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Confinement - Les auteurs de BD inquiets pour leurs droits numériques

L'auteur de BD Fabien Vehlmann interrogé sur la question des revenus des auteurs des BD numériques
L'auteur de BD Fabien Vehlmann interrogé sur la question des revenus des auteurs des BD numériques - © Editions Dupuis

Aujourd’hui, étant donné la fermeture des librairies, même s’il est encore possible de se faire livrer à domicile, la plupart des ventes de BD sont des ventes numériques. Mais les auteurs peuvent-ils en vivre ? Le basculement vers le numérique ne risque-t-il pas de devenir définitif ? Jusqu’ici, ce type de vente auquel personne ne croyait ne représentait pratiquement rien, mais demain ?

Thierry Bellefroid interroge à ce sujet le scénariste de BD Fabien Vehlmann, qui s’est beaucoup investi dans la défense des auteurs pour percevoir des droits d’auteur sur les bandes dessinées numériques.

Fabien Vehlmann est le scénariste de la série Seuls, de Le dernier Atlas, ou encore de Super Groom. Il a également été le scénariste de Spirou et Fantasio dans sa série classique.


Des ventes numériques qui restent marginales

"Ce qui est sûr, c’est qu’on ne va pas gagner des ponts en or avec le numérique qu’on nous survend en ce moment. C’est vrai qu’il y a un rebond des achats de bandes dessinées numérisées, par contre, cela reste pour l’instant extrêmement marginal. Cela a doublé certes, mais cela veut dire que c’est passé de 1 à 2% des ventes totales. D’autant plus que ces ventes sont parfois bradées pour donner aux gens l’envie de venir à la lecture numérique."

Au vu de ces chiffres, Fabien Vehlmann ne croit pas à la disparition du livre papier à l’issue de cette crise. La plupart des lecteurs préféreront toujours le support papier.


Un manque à gagner

Pour lui, le vrai problème des auteurs actuellement, c’est de percevoir suffisamment d’avances sur droits, quand ils ont signé pour tel ou tel projet.

"Sur le dernier Atlas, par exemple, je suis payé à la page selon un contrat. Tant que je peux produire des pages, je serai payé et je gagne ma vie avec ça. Par contre, du fait que certains de mes livres ont été repoussés, les sorties du Seuls, tome 12, ou du Dernier Atlas, tome 2, les droits d’auteur qui accompagnaient ces ventes seront décalés aussi. Il y aura donc un manque à gagner cette année."

Fabien Vehlmann a la chance d’être reconnu, il est en quelque sorte privilégié. Il y a énormément d’auteurs qui aujourd’hui n’ont plus aucun moyen de gagner leur vie. Certains faisaient des interventions dans les classes, des ateliers de bande dessinée, certains festivals payaient depuis peu les dédicaces aux auteurs. Tout cela, c’est fini.


La question des pourcentages dans l’édition numérique

Les avances sur droits sont importantes mais sont liées à un contrat en cours. Et pour les contrats, au niveau du numérique, rien n’a changé. Il y a quelques années pourtant, on pensait que la situation ne serait que transitoire :

"Notre grand cri de colère par rapport au numérique, c’est que le pourcentage qu’on gagne sur une vente est exactement le même que sur un livre papier. Or on sait très bien que ce n’est pas le même modèle économique. Pour un livre papier, entre l’impression, le transport,… on peut éventuellement comprendre pourquoi on arrive grosso modo à 8 à 10% du prix de vente.

En numérique, c’est un peu plus compliqué pour nous à entendre. L’argument des éditeurs, à l’époque de nos premières râleries, était qu’on allait commencer avec ce pourcentage-là et qu’on le changerait par la suite, plutôt en faveur des auteurs, quand on y verrait plus clair. Or, cela fait des années que c’est toujours le même pourcentage, et qu’on n’y voit pas plus clair.

Malheureusement je pense que ça va s’inscrire comme une sorte d’us et coutume de la profession, qu’on ne gagnera pas beaucoup sur un prix de vente qui, en plus, sera beaucoup plus bas. "

Pour Fabien Vehlmann, le modèle de survie des auteurs sur le numérique actuellement est équivalent à peanuts. Écoutez-le ici, dans Le Mug.

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