Le Mug

Florian Barbarot : "La médiatisation a changé la vision qu’on a du métier de cuisinier"

Focus sur le succès des émissions culinaires qui ne s’essouffle pas depuis près de 10 ans. De la haute gastronomie au plus simple repas entre amis, en passant par la pâtisserie fine et la cuisine de terroir, les concours en tous genres ne cessent de se réinventer pour attirer toujours plus de public. La RTBF lance d’ailleurs ce mardi à 20h05, sur Tipik, un nouveau programme culinaire baptisé Stress en Cuisine. Mais comment la cuisine continue-t-elle à faire recette en télévision ?

On en parle avec Carlo De Pascale, chroniqueur culinaire (Bientôt à Table, On n’est pas des Pigeons), auteur et co-auteur d’une dizaine d’ouvrages, et Florian Barbarot, chef cuisinier, ancien candidat à Top Chef (4e en 2019), coprésentateur de Stress en Cuisine avec Bénédicte Deprez.

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Stress en Cuisine… Le jeu porte bien son nom, il y aura de la cuisine, il y aura du stress. En gros, deux candidats amateurs, qui se connaissent, s’affrontent. Ils ne s’attendent pas forcément à ce qui va leur arriver, comme bonnes ou mauvaises surprises. Chaque semaine, ils devront reproduire en 45 minutes un plat du jour imposé et ça commence avec le cordon bleu. Le principe est de réaliser des plats simples, accessibles, mais un peu pimpés, sublimés, et de montrer qu’on peut se faire plaisir de façon simple.

"J’adore tout ce qui permet de faire bien la cuisine de tous les jours", s’enthousiasme Carlo De Pascale.

Avec tous ces super techniciens qu’on voit dans les grands concours télévisés, on se rend compte que le public a acquis une connaissance et un vocabulaire : le contraste des textures et des saveurs, la mâche, sublimer,… Il y a un langage standard qu’il s’est approprié. Les compétences ont également augmenté en ce qui concerne les produits, les saisons…

Une émission pour dédramatiser la cuisine

Ce qui est intéressant dans ce jeu, c’est de mettre les gens face à la réalité, observe Florian Barbarot. Contrairement à ce que l’on croit, les choses les plus simples ne sont pas nécessairement les plus faciles à réaliser.

"Ce que j’aime dans le mécanisme de Stress en Cuisine, et qui est complètement différent de Top Chef, c’est que c’est bienveillant, c’est du millième degré. Les gens qui vont regarder ce programme vont le regarder pour apprendre des choses, mais aussi pour se détendre, pour avoir du fun, rigoler. Et c’est ça que j’adore parce que je pense que les gens attendent aussi qu’on dédramatise un peu la cuisine. Parce que parfois, on n’ose même plus sortir une poêle, parce que ce qui est fait est quasiment impossible à refaire à la maison."

Le succès des émissions culinaires prouve-t-il un intérêt pour l’alimentation ?

Tous les messages que l’on fait passer, dans ces émissions culinaires, sur la durabilité, la meilleure alimentation, la santé, la saisonnalité,… percolent, pas toujours directement, mais indirectement, auprès du public, souligne Carlo De Pascale. "Mais pas toujours, surtout au début. On avait l’impression que les émissions de type Top Chef étaient totalement décalées par rapport aux saisons, parfois on voyait du gaspillage…"

Ce mouvement sociétal de retour vers l’assiette, qu’on observe depuis 20 ans, avec l’augmentation des magazines culinaires, des émissions, des discours, ainsi que la visibilisation des chefs comme stars à part entière depuis 40 ans, contribue à une meilleure qualité de l’alimentation.

"Mais ce n’est pas en direct. A côté de cela, il y a des programmes qui sont plus dédiés au côté mieux manger du point de vue santé, environnement ou qualité intrinsèque du produit. C’est une grande galaxie de choses et les émissions culinaires même tout à fait fun, qui sont là pour divertir et pour apprendre, y participent directement ou indirectement."

La médiatisation des chefs et de la gastronomie influence-t-elle la manière de concevoir la cuisine ?

Pour Carlo De Pascale, c’est effectivement le cas. "Mais ce n’est que justice, parce que le premier chef qui est vraiment sorti de sa cuisine, c’est Bocuse, avec des choses très classiques. Maintenant, c’est le royaume de l’assiette. Il y a une grande évolution. Le chef est devenu par certains côtés un artisan, par d’autres, un artiste, et c’est tant mieux."

On a vraiment un devoir de responsabilité du fait de cette médiatisation, affirme Florian Barbarot. Ce qu’on fait doit avoir un sens : consommer plus responsable, travailler plus responsable, avec moins de gâchis. Il y a vraiment aujourd’hui une dynamique pour consommer différemment.

"La médiatisation a changé la vision qu’on a de ce métier, et on peut dire merci à ces émissions de télé. Quand j’ai voulu commencer la cuisine il y a 14 ans, on m’a dit : "Tu fais de la cuisine, mais tu n’as rien compris ? Tu as des bonnes notes à l’école ! Mais tu veux faire ce métier pour quoi ?"

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