Le Mug

Éric-Emmanuel Schmitt revient sur scène : "Chopin, c’est l’art de l’intimité"

Éric-Emmanuel Schmitt nous revient au théâtre avec une fable tendre et comique, garnie de chats snobs, d’araignées mélomanes, d’une tante adorée, et surtout de mélodies de Chopin. Son spectacle Madame Pylinska et le secret de Chopin est inspiré de l’un de ses romans, publié en 2018.

Après le triomphe de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, Eric-Emmanuel Schmitt remonte sur les planches avec ce monologue autobiographique et drôle où il fait vivre plusieurs personnages.

Sa pièce, mise en scène par Pascal Faber, est à découvrir du 20 au 24 octobre 2020 à 20h30 et le 25 à 15h00, au Centre culturel d’Auderghem à Bruxelles. Il sera accompagné les trois premiers jours par le pianiste Nicolas Stavy, puis par Tanguy de Villancourt.

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Des cours de piano comme des leçons de vie

Une partie de la pièce met en scène la rencontre que l’auteur a faite, quand il avait 20 ans, avec Madame Pylinska, une professeur de piano d’origine polonaise, immigrée à Paris, aussi aimable qu’un cactus, très péremptoire et à la personnalité flamboyante et terrifiante.

"Chopin, et tous les musiciens, écrivent sur le silence, puisque leur musique en sort, y retourne et en est même cousue". Et l’un des premiers conseils que va donner Madame Pylinska à Eric-Emmanuel Schmitt, c’est : écoutez le silence.

"Tous ses cours étaient des incitations à devenir attentif au monde, au son, au silence, à l’autre, à tout ce qui se passe. Au fond, elle ressemblait à un dragon mais c’était un professeur de bouddhisme zen. Elle m’a amené à me dégrossir, à cesser d’être brutal, volontaire, envahissant, pour devenir sensible, poser un oeil et une oreille avec patience sur chaque chose."

Beaucoup d'entre nous ont connu ce type de professeurs qui nous ont appris plus que la matière qu’ils enseignaient : ils nous ont appris à apprendre, à nous connaître, à cerner nos limites et à essayer de les dépasser. Ce sont des maîtres de vie, de vrais guides spirituels et existentiels qui nous emmènent vers la sagesse.


Un exercice théâtral jubilatoire

"Quand j’ai écrit le livre, j’ai tout de suite pensé à la scène, parce que dans le livre, on n’entendait pas Chopin. Cela m’a permis de pratiquer une forme théâtrale que j’adore, initiée avec Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran : un narrateur est sur scène et raconte ce qui lui est arrivé, et en le racontant, il devient les différents personnages."

C’est un exercice théâtral et stylistique très intéressant et jubilatoire pour l’acteur comme pour le spectateur. Jouer deux femmes lui a particulièrement plu. "J’incarne d’un côté Madame Pylinska avec son accent slave, sa fourrure, son fume-cigarette et sa flamboyance. Et puis de l’autre côté, j’ai ma tante Aimée qui m’a révélé la beauté de la musique, qui est la douceur, et dont on va suivre l’histoire sentimentale surprenante."

Eric-Emmanuel Schmitt a recours à la figure de style qu’on appelle en littérature 'la synecdoque', et qui utilise la partie pour désigner le tout. Comme quand on dit 'les voiles passaient au loin', pour parler des bateaux.

"Moi je n’écris qu’avec ça. Dans tous mes textes, c’est la figure de style et même la figure narrative que j’emploie. Et au théâtre, c’est la même chose : un éventail, c’est la tante Aimée ; une fourrure sur les épaules, c’est Madame Pylinska."
 

"Chopin, c’est l’art de l’intimité"

Chopin est le seul géant de la musique qui a donné toute son inspiration à un seul instrument : le piano, souligne Eric-Emmanuel Schmitt. On peut dire qu’il invente le piano que nous aimons, parce qu’avant, c’était le pianoforte.

"Chopin, c’est l’art de l’intimité. Il pense qu’on écoute mieux quelqu’un lorsqu’il murmure que lorsqu’il crie. Et ça, j’y crois totalement, moi je suis tout disposé à écouter quelqu’un qui murmure, je me retranche quand quelqu’un crie."

Il jouait piano fermé, il fallait s’approcher pour l’écouter, contrairement à Liszt, son ami et rival, qui transformait le piano en orchestre.

"C’est la valeur de l’intimité, parce qu’au fond, il y a chez Chopin toutes les couleurs de l’âme qui sont produites dans l’intimité du piano. Il invente véritablement le piano comme confident, comme miroir des sentiments ; c’est vraiment le premier compositeur romantique de piano."

Cette intimité, on la retrouve sur scène, malgré les masques. "C’est exactement le même public, et c’est même mieux : plus personne ne tousse, celui qui tousse se fait lyncher. On n’a jamais joué de façon si agréable, on entend de façon très pure les rires, les émotions qui viennent du public. […]

Les gens rentrent dans les salles de théâtre avec une banane ! C’est vraiment un retour à la vie qu’on aime. On apprécie le spectacle vivant, parce que ce sont des interprètes vivants devant un public vivant. Et en ce moment, on se rend compte que la vie est précieuse et que ce qui nous était habituel doit garder une dorure d’exceptionnel."

Ecoutez Eric-Emmanuel Schmitt ici, dans Le Mug

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