines à l’usine et au charbonnage. C’est ce monsieur qui m’a parlé, qui m’a raconté comment ça se passait, comment ils faisaient, les petites anecdotes. C’est comme ça que j’ai mordu aux hameçons, et que je suis arrivé à m’intéresser au côté historique du chemin de fer.

 

Frontalement concurrencé par la route, l’automobile et les camions, le réseau vicinal sera graduellement démantelé à partir des années 1960 et disparaît (presque) complètement de nos paysages dans les années 1980. Seules la ligne de tram de la mer du Nord et la ligne du métro de Charleroi sont des descendantes actives du vicinal, puisque construite sur ses bases. Pour trouver des restes authentiques, il faut se tourner vers les petites lignes touristiques comme celle de Thuin, ou celle du tramway des grottes de Han.

Pour faire connaissance avec ce vestige de notre passé, rendez-vous à l’Association pour la sauvegarde du vicinal (ASVi)
Rue du Fosteau
6530 Thuin


Infos et réservations : www.asvi.be

NB : Le week-end de Pentecôte, en particulier dimanche 23 mai, circuleront de nombreux convois de type différent dont le tram à vapeur avec sa fameuse locomotive Type 7 de 1888. Ce sera encore le cas le dimanche 5 juin.

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