Le Mug de l'été

Olivier Masset-Depasse : Mission, un chef d'oeuvre du cinéma humaniste et engagé

Ah ce que j'aimerais être vous, vous qui n'avez pas encore vu, lu, entendu ce classique culturel ! Que ce soit un livre, un film, une série, un album, un morceau, un monument ou un courant artistique, des artistes belges partagent leurs coups de cœur ! Le réalisateur Olivier Masset-Depasse évoque toute son admiration pour un des films majeurs de la carrière de Robert de Niro.

La Palme d’or de 1986 n’a rien perdu de sa superbe. Mission de Roland Joffé est toujours une œuvre incontournable et capable de générer de puissantes émotions chez le spectateur.

Ce drame se présente comme une fresque historique qui se déroule en Amérique du sud au milieu du 18ème siècle, alors que l’Empire espagnol a colonisé le continent. Frère Gabriel (Jeremy Irons), un prêtre jésuite idéaliste, s’aventure dans la forêt tropicale afin d'évangéliser les indiens Guarani, un peuple autochtone vivant en harmonie avec la nature. Il fonde une communauté pacifiste grâce à la création d’une école musicale. Il sera bientôt rejoint par le mercenaire Mendoza (Robert de Niro), un ancien marchand d’esclaves sur le chemin de la rédemption. Quelques années plus tard, l’Espagne décide du sort des missions jésuites : elles doivent disparaître.

Une fresque politique et humaine

Mission est le deuxième film du britannique Roland Joffé. Dès La Déchirure (1984), il s’impose comme un cinéaste engagé, soucieux de mettre en lumière des pages de l’Histoire rarement traitées dans la fiction. Après l’amitié entre un journaliste américain et son assistant local au Cambodge, alors dirigé d'une main de fer par le sanguinaire régime des Khmers rouges, il immerge le spectateur en 1740, période où le Nouveau-Monde est sous domination portugaise et espagnole. Le territoire est l’objet de nombreuses spéculations et rivalités entre les deux puissances. La mission d’évangélisation, pourtant symbole de réussite aux yeux de l’autorité religieuse, doit cependant être abandonnée. Frère Gabriel et Mendoza vont tout tenter pour protéger cette communauté et prouver au pouvoir politique que les Indiens ne sont pas des bêtes sans âme vouées au travail. Mais le microcosme fondé sur la foi et l’amour, le respect, la compréhension et la paix où chacun peut trouver sa place se heurte au partage des terres des empires coloniaux. La répression n’en sera que plus terrible.

Un film d’une grande finesse

Le projet de Mission est ambitieux et se révèle en tout point remarquable. Le scénario écrit par Robert Bolt (Lawrence d’Arabie et Docteur Jivago) est d’une infinie justesse et aborde avec finesse et subtilité des thématiques aussi riches que variées comme la rédemption, le pouvoir, la violence ou la tolérance pour témoigner d’un siècle où les tribus indiennes étaient implacablement décimées. Si la foi occupe une grande place dans l’intrigue, c’est aussi le message pacifiste et humaniste qui imprime durablement la mémoire du spectateur.

Des images à couper le souffle et une musique qui touche au sublime

La beauté des images reste intacte malgré les années passées. Mission a été tourné dans des décors naturels à proximité des somptueuses chutes d'Iguazú situées au milieu de la forêt tropicale, à la frontière entre l’Argentine et le Brésil. Un paradis perdu et bientôt en proie au déchirement imposé par les puissances coloniales. La réussite du film doit aussi beaucoup à ses acteurs (Jeremy Irons et Robert de Niro impressionnants de charisme et d’intensité) et à la sublime bande-originale d’Ennio Morricone. Le maître italien compose ici une de ses partitions les plus célèbres. Lyrique et émouvante, la musique de Mission s’inscrit à merveille dans la tonalité de cette œuvre puissante qui reste une peinture toute en nuances de la conquête des Amériques. 

Mission, un chef d'oeuvre conseillé par Olivier Masset-Depasse

Le cinéaste belge a raflé neuf trophées lors des derniers Magritte du cinéma belge avec son film " Duelles ". 

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