Le Mug

Sarah Biasini : "Il faut affronter la mort à un moment donné, moi je suis bien placée…"

'La beauté du ciel', c’est le titre du roman que publie Sarah Biasini, dans lequel une femme écrit à sa fille qui vient de naître. Elle lui parle de ses joies, de ses peines, de ses angoisses, et surtout d’une absence, celle de sa propre mère, Romy Schneider. Car cette mère n’est pas n’importe quelle femme.

Dans ce roman autobiographique très émouvant, Sarah Biasini se livre et explore son rapport à sa mère, à la mort, à l’amour. Avec ces questions : comment grandir quand on a perdu sa mère à quatre ans ? Comment vivre lorsqu’on est habitée par la mort et qu’elle a emporté tant de proches ? Comment faire le deuil d’une mère que le monde entier idolâtre ? Comment devenir à son tour mère ?

 

La beauté du ciel de Sarah Biasini est publié aux Editions Stock.

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Faire le lien entre sa maman et sa fille

Sarah Biasini ne cite le nom de sa maman qu’une seule fois, lorsqu’elle reprend les propos de Michel Piccoli. Et c’est normal, on n’appelle pas sa maman par son nom quand on est sa fille.

Ce livre est arrivé à un moment particulier de sa vie, où deux éléments se sont alignés : la tombe de sa maman est profanée en 2017 et quelques jours plus tard, elle apprend qu’elle va elle-même devenir maman, après l’avoir attendu pendant très longtemps.

"J’avais très envie d’écrire depuis un moment déjà. Je tournais autour de sujets de fictions, d’histoires inventées. C’est vraiment la conjonction des deux événements qui a fait que, petit à petit, au fil des mois de ma grossesse, je me suis posé les questions que tous les parents se posent à quelques semaines du terme. Quel genre de mère je veux être ? Quel genre de rapports je voudrais avoir mon enfant ? Et du coup, tout de suite, dans un mouvement automatique, on se dit : mais quel genre d’enfant j’ai été, moi ? Et je me suis dit : mais en fait, c’est ça ton sujet !"

Ce livre est adressé à sa fille Anna, née en 2018, mais Sarah Biasini nous emmène dans différentes époques, tout au long du livre : l’époque actuelle, l’époque d’avant la naissance de sa fille, et puis il y a une douzaine d’années, une trentaine d’années, au moment du décès de sa maman. Elle tente de lier toutes ces temporalités et de faire le lien entre sa maman et sa fille, alors qu’il lui manque certaines pièces du puzzle.

"Le passé n’était déjà pas si mal en place, dans ma tête en tout cas, sinon je n’aurais pas été capable d’écrire ce livre. Je pense que les dates et les êtres sont toujours présents."
 

Une enfance préservée

Enfant, Sarah Biasini a compris assez vite la notoriété de sa mère, la lumière qui était portée sur elle, et "je me suis construite "pas trop mal", je dirais. La notoriété de ma mère était là depuis belle lurette, et vu les circonstances de sa mort et la mort de mon frère, j’ai compris qu’il y avait un intérêt pour savoir comment moi, la petite dernière qui survivait allait s’en sortir."

"C’est pour cela que j’essaie de rendre hommage aux survivants qui m’ont accompagnée, au reste de la famille qui m’a bien entourée. J’ai grandi dans un environnement très équilibré, qui n’était pas non plus abonné à Paris Match."

On découvre donc toute sa famille autour d’elle : son papa, ses grands-parents maternels, sa nounou. Elle y parle beaucoup de sa maman mais aussi de son frère David, décédé à l’âge de 14 ans.

"Il n’y avait pas de tabou, on en a toujours parlé, ma grand-mère particulièrement. Pour mon père, c’était plus délicat, il avait une émotion qui montait très vite à l’évocation de mon grand frère. J’ai toujours été admirative de ma grand-mère ou de ma nourrice qui me parlaient de mon frère David sans sourciller. Je trouvais ça incroyable, c’était moi qui finissais par pleurer ou par être terriblement émue. Je les voyais tellement fortes toutes les deux à m’en parler naturellement, ça m’impressionnait beaucoup. […] Comme on dit, la mort n’existe pas tant que l’on vit dans la mémoire des vivants. […]"

"Mais il ne faut pas avoir peur de ça, il faut affronter la mort à un moment donné, moi je suis bien placée… Il faut affronter les hôpitaux, les cimetières, les églises."
 

Personne ne veut oublier ma mère, à part moi. Tout le monde veut y penser, sauf moi. Personne ne pleurera autant que moi si je me mets à y penser.

C’est ce qu’écrit Sarah Biasini dans son livre. Parce qu’elle a dû se construire à travers le souvenir des autres, elle tente de se réapproprier cette maman qu’elle a toujours dû partager.

"Je n’aime pas quand on s’adresse à moi en me parlant d’elle. Ça m’irrite un peu les oreilles quand j’entends son nom d’actrice. Mais je ne suis pas là pour faire des leçons de morale. Moi, j’aime bien le silence en règle générale."

Ce livre aborde énormément de sujets, de questionnements qui lui sont propres mais qui sont universels : qu’est-ce qu’on garde de nos parents ? Qu’est-ce qu’on transmet ? Quelle place accorder aux disparus ?

Il a apaisé son besoin d’écrire pour laisser une trace, parce qu’elle sait que tout peut arriver.
 

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