Le Mug

Nadine Monfils : "Peut-être que, de là-haut, ça fait plaisir à Magritte de se voir en petit personnage dans mes bouquins"

Les Folles Enquêtes de Magritte et Georgette, c’est une série d’enquêtes inédites menées par le peintre René Magritte et sa femme. Nadine Monfils nous parle de son dernier livre au scénario palpitant, drôle et surréaliste ! C’était au temps où Bruxelles bruxellait…

À l’arrêt du tram, le célèbre peintre René Magritte, chapeau boule, costume sombre et pipe au bec, a une vision étrange : une jeune femme en robe fleurie, debout à côté de son corps ! Il en parle à Georgette, son épouse, et immortalise la scène dans un tableau. Quelques jours plus tard, cette femme est retrouvée assassinée, avec une lettre d’amour parfumée dans son sac et un bouquet de lilas sous sa robe…

>> Les Folles enquêtes de Magritte et Georgette – Nom d’une pipe !
paru aux éditions Robert Laffont


Pourquoi Magritte et sa femme ?

René Magritte et sa femme Georgette enquêtent ici sur un double meurtre. Mettre deux personnes réelles dans une histoire de fiction est un procédé qu’on a déjà pu rencontrer, mais pourquoi Magritte et sa femme ?

"Parce que je les aime, en premier. Magritte, c’est une de mes grandes passions depuis toujours. Quand j’ai fait mon film Madame Edouard, c’était déjà truffé de clins d’oeil à Magritte. Mon livre Coco givré aussi. Mais ici, j’aborde encore une autre facette de mon écriture. C’est vraiment tout nouveau par rapport à ce que j’ai fait, tout en gardant quand même mon univers et mes racines.
Et parce que Magritte était féru d’histoires de détectives. Il adorait Rex Stout, Nick Carter, Fantômas… Donc je me suis dit que ce serait marrant de lui faire vivre ces aventures-là, de lui faire mener des enquêtes. Et peut-être que de là-haut, ça lui fait plaisir de se voir en petit personnage dans mes bouquins."

Nadine Monfils aime les défis, le danger dans l’écriture et aborder des domaines dans lesquels elle n’est jamais allée. D’ailleurs son éditeur l’y encourage !

Cette histoire assez improbable commence de manière assez romantique : une femme reçoit les mots doux d’un inconnu. Ça tombe bien parce que sa vie de couple est assez comateuse. Les planètes semblent alignées, puis paf ! Nadine Monfils écrabouille cette potentielle romance et part sur tout autre chose : Madeleine est retrouvée assassinée dans une rue du centre-ville.

"J’aime bien laisser les lecteurs au bord du précipice et qu’ils n’aient pas envie de lâcher le bouquin. J’aime bien raconter une histoire haletante."


Magritte tel qu’il était vraiment ?

Mais le livre raconte une autre romance, celle de René Magritte et sa femme Georgette. Ils ont vécu une grande histoire d’amour. Il y avait une vraie complicité entre eux. "Elle était un peu son tronc d’arbre et lui, c’était les branches."

Tout ce que raconte Nadine Monfils sur Magritte est vrai ou presque : son chien Loulou, le suicide de sa mère, sa relation avec Georgette… Une façon de nous le rendre plus proche, plus accessible, parce que c’était quelqu’un de très simple.

"Mais je ne pense pas que je le désacralise, dans la mesure où Magritte sera toujours entouré de mystère, parce qu’il a voulu ça. D’ailleurs, dans ses peintures, il nous laisse devant un grand mystère, mais il ne donne pas de clé, il ne donne pas de réponse, jamais.

Magritte reste un mystère et heureusement. Mais à travers toutes les recherches que j’ai faites sur lui, c’est comme ça que moi, je le vois. Comme quelqu’un qu’il ne fallait pas emmerder. Il avait un aspect très petit-bourgeois, mais derrière, il avait un côté à la fois d’écorché, d’espiègle, un garnement quand même. Et j’aime bien moi, ce côté gamin qui reste."
 

Comment expliquer le succès de Nadine Monfils en France ?

Ce roman est rempli de belgitude, ça sent les gaufres chaudes, les frites et la bière, mais pas que, nous dit Nadine Monfils ! Il y a aussi notre sens de la dérision, que Magritte avait beaucoup, du surréalisme, même s’il se défendait d’être surréaliste, il n’aimait pas qu’on le classe dans quelque chose.

Mais il y a une spécificité, un parfum que nous avons qui n’existe nulle part ailleurs. Et dont on s’aperçoit encore plus quand, comme moi, on vit en France. Le manque fait que je me sens encore plus belge. Et c’est peut-être pour ça que j’ai tellement besoin d’écrire sur mon pays, parce qu’il me manque.

Les romans de Nadine Monfils contiennent plein de références belges ou bruxelloises, dans les dialogues, dans le vocabulaire. Au risque de perdre des lecteurs français ?

"Pas du tout, au contraire, parce que les Français adorent les Belges. Parce qu’on a un sens de l’humour et de la dérision qu’ils n’ont pas. […] On est un peu exotique pour eux, et c’est cette différence qui est attirante."

Jacques Brel fait aussi irruption, en personne et en chansons, dans le livre. Les deux personnages féminins s’appellent d’ailleurs Mathilde et Madeleine. Nadine Monfils imagine une rencontre entre Brel et Magritte, rencontre qui en réalité n’a jamais eu lieu, alors qu’elle aurait été possible en termes de chronologie.


L’écriture comme oxygène

Nadine Monfils écrit énormément.

"J’ai besoin de ça comme d’oxygène. Mon carburant, c’est la passion. Je suis une amoureuse de la vie, j’aime les gens, j’aime la nature, les animaux. Ecrire, c’est une évasion totale et quand je peux partager cette petite bulle avec les autres, c’est un grand bonheur pour moi.

Parce que je pense que l’écriture devient vraiment puissante quand elle n’est plus exorcisme, quand elle est don de soi. Et quand on peut faire ce partage, c’est quand même magique."

 


Nom d’une pipe, c’est le titre du premier épisode du livre Les Folles enquêtes de Magritte et GeorgetteIl s’accompagne d’un CD de chansons de Lou Deprijck et ses Hollywood Bananas. Et notamment la chanson Magritte, Loulou et Georgette, écrite par Nadine Monfils.

Les prochains épisodes nous emmèneront à Knokke-le-Zoute, puis à Bruges, à Montmartre, à Liège, avec Simenon.


 

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