Le Mug

Enfants et cinéma : des pictogrammes pour mieux choisir

Enfants et cinéma : des pictogrammes pour mieux choisir
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Enfants et cinéma : des pictogrammes pour mieux choisir - © Pixabay

Parmi les nouveautés de ce début 2020, on assiste à une mini-révolution du côté du 7e art, où une loi qui n’avait pas évolué depuis 1920 est désormais largement dépoussiérée. La toute nouvelle classification Cinecheck est basée sur un système de pictogrammes de contenus et de catégories d’âges, comparable au PEGI des jeux vidéo. Comment comprendre cette nouvelle classification ? Quelles conséquences aura-t-elle sur notre consommation et sur l’industrie du film ?

L’ancienne classification datait en effet d’il y a un siècle, explique Jeanne Brunfaut, directrice du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel. Une tentative d’évolution avait échoué suite à des transferts de compétences. Les négociations ont mis dix ans pour arriver à un système qui convainc tout le monde : les autorités politiques, les exploitants, les distributeurs, les organismes de protection de la jeunesse…


Cinecheck/Kijkwijzer

Cinecheck est un système qui couvre toute la Belgique, mais du côté flamand, il s’appelle Kijkwijzer.

La nouvelle classification Cinecheck comprend 6 pictogrammes de contenu (violence, angoisse, sexe, discrimination, abus de drogues/alcool, langage grossier) et 7 catégories d’âges (tout public, 6, 9, 12, 14, 16 et 18 ans), qui permettent d’avoir des informations claires sur les films diffusés.

Elle s’inspire d’un modèle qui existait déjà aux Pays-Bas, sous le nom de Kijkwijzer, et qui avait fait ses preuves. D’autres pays européens lui ont emboîté le pas. C’est un système très précis de recommandations, qui donne toutes les informations nécessaires au spectateur pour savoir si les contenus sont appropriés ou non.

Ce sont les distributeurs qui décident maintenant si un film est interdit aux enfants ou pas et qui attribuent les pictogrammes, non plus une commission comme c’était le cas auparavant.

Cinéart utilisait déjà ce système en tant que distributeur Benelux, explique Julie Vanderkelen, programmatrice chez Cinéart. Sur base d’un questionnaire extrêmement précis, élaboré par des psychopédagogues, une classification est établie, qui peut être contestée le cas échéant.

Un système plus didactique

Il n’y a donc plus ce côté autoritaire, cette interdiction qui existaient auparavant, mais plutôt une recommandation très nuancée aux parents et aux jeunes, à eux ensuite de choisir selon la sensibilité de chacun.

"Le système est beaucoup plus fin, beaucoup plus didactique et pédagogique, et on ne peut que s’en féliciter", constate Stéphane Hoebeke, le responsable de l’éducation aux médias à la RTBF.

Mais comment va-t-on combiner ce système, conçu pour le cinéma et les DVD, avec la télévision ? Aujourd’hui, en Fédération Wallonie-Bruxelles, la télévision est axée sur une classification fortement inspirée du système français : les pictogrammes 'interdit aux -10, -12, -16'. Avec Cinecheck, de nouvelles catégories d’âge apparaissent, sans compter les pictogrammes qui identifient les types de contenus.

Au-delà d’une signalétique, pour la RTBF, il y a la question des restrictions horaires. Un film -16 ne peut pas être diffusé avant 22h par exemple. Il risque donc d’y avoir régulièrement des contestations et il faudra trouver un terrain d’entente, notamment avec le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel), pour savoir ce qui va être appliqué.

Ce qui complique encore les choses, c’est le fait que nous soyons fortement influencés par ce qui se passe en France, qui ne travaille pas avec ce système Cinecheck.


Les enjeux économiques

Si on frappe des films comme Star Wars, actuellement noté – 12 ans, d’une interdiction – de 16 ans, se pose la question des enjeux économiques pour le distributeur, qui est un peu juge et partie.

"Avec ce questionnaire hyperobjectif, il est difficile d’influencer ce choix, le résultat sera là au bout du questionnaire et on ne pourra pas l’influencer, même s’il y a la possibilité de recours auprès du Centre du Cinéma. Plutôt qu’un enjeu commercial, les distributeurs sont en général contents de pouvoir donner plus d’informations à leur public", explique Julie Vanderkelen, programmatrice chez Cinéart.

"Cela a été un questionnement, mais il n’y a pas d’intérêt pour le distributeur ou pour l’exploitant que des gens qui ne devraient pas voir un contenu le voient, parce que ça risque d’être contre-productif et de les éloigner du cinéma", précise Jeanne Brunfaut, directrice du Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel.


Pictogrammes = panacée ?

Les documentaires historiques qui montrent des images dures, insoutenables, ne peuvent pas recevoir de pictogrammes limitant l’âge, mais la RTBF a créé un pictogramme tout à fait spécifique à ce cas, une sorte de recommandation pour les parents à ne pas laisser leurs enfants regarder ces documentaires tout seuls, sans accompagnement adulte, précise Stéphane Hoebeke, le responsable de l’éducation aux médias à la RTBF.

"Et je trouve que c’est un peu la même chose ici. J’ai peur d’un système avec des pictogrammes qui vont faire croire aux parents que tout est réglé, tout est solutionné. Je pense que ça va encore entraîner beaucoup de questions. Un jeune aujourd’hui s’il veut regarder un film ou un contenu, il est sur le web tout de suite et il l’a, son contenu. Donc attention !"

Suivez ici cette séquence du Mug et retrouvez plus d’infos sur le site Cinecheck

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