Le Mug

Le surf : "Appréhender la nature et le monde à travers le prisme des vagues"

Surf trip, shaper, hang ten, tube, stoked : vous maîtrisez peut-être le vocabulaire du surf, mais saviez-vous que rien ne prédestinait le he’e nalu, une coutume ancestrale d’Hawaï, à devenir un phénomène d’ampleur mondiale ? Grâce à Jérémy Lemarié, le surf a enfin son histoire !

De la découverte des îles du Pacifique par le capitaine Cook à l’annexion de l’archipel par les États-Unis, les obstacles à son ascension furent nombreux et souvent dramatiques : guerres fratricides, épidémies mortelles et missionnaires brutaux ont bien failli faire sombrer l’art de la glisse dans l’oubli, en même temps que la culture hawaïenne. 
Jérémy Lemarié, docteur en sociologie et maître de conférences, retrace de manière inédite cette aventure extraordinaire, qui commence avec l’arrivée des premiers Polynésiens sur l’archipel et la naissance des premiers royaumes. Il nous apprend que notre amour pour l’océan, le culte du corps, les rituels de baignade et l’art de chevaucher les déferlantes sont autant d’héritages issus de la culture insulaire.

Surf, aux Editions Arkhê

Pour moi, le surf représente avant tout un mode de vie, c’est-à-dire une manière d’appréhender la nature, l’océan et le monde de manière générale, à travers le prisme des vagues - Jérémy Lemarié

Hawaï : depuis des siècles, le paradis du surf

"Hawaï est assez singulier dans l’histoire du surf puisque c’est le seul endroit au monde, lorsque les Occidentaux découvrent l’archipel en 1878, où l’on constate les formes de glisse les plus évoluées : du body surf (uniquement avec le corps), le body board (allongé sur une petite planche), et plus largement le surf debout sur des short boards et des planches longues."

Le climat y est favorable au surf. Le milieu naturel est assez singulier pour y recevoir la houle et générer des vagues. Au carrefour de l’océan Pacifique, l’archipel de 8 îles est à peu près situé à équidistance de l’Asie et des Amériques, et assez proche de l’Equateur, de sorte qu’il est en capacité de recevoir des houles venant de l’hémisphère nord, l’hiver, et de l’hémisphère sud, l’été. Comme les îles sont volcaniques, il n’y a pas de plateau océanique qui pourrait freiner l’avancée de la houle. Les vagues ont donc tendance à déferler assez régulièrement, au sud comme au nord de l’archipel.

La flore y joue aussi un rôle important, avec notamment le wili-wili, un arbre pouvant atteindre 9 mètres de haut, dont le tronc sert à la fabrication des pirogues et des premières planches de surf.
 

Une activité sportive mais aussi politique

Dès le 11e siècle, à Hawaï, tout le monde s’adonne au surf, mais la royauté et l’élite aristocratique se réservent les meilleures planches, les plus longues – 3m à 3,5 de long -, confectionnées en wili-wili selon un rituel très précis, quasi religieux, basé sur l’échange entre la terre et la mer.

Dans cette société hawaïenne animiste, qui croit en l’âme des objets et de la nature, des religieux ont aussi la fonction de crieurs de houle : ils ont comme responsabilité de se rendre dans des temples situés en hauteur, d’observer la houle et de faire voler un cerf volant pour avertir la population lorsque les conditions sont bonnes pour s’adonner au surf.

Le surf n’est pas qu’une activité sportive, c’est aussi une activité politique. Pour les chefs de clans et de villages, ces prouesses physiques les confirment à la tête de leur communauté.

"La société hawaïenne est une société sans écriture, par conséquent, il va falloir trouver une succession d’artifices pour légitimer l’autorité, le pouvoir et la domination de cette classe nobiliaire vers les citoyens. En dehors des périodes de guerre, qui sont le meilleur moyen de le justifier, on va s’adonner à de nombreuses joutes sportives dédiées à renforcer l’autorité charismatique. De multiples légendes ancestrales évoquent ces compétitions entre chefs locaux qui remettent en jeu leur légitimité et suscitent des paris."
 

L’impact de la colonisation

Au 19e siècle, le surf manque disparaître à cause de la colonisation, qui apporte des maladies inconnues (choléra, grippe, vérole), des armes à feu et surtout les missionnaires, dont le regard calviniste et rigoriste condamne "la nonchalance des naturels qui passent leur temps à surfer et à s’amuser dans l’océan, tels des animaux".

Ils feront tout pour tenter d’interdire cette activité, ils vont déposséder le surf de son caractère religieux et politique.
 

Vers la pop surf culture

En 1850, le tourisme se développe à Hawaï. En 1870, Waikiki devient une destination incontournable, où le premier club de surf s’ouvre en 1897.

Dans les années 1930-40, le surf débarque aux Etats-Unis. Une nouvelle industrie y émerge.

En 1959, un film va marquer l’histoire du surf : le beach movie Gidget, la première production audiovisuelle dédiée au surf et à tout l’imaginaire de plage que la Californie lui confère. Gidget vient des mots girl et midget et raconte l’histoire d’une adolescente qui passe l’été 1956 à surfer à Malibu et à profiter des plaisirs californiens. Gidget sera en partie responsable du grand développement du surf, avec une série de films à succès, les beach movies, comme Blue Hawaï, avec Elvis Presley.

Les industries musicales et cinématographiques bâtissent une nouvelle culture, la pop surf culture, qui se tourne vers le monde, vers les médias et la consommation de masse. On aura alors une scission, qui existe encore aujourd’hui, entre une culture surf plus authentique et confidentielle et une culture surf qui se rapproche de la culture de plage.
 

Découvrez-en davantage dans le livre Surf, aux Editions Arkhê,
et écoutez
 Jérémy Lemarié ici, dans Le Mug

 

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