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Julie Gayet : "J'ai choisi d'aller vers le jeu, l'interprétation, contre le chant"

"Je ne serais pas arrivée là si..." Grand reporter au Monde, Annick Cojean a posé cette question à une trentaine de femmes inspirantes comme Gisèle Halimi, Christiane Taubira, Virginie Despentes, Juliette Gréco ou Amélie Nothomb. Deux comédiennes, Julie Gayet et Judith Henry, se saisissent de la parole de ces femmes, celle qui interroge et celle qui répond. Elles donnent vie, sous la forme d’une conversation, à des mots universels. Une leçon de liberté. Rencontre avec Julie Gayet.
 


D’après les entretiens d’Annick Cojean, "Je ne serais pas arrivée là si..."publiés aux éditions Grasset et Fasquelle, en partenariat avec Le Monde.



Julie Gayet incarne, entre autres, Amélie Nothomb dans ce spectacle où six portraits de femmes sont lus. Des femmes qui ont toutes vécu dans leur vie, elles ou leur mère, des choses liées au fait d'être femmes. 

"Ces entretiens mythiques du Monde sont des interviews de 2 ou 3 heures et Annick Cojean en fait comme l'essence de l'essence, comme un haïku, un résumé en quelques signes. Et c'est fou à quel point elle arrive à définir ces personnes. C'est apprendre à connaître toutes ces personnes qu'on ne connaît pas bien, du côté intime puisqu'elle arrive à les faire se dévoiler, raconter leur intime, des choses qu'on ne connaît vraiment pas. Et c'est vraiment passionnant."

Ce qui est assez fort, c'est que l'écriture d'Annick Cojean retranscrit complètement la pensée, le caractère. "Au bout d'un moment, on est avec elles. Et on ne joue pas, il n'y a pas de grimage, de maquillage. Cela pourrait ressembler à une interview ou à une lecture comme Love Letters. Et puis on plonge avec elles.

Le fait d'être traversées par l'interprétation les rend plus modernes, cela les rajeunit. Il y a la grande figure de Gisèle Halimi ; Françoise Héritier, cette anthropologue qui avait travaillé avec Claude Lévi-Strauss,... C'est assez surprenant mais cela permet de les rendre plus vivantes."
 

Universalité, sororité

"Je ne serais pas arrivée là si..." : la dimension féminine est très présente dans ces parcours de femmes, même si elles ne sont pas toutes féministes. Elles ne le revendiquent en tout cas pas, mais leur parcours évolue à travers ce prisme-là, comme celui d'Amélie Nothomb.

Il est terrible de se rendre compte qu'elles ont toutes rencontré des violences faites aux femmes, que ce soit par leur mère ou dans leur enfance, souligne Julie Gayet. "Il y a ce lien commun. Evidemment, Virgine Despentes, qui a écrit King Kong Theory sur le sujet du viol à 17 ans, quand elle revient de Londres en auto-stop. Elles parlent toutes de leur mère, du rapport à leur mère. Cela aussi, c'est très fort.(...)

Il y a en tout cas une universalité dans leur propos, où l'on se retrouve chacune, un peu différemment. Et je crois que c'était le choix de ces 6 portraits. Et ce n'est pas une question d'être féministe ou pas féministe. Aujourd'hui, on se rend compte qu'il s'est passé quelque chose dans la société, avec la vague #MeToo. Je pense que ça a été très important, cette libération de la parole des femmes.  "

On n'est pas encore allé assez loin, il me semble, dans ce que prône Gisèle Halimi : la sororité, le fait de se rassembler, d'être toutes ensemble. Je crois que c'est le futur.

 

Une prise de conscience, avec les hommes

On sait que, quand on met au monde une fille ou une garçon, il n'y a pas d'égalité, rappelle Julie Gayet. Ils n'auront pas les mêmes chances ni les mêmes possibilités. Toutes ces femmes ont été confrontées à cela, avec une incompréhension de cette injustice-là et une façon d'essayer de se définir malgré tout contre ces stéréotypes de genre. La société d'aujourd'hui a été construite pendant des millénaires selon cette inégalité homme-femme. 

Comment essayer d'avoir un monde plus harmonieux, de faire bouger les choses, de prendre conscience, parce qu'on est toutes imprégnées de ça ? 
Dans ces textes, on le ressent, on le voit concrètement et ça donne une énergie assez formidable, quand on est une femme, mais aussi un homme. Puisque c'est avec les hommes qu'on va faire changer la société. Ce ne sera pas seules. Cette prise de conscience, elle a besoin d'être de nous tous, et pas que de nous toutes.

"Je ne serais pas arrivée là si...", en quoi cette phrase parle-t-elle à Julie Gayet ?

"On se rend compte de l'étendue et de l'importance de cette question, qui est quand même fascinante, quand on se la pose à soi-même ! Moi, il y a eu un moment fondamental dans ma vie, une transition, c'est que je viens du chant lyrique. Je chantais. Et il y a eu un moment où j'ai eu envie de plus interpréter, d'aller plus vers ce que faisait la Callas, de vraiment pleurer avec mon personnage. Et on ne peut pas chanter et pleurer. Et ça a été une prise de conscience."

Donc je me suis rendu compte, que si je voulais faire ça, il fallait que j'aille vers l'interprétation. Et donc j'ai fait ce choix et je n'ai plus jamais chanté. J'ai choisi d'aller vers le jeu, l'interprétation, contre le chant. (...) Cela a été une grande blessure mais, à la fois, cela m'a ouvert toutes les portes, et aujourd'hui permis d'être ici.

Il est certain que, par imprégnation, les rôles modèles de femmes autour de nous nous montrent la voie. Julie Gayet a eu une mère, des tantes, et une arrière-grand mère incroyable. Elle a fait partie des trois premières femmes médecins en 1910. Mais à l'époque, les femmes ne pouvaient pas voir les hommes nus. Elle ne pouvait pas être médecin. Et donc elle est devenue chercheur, comme Marie Curie.

"J'ai compris cette indépendance financière si importante. Et l'importance des études."
 

"Je ne serais pas arrivée là si..."

Un spectacle à voir au Centre Culturel d'Uccle ce lundi 11 octobre à 20h.

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