Le Mug

Dopesick : une série qui décrypte la face cache des anti-douleurs

- Céline ce matin vous nous parlez de la minisérie Dopesick, une série qui s’intéresse à la crise des opioïdes aux Etats-Unis…

C’est une crise qui a débuté dans les années 1990 et qui fait référence à la surconsommation d’opioïdes, sous prescription ou pas, par la population américaine et canadienne.

C’est une réelle épidémie d’overdoses qui ne fait qu’empirer, pour vous donner une idée, selon les chiffres du CDC (le centre de prévention et de lutte contre les maladies) : entre avril 2020 et avril 2021, le pays a dénombré 100.306 overdoses fatales, ce qui fait une augmentation de 28,5% par rapport à la même période l'année précédente.

Il y a plus de morts d’overdose que de morts causées par les armes à feu. Et les responsables ce sont donc les opiacés, des anti-douleurs comme le fentanyl, la vicodin ou l’OxyContin dont il est question dans Dopesick.

 

L’OxyContin est mise sur le marché en 1995 par la société pharmaceutique Purdue Pharma, il est présenté comme un nouvel anti-douleur supposé améliorer la vie des patients sans les effets secondaires habituels des opiacés, le premier étant l’addiction. Il est approuvé par la Food and Drugs Administration à la fin des années 90 et connaît un succès énorme auprès des populations de travailleurs et travailleuses des usines et des mines, qui sont souvent sujet à des blessures.

L’OxyContin se fait sa place sur le marché grâce à des campagnes publicitaires douteuses et des séminaires de luxe pour les médecins, mais le résultat est bien  là, rapidement la plupart des médecins en prescrivent à leurs patients, persuadés de soulager leurs douleurs et donc de les aider.

Mais quelques années plus tard, de sérieuses questions commencent à se poser concernant la non dangerosité de ce médicament et le sérieux avec lequel les études autour de celui-ci auraient été menées.

 

La série a choisi de mélanger tous les points de vues de façon non chronologique

 

En fait Dopesick est inspirée d’une l’enquête de la journaliste du New York Times Beth Macy qui a été publiée en 2018 et qui s’appelle " Dopesick : Dealers, Doctors and the Drug Company That Addicted America ".

C’est Danny Strong qui est entre autres derrière la série Empire qui est derrière le scénario de Dopesick et il est resté dans la même lignée que cette enquête en mettant en scène tous les acteurs impliqués dans cette crise. Les médecins de famille, qui sont manipulés et oppressés pour prescrire le médicament à leurs patients.

A commencer par le Dr Samuel Finnix interprété par Michaël Keaton. Les patients à qui le médicament a été prescrit, qui vont devenir accros et devenir des délinquants pour pouvoir se payer leurs doses. Les commerciaux qui vont tout faire pour accroître leurs chiffres de vente avec des méthodes plus que douteuses.

La famille Sackler qui possède Purdue Pharma et qui échafaude des plans pour tirer le plus de profit de l’OcyContin qu’ils ont créés, sans le moindre remord ou la moindre remise en questions quant à sa dangerosité et aux ravages que ça cause. Et puis 2 assistants du procureur et une flic de la brigade des stups qui vont se lancer dans une grande enquête pour prouver la culpabilité des Sackler. Et c’est franchement glaçant.

 

Première série qui adresse cette thématique de façon aussi frontale

 

Tout à fait, même si d’autres séries évoquent le sujet, ici Dopesick a un côté presque pédagogique, en décortiquant étapes par étapes le plan de Richard Sackler pour commercialiser et vendre son médicament. La série fait quand même 8 épisodes d’une heure donc on va bien dans le détail.

 

Sinon on en a rapidement parlé dans la série Euphoria, quand on voit Rue, la jeune heroine jouée par Zendaya, prendre du fentanyl. Dans la série Hightown c’est Jackie Quinones, une policière qui est dépendante aux opiacés et a d’autres drogues d’ailleurs et qui lutte contre des dealers. Et dans American Rust, on peut voir le shérif Del Harris, vétéran de la guerre du Golfe qui est addict aux opiacés qu’il prend pour oublier est ses souvenirs du premier conflit irakien.

Ce qui est interpellant de constater c’est qu’ici, les victimes viennent d’une Amérique rurale, majoritairement blanche et ouvrière. Alors que des séries comme The Wire ou The Shield s’intéressaient elles à des populations plus urbaines, noires ou latines qui étaient accros à des drogues dites plus classiques comme le crack ou l’héroïne. Eux étaient considérés comme des délinquants à mettre en prison le plus rapidement possible, alors que les dépendants aux opiacés sont traités comme des malades à qui la société a fait défaut.

En tous cas Dopesick a le mérite d’humaniser les victimes de cette crise et de mettre en avant les thérapies contre la dépendance auxquelles seulement 12% des américains ont accès.

La série se termine en 2007 quand Purdue Pharma reçoit ses premières sanctions, mais ce qui est peut-être le plus dérangeant c’est de savoir qu’en 2021, l’OxyContin et les autres médicaments à base d’oxycodone sont toujours commercialisés aux Etats-Unis et en Europe d’ailleurs.

 

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