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[LIVRE] Quand Boris Vian se lit en BD

Le scénariste Jean-David Morvan adapte Boris Vian en BD
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Le scénariste Jean-David Morvan adapte Boris Vian en BD - © Editions Glénat

Au milieu des années 1940, le poète, écrivain et dramaturge Boris Vian crée le personnage de Vernon Sullivan. À une époque où les romans policiers d’outre-Atlantique connaissent un grand succès en France, cet alias américain, dont Vian prétend au départ n’être que le traducteur, permet à l'auteur de s’essayer au roman noir et sans doute d’assouvir quelques fantasmes secrets... Le scénariste Jean-David Morvan, amoureux du travail de Boris Vian depuis toujours, décide de faire revivre ses romans en bande dessinée.

Alors que Boris Vian aurait eu 100 ans cette année, Jean-David Morvan signe des adaptations en BD de titres de l'auteur, J’irai cracher sur vos tombes et Les morts ont tous la même peau, parus aux Editions Glénat, et disponibles en librairie.

Précédemment, il avait adapté en BD L'écume des jours et L'Arrache-coeur.


D'où vient cet intérêt pour l'oeuvre de Boris Vian ?

Son père avait découvert Vian pendant la guerre d'Algérie. Boris Vian était interdit de lecture pour les soldats, à cause de la chanson Le Déserteur. Les soldats se faisaient donc un plaisir de le lire.

Jean-David Morvan est tombé sur ces livres dans la bibliothèque familiale et a lu, à l'âge de 12 ans, J’irai cracher sur vos tombes et Les morts ont tous la même peau. Il a commencé par la partie Vernon Sullivan, puis a continué avec Boris Vian quelques années plus tard. Et quand l'éditeur Glénat lui a proposé d'en faire des BD, il en a été ravi.


J’irai cracher sur vos tombes

L'un des ouvrages les plus connus de Vian, J’irai cracher sur vos tombes, a d'abord été édité en 1946, sous le nom de Vernon Sullivan, dont Boris Vian se présentait comme le traducteur. Il voulait faire un pastiche des romans noirs qu'il traduisait. Il a mis deux semaines à écrire ce livre, qui au début n'a pas marché du tout. Il a fallu la réaction hostile d'une ligue de morale pour que ses ventes explosent.

Le livre raconte l'histoire d'un homme métis qui veut venger le lynchage dont a été victime son frère. Le livre parle de racisme, c'est un roman noir, plus brutal, plus sexuel que ce que Vian écrit habituellement. Il attaque le sujet en frontal, il n'y a pas de filtre poétique, il n'y a pas de filtre entre son idée des Etats-Unis, où il n'était jamais allé, et le lecteur, explique Jean-David Morvan.

"En tant que joueur de trompette, il avait toujours rêvé d'être noir et je pense que ce n'était pas une posture. C'était un grand ami de Miles Davis par exemple, et c'est quelque chose qui l'a toujours attiré. Il y a donc quelque chose dans le fait d'être Vernon Sullivan, un écrivain noir censé être noir, cela vient de cette envie d'être noir. Et l'histoire colle aussi à ça."

On y trouve le sujet de la ségrégation mais aussi un décryptage du cheminement d'un psychopathe vers son passage à l'acte, du processus mental très complexe qui l'amène au meurtre.


Une transposition comme une évidence

Jean-David Morvan a trouvé une structure, un rythme très fluide pour raconter en BD ces romans noirs de Vernon Sullivan.

"C'est des livres que j'ai en moi depuis toujours, donc je les connais. Donc plutôt que d'adapter exactement Boris Vian, j'adapte ce que moi, j'ai ressenti, ce qui m'a touché dans le livre. (...) Ce n'était pas trop difficile pour Les morts ont tous la même peau, je l'avais bien en tête, je le connaissais bien (...) J'ai enlevé 2-3 scènes, un peu à contre-coeur, mais je n'avais pas le choix. Et je pense que ça passe quand même dans la fluidité du bouquin, donc ça va."

"Pour J’irai cracher sur vos tombes, je n'ai pas vraiment eu le coeur d'enlever des scènes. La grosse difficulté, c'était le texte parce qu'il y a beaucoup de pensées du héros. Il y a tellement de choses qui me plaisaient dans ce que Boris Vian écrit, que je ne pouvais pas couper. Il y a donc beaucoup de texte et j'espère que ça se lit bien et qu'on est vraiment dans sa tête, parce que je pense que c'est ça qu'il a essayé de faire."


Stanley Greene, Une vie à vif

Jean-David Morvan s'est par ailleurs intéressé au photoreporter américain Stanley Greene. Il publie, chez Delcourt, avec Tristan Fillaire, Stanley Greene, Une vie à vif, une biographie en BD, qui mêle constamment dessins et véritables photos du photographe, pour créer une narration très intéressante.

Il avait envie de mettre en évidence le parcours incroyable de ce gamin de Brooklyn parti couvrir la guerre de Tchétchénie. Stanley Greene a fait partie des Black Panthers, a photographié aussi bien la mode et les punks que la chute du mur de Berlin, Katrina... Il a fait son métier d'une manière unique, son moteur était la colère contre la haine. Il n'a cessé de mettre son regard au service de la réalité la plus crue, montrant aux gens des choses qu'ils n'avaient pas envie de voir.

"C'est aussi pour ça que je fais de la bande dessinée, c'est pour apprendre des choses nouvelles, pour me créer des émotions, c'est ma manière de réfléchir. Je suis content de faire ce travail", confie Jean-David Morvan.

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