Le Mug

Gilles Dal et Fred Jannin : "L’avenir sera belge ou ne sera pas"


Complexité linguistique, administration kafkaïenne, nombre exorbitant de ministres, crises gouvernementales à répétition : les tares de la Belgique sont nombreuses. Au lieu de s’en plaindre, Gilles Dal et Fred Jannin plaident pour leur accentuation : ils en appellent à une démultiplication des langues officielles, à une complexification de l’administration, à une augmentation radicale du nombre de ministres, à une accélération de la cadence des crises gouvernementales.

Gilles Dal et Fred Jannin sont les auteurs de Belgian Brol, paru aux éditions Jungle.
Ou le Belge vu par lui-même…

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L’avenir sera belge ou ne sera pas

Et si la Terre devenait complètement belge ? Dans quelques années, la Belgique aura conquis le monde. C’est le postulat de départ du nouvel opus de Gilles Dal, docteur en histoire, et Fred Jannin, dessinateur, tous deux collaborateurs réguliers de C’est presque sérieux. Ce troisième tome, Belgian Brol, après Comment devenir belge et Comment redevenir belge, clôture en fanfare la trilogie.

"Ce qu’on reproche en général à la Belgique, c’est ce qui va sauver l’humanité", explique Gilles Dal. Cette théorie n’est pas biscornue."

L’idée est peut-être encore trop avant-gardiste mais on va s’y faire tout doucement.

On reproche souvent plein de défauts à la Belgique, mais il est quand même assez prodigieux que tout cela tienne, que les tensions finissent toujours par s’aplanir. Cette BD est un plaidoyer pour une Belgique unie, "elle est un hommage qui tient également compte du fait que la Belgique n’est pas sensible aux hommages, c’est un paradoxe que nous entretenons".
 

C’est quoi, d’ailleurs, l’identité belge ?

L’idée de la trilogie était au départ d’inciter plutôt les Français, mais aussi les exilés de tous types, à s’intéresser au monde belge.

"C’est un beau cadeau de bienvenue dans notre joli royaume. Après, c’est sûr que ça intéresse aussi les Belges, puisque c’est peu dire qu’on ne sait pas toujours qui on est soi-même et que beaucoup de Belges ne savent pas comment devenir belges", souligne Gilles Dal.

On a l’impression que les Français savent souvent mieux que nous.

"C’est-à-dire qu’on est l’objet de stéréotypes positifs, ce qui est en fait est unique au monde. En général, un stéréotype est dénigrant. Et là, le fait d’être sympathique crée en général une dynamique positive, puisque si on vous dit que vous êtes sympathique, vous êtes flatté et donc, de fait, vous devenez sympathique. C’est le contraire de la dynamique raciste, où vous jetez l’opprobre, donc la personne se sent mal et donc la dynamique est mauvaise. Nous, on bénéficie d’une sorte de racisme positif, ou plutôt de racisme inversé, parce qu’un racisme positif, ce n’est pas possible."
 

Qu’est-ce que l’humour belge ?

Gilles Dal et Fred Jannin incarnent et pratiquent l’humour belgeLes Snuls étaient d’ailleurs l’expression la plus aboutie de ce qu’est l’humour belge.

Fred Jannin explique cet humour par "l’autodérision, par le fait qu’on est tout petits et que justement, comme on est tout petits, on a moins de difficultés à ne pas se prendre au sérieux. Il y a tout ça. Il y a aussi le mélange, le fait qu’on se situe plus vers l’humour anglo-saxon que vers l’humour français, on fait cette espèce de mix qui donne cette richesse."

Ce n’est pas le fait de ne pas se prendre au sérieux, c’est le fait de savoir qu’on est peu de chose. Peu de chose et fier de l’être !

C’est le dixième livre que Gilles Dal et Fred Jannin publient ensemble. Gilles Dal envoie ses textes à Fred Jannin, qui entreprend de les illustrer. En l’occurrence, ce livre était difficile à dessiner, parce que les concepts sont compliqués.

Pour Gilles Dal, ce qui est amusant à travailler dans ce sillon de la belgitude, c’est que le sujet reste, et il est toujours agréable de malaxer tous ces stéréotypes : la coexistence linguistique, la complexité administrative, l’autodérision…

"Finalement, si on décortique, on voit qu’aucune de ces théories n’est fondamentalement exacte, en ce compris l’autodérision. Parce que finalement, à force de dire qu’on est sympathique et qu’on ne se prend pas au sérieux, on se met énormément en valeur soi-même. Cela va souvent au détriment de la culture française, soi-disant plus arrogante, mais en disant ça, on est encore plus arrogant."

 

Au fait, est-ce vraiment le modèle belge qu’ils mettent en avant ou n’est-ce pas plutôt le modèle wallon ?

Réponse ici avec Gilles Dal et Fred Jannin, qui vous présentent aussi quelques extraits de la BD

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