Le Mug

'L’incroyable Histoire du Sexe', la BD qui dévoile ce que les livres d'histoire n'osent pas raconter

Après L’incroyable histoire du sexe en Occident, Philippe Brenot et Laetitia Coryn publient un excellent deuxième tome : L’incroyable histoire du sexe, livre II, de l’Afrique à l’Asie, aux éditions Les Arènes. Ils nous présentent les coutumes, réglementations et légendes qui ont influencé la vie intime des hommes et des femmes d’Afrique, d’Inde, du Moyen-Orient de Chine ou du Japon. Un récit graphique au contenu très dense et très drôle qui pose cette question : comment fait-on l’amour ailleurs ?

Philippe Brenot est psychiatre, anthropologue et thérapeute de couple. Il dirige les enseignements de sexologie à l’Université de Paris et préside l’Observatoire international du Couple. 

"L’histoire du sexe est incroyable, d’abord parce que nous ne la connaissons pas. Nous vivons le sexe très librement en Occident aujourd’hui, et nous avons chacun notre petite expérience. L’expérience occidentale explorée dans le premier tome nous montre déjà des choses très étonnantes, dans l’Antiquité grecque, latine, jusqu’à aujourd’hui. Mais si on la compare avec la façon dont la sensualité s’est développée dans toutes les cultures, on va voir des choses communes mais surtout une très grande diversité", explique-t-il.

Les Mille et Une Nuits, ces contes du Moyen Orient que nous connaissons tous, se déclinent par exemple en contes érotiques très drôles et très étonnants. Il y a aussi le Kamasutra…

"Dans le monde entier, il y a des façons très différentes de vivre la sensualité et je crois qu’on peut, chacun, apprendre un peu de toutes ces cultures, pour une meilleure sexualité pour soi-même. Cela peut être un jeu, dans les couples, d’avancer vers cette sexualité."

La question de la domination masculine

Au-delà des différences culturelles, on constate que la domination sexuelle masculine est partout sur la planète. Philippe Brenot appelle cela 'la maladie de l’humanité' : chez le chimpanzé, qui est notre origine, il n’y a pas de domination, parce qu’il n’y a pas de famille, il n’y a pas de reconnaissance de la paternité, il n’y a pas de violence conjugale, ni d’inceste, ni de viol.

"C’est quand les hommes vont prendre conscience de la part pour laquelle ils sont dans cet enfant, que la question va se poser dans toute l’humanité : à qui appartient l’enfant ? Dès que les hommes, avec la force musculaire qu’ils ont, vont en prendre connaissance, il va y avoir une domination qui n’existait pas dans l’étape précédente, dans les sociétés de droit féminin, de matriarcat, où il n’y avait pas de coercition envers les hommes. Les hommes auront des concubines, en dehors du couple, et ce sera une sexualité pour le profit du plaisir masculin. Avec la particularité que, dans l’Orient et l’Extrême Orient, une attention est quand même portée au plaisir féminin."

Les textes érotiques, au départ, n’étaient lus que devant un public confidentiel, éduqué et masculin. Que ce soit le Kamasutra écrit au 4e siècle, ou les Mille et une Nuits, rassemblés au 10e siècle, ces textes n’ont pas été connus des populations. Tout ce qui était intime était raconté entre hommes, pour les hommes.

Le Kamasutra n’a jamais été connu en Inde avant le 19e siècle, lorsqu’un Anglais nommé Richard Burton va le découvrir et le publier clandestinement. L’Occident ne le découvrira qu’en 1950. Le texte est un peu ennuyeux, mais tout le monde en apprécie les illustrations, sauf qu’au 4e siècle, il n’y avait aucune image, explique Philippe Brenot.


Le dessin qui allège les choses

Le dessin de Laetitia Coryn a une énorme importance dans les livres. Il a cette fonction de rendre les choses très drôles, mais aussi de désamorcer les situations gênantes voire dramatiques. Dans les Mille et Une Nuits, il y a des meurtres, des viols, et le dessin va permettre une légèreté, des traits d’humour. Dans le chapitre consacré aux mutilations sexuelles en Afrique, en revanche, le dessin est très sobre et il n’y a pas d’humour possible. "On a essayé d’informer. Et on ne peut pas s’amuser avec des choses qui sont dramatiques et qu’il faut réformer."

Le support BD est le support le plus libre pour parler de ces sujets. Il est nécessaire d’informer sur la sexualité, parce que chez nous, on a très peu d’éducation à la sexualité, souligne Philippe Brenot. On a de l’information sur les moyens de contraception, sur les IST, mais il est important aussi de comprendre, dans toutes ces cultures, comme la Chine ancienne, le Japon, comment est née cette sensualité. "On se rend alors compte de ce qu’est la sexualité et on dépasse la représentation de notre propre vie intime."


Le Japon, maître de la sensualité

Beaucoup de sociétés ont connu des périodes très libres, comme l’Europe au Moyen Âge, par exemple. Mais les femmes ont quand même toujours été rabaissées, rappelle Philippe Brenot.

Dans le Japon ancien, il y a toutefois eu pendant 3 siècles une dizaine d’empereurs femmes et pendant cette période, les textes littéraires, érotiques, poétiques étaient uniquement écrits par des femmes. Il y a donc eu cette nourriture de l’expérience féminine que l’Occident n’a pas connue et qui a amené au 17e siècle les shungas, ces représentations de l’amour au Japon, où il n’y a jamais de nudité, puis ces estampes japonaises qui ont servi, à la fin du 19e siècle, à l’éveil sexuel en Europe.

"La sensualité, parmi toutes les sociétés, a été extraordinairement développée au Japon, dans l’Inde profonde, et sûrement dans le bouddhisme qui prônait une égalité entre hommes et femmes. Je crois que c’est ça, la grande question de l’humanité, c’est peut-on aller vers une égalité entre hommes et femmes ?"

L’homosexualité a eu sa place dans les sociétés traditionnelles, notamment en Afrique, en Océanie, avant l’influence des religions. On se rend compte que dans les sociétés premières, un homosexuel n’est pas rejeté par la société, il y a des modes d’explication pour tous les comportements qui ne sont pas habituels, explique Philippe Brenot. Dès qu’arrivent les monothéismes, l’homosexualité va être insupportable, car non féconde. La répression va être terrible et existe encore trop, dans certains pays, et c’est dénoncé dans la BD.

"On fait quand même un acte socio-politique, parce que ce grand tour du monde la sexualité nous montre certaines particularités qu’il faut absolument dénoncer."

Ecoutez l’entretien complet ici, dans Le Mug

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