Le Mug de l'été

Podcast : de nouveaux outils pour enseigner l'histoire coloniale

Un podcast pour lutter pour l’égalité des chances et contre le racisme, les préjugés et les stéréotypes raciaux véhiculés par notre culture
Un podcast pour lutter pour l’égalité des chances et contre le racisme, les préjugés et les stéréotypes raciaux véhiculés par notre culture - © 'Sans blanc de rien'

Le 30 juin, on commémorera l’anniversaire de l’indépendance du Congo. 60 ans plus tard, le malaise belge est toujours palpable, lorsqu’il s’agit d’évoquer colonisation et décolonisation. Et pourtant les traces douloureuses de ce passé sont toujours là autour de nous et sont insidieusement ancrées dans le mode de pensée des Blancs. Les nouvelles technologies se veulent outils d’enseignement à l’histoire coloniale.

Exemple avec 'Sans blanc de rien', un podcast en 4 épisodes (5 en réalité car le 3e est divisé en deux) dans lequel deux jeunes femmes, Estelle Depris et Fiona Saintraint, déconstruisent les privilèges des personnes blanches et leur donnent les clés pour devenir de bon.ne.s allié.e.s anti-racistes.
 

Quand on se pense non-raciste

Le podcast 'Sans blanc de rien' se présente comme une fiction qui raconte l’introspection d’une jeune femme blanche qui, se croyant non-raciste, réalise qu’elle a vécu avec un filtre. Elle apprend à déconstruire ces biais pour voir en quoi les Blancs, même sans le savoir, participent au racisme ambiant.

"Ce podcast s’adresse au départ aux Blancs qui se pensent non-racistes, mais on s’est rapidement rendu compte qu’on s’adressait à tout le monde. On donne aussi aux personnes non-blanches des outils, des arguments pour s’adresser aux personnes blanches", précise Fiona Saintraint.

Même si en fait, ce n’est pas aux personnes racisées d’éduquer les personnes blanches, elles doivent s’éduquer elles-mêmes, l’information est à portée de main ou de clic.

"Le problème est que les personnes blanches ne ressentent pas le besoin de s’éduquer, parce qu’elles ne se sentent pas racistes, elles ont des amis noirs… Il y a cette incapacité à se penser comme un être qui est socialisé par une société qui a des racines profondément racistes", constate-t-elle.


Une introspection nécessaire

Le podcast propose donc de faire une introspection parmi ces filtres qu’on ne voit pas. Il parle à l’oreille des gens, il entre dans une forme d’intimité, il passe à travers toutes les barrières sociales qu’on peut avoir dans une conversation sur le racisme. Les gens souvent ne veulent pas entrer dans la conversation et sont très vite sur la défensive.

"Comment amener cette conversation nécessaire en palliant ces problèmes sociaux, ces problèmes de légitimité ? Le podcast était l’outil idéal, un média intimiste : on est seul chez soi à écouter. Beaucoup d’abonnés, grâce au podcast, peuvent à présent entrer dans une conversation sans avoir peur d’être maladroit envers leurs amis racisés. Le podcast donne des clés pour cette éducation, cette introspection, dans un but anti-raciste", explique Estelle Depris.


L’histoire particulière de la Belgique

On pense que le racisme n’arrive qu’ailleurs, en particulier aux Etats-Unis. Il était important de remettre le curseur sur la Belgique. La Belgique a en effet une histoire du racisme particulière, nourrie par la colonisation, la décolonisation. Les Belges sont encore imprégnés de l’esprit post-colonial.

"Je pense, en tant que femme métisse congolaise racisée, que la plupart des personnes blanches ne peuvent pas comprendre comment le racisme s’articule dans nos sociétés avec autant de disparités et d’inégalités de chances, sans revenir sur ce passé douloureux qu’est la colonisation. Et c’est pour cela qu’on a consacré quasiment une heure du podcast au Congo", souligne Estelle Depris.

"En choisissant notre histoire, qui n’est pas du tout neutre, on choisit de mettre en avant certains agendas et donc de taire la douleur de communautés qui souffrent encore aujourd’hui d’une énorme discrimination, d’une énorme oppression", ajoute Fiona Saintraint.


Accepter de se remettre en question

Pour Estelle Depris, le pire préjugé qu’une personne blanche puisse commettre en croyant ne pas être raciste, c’est de ne pas reconnaître ses privilèges blancs :

"Le plus violent est de ne pas se remettre en question par rapport à sa place bénéficiaire dans un système qui est majoritairement blanc, ou simplement de ne pas vouloir se poser la question. La clé de voûte dans la compréhension de notre système inégalitaire et raciste, c’est de comprendre le rôle des personnes blanches dans cette lutte. Pour moi, quand une personne refuse de remettre en question, c’est le pire."

Ecoutez la séquence complète dans Le Mug.

Et plus d'infos sur la page Facebook de 'Sans blanc de rien'.

Découvrez ici un extrait du podcast Sans blanc de rien, récompensé par la RTBF lors du Brussels Podcast Festival 2020.

Et pour aller plus loin :

Décolonisons-nous, c’est un compte Instagram où tous les jours, les administrateur.trice.s opèrent une revue de la presse méticuleuse d’ici et d’ailleurs.

L’idée ?

  • Attester que le racisme est toujours bien ancré et dénoncer celles et ceux qui s’en font le relais.
  • Déconstruire l’héritage post-colonial de l’inconscient collectif
  • Introduction à l’antiracisme

Décolonisons-nous est également une ressource riche de documentaires, podcasts et autres émissions à consulter afin de s’instruire perpétuellement.

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