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Coronavirus – Quand les comédiens lisent les poètes

Des textes de poètes, lus par des comédiens, pour rendre hommage aux défunts et soutenir les familles en deuil
Des textes de poètes, lus par des comédiens, pour rendre hommage aux défunts et soutenir les familles en deuil - © Pixabay

Focus sur l’opération 'Les comédiens lisent les poètes' : des comédiens s’emparent des mots des poètes, en hommage aux victimes du coronavirus.

On en parle avec Nicolas Crousse, journaliste au Soir et coréalisateur du projet avec Carl Norac et Béatrice Delvaux, et Bernard Yerlès, comédien ayant participé à l’opération.

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Début avril, Carl Norac, notre poète national pour deux ans, avait lancé un appel aux poètes du pays, afin qu’ils rédigent des textes en hommage aux défunts que l’on ne peut, en ces temps de confinement obligatoire, pas célébrer de façon décente. Et aussi pour tenter de mettre un peu de baume sur les douleurs des familles en deuil.

Parmi les auteurs qui ont répondu présent, Laurence Vielle, Veronika Mabardi, Jean-Pierre Verheggen, Jean-Luc Outers, Timotéo Sergoï, Caroline Lamarche, Vincent Tholomé… mais aussi des poètes du nord du pays. Il y a même des poèmes en espagnol et en arabe.

Ce ne sont pas des textes d’adieu ordinaires, ce sont des textes d’adieu liés au confinement, qui suscitent des émotions diverses. On peut les trouver sur le site du poète national. Il y en a près de 100.


Un partage d’émotion

Depuis vendredi, en partenariat avec Le Soir, ce sont les comédiens belges qui prennent le relais en interprétant gracieusement ces textes et en filmant cette lecture chez eux. Les mots des poètes s’incarnent ainsi au fil des lectures.

Les lectures, par Bernard Yerlès, Thierry Hellin, Marie-Paule Kumps, Isabelle de Hertogh, Alexandre von Sivers et bien d’autres, sont magnifiques, sobres, intimes, émouvantes. Elles apportent aussi de la lumière, parfois un sourire, souligne Nicolas Crousse.

"C’est émouvant aussi de voir ces comédiens-là, qui sont chez eux, dans leur salon, dans leur bibliothèque, dans leur jardin. Ils font partie de nos vies, on va les voir sur scène, et on est privés d’eux. Eux aussi sont gravement sanctionnés par ce confinement obligatoire. C’est une émotion triple : il y a les poètes, il y a les comédiens que l’on voit, il y a les disparus et leurs familles."

Une lecture est à découvrir chaque jour sur le site du journal Le Soir.


Le deuil de tout une profession

Les professions culturelles, et du spectacle en particulier, sont elles aussi dans une forme de deuil professionnel.

"Je dirais presque un double deuil, précise Bernard Yerlès. On a le deuil de ne plus travailler et puis on a le deuil de constater qu’on n’est pas respecté, qu’on n’est pas dans les priorités. C’est dur de voir aujourd’hui que la culture n’est pas vraiment prise en compte, alors qu’elle fait vivre tout un secteur, qu’elle apporte du bonheur et du beau aux gens, et Dieu sait si on en a besoin en cette période."

"Notre métier est fait de rencontres de corps, et on a besoin d’être ensemble, pour vibrer ensemble. C’est ce qui fait la beauté de notre métier", ajoute-t-il.