Le Mug de l'été

Livre : Les Incomprises, ces femmes qui ont eu raison avant les autres

Marilyn Monroe, Françoise Giroud, Amy Winehouse, Niki de Saint Phalle, Adèle Hugo, Emily Dickinson… les incomprises sont de partout, de toujours. Elles ont le goût du rêve, de l’impossible, de l’absolu. Ces femmes libres fréquentent la folie et la mort. Laura El Makki et Pierre Grillet dressent le portrait de 11 femmes libres qui ont marqué l’histoire, chacune dans leur domaine.

Les Incomprises est paru aux éditions Michel Lafon
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Tout est parti d’une discussion autour de Marilyn Monroe, sur laquelle chacun avait son avis, sa propre légende, explique Laura El Makki.

"Marilyn aimait dire qu’elle avait sa propre vérité, et que tout ce qu’elle disait, peu importe ce que les autres en pensaient, même si c’était incompris, c’était sa vérité à elle et c’était son bien le plus précieux.
Autour de Marilyn, s’est greffé tout un imaginaire de femmes, avec l’idée de faire se rejoindre des femmes qui cohabitaient dans nos imaginaires, mais qui ne s’étaient jamais rencontrées. On s’est rendu compte qu’elles partageaient quelque chose, un genre de secret, et on a voulu découvrir ce que c’était."


Niki de Saint Phalle

Le livre s’ouvre avec Niki de Saint Phalle, l’artiste connue surtout pour ses Nanas, sculptures de femmes voluptueuses. Elle a montré la femme dans ce qu’elle a de plus provocant, de plus excentrique, parfois de plus scandaleux. Elle a montré la femme telle qu’elle est, dans ses rondeurs, dans son excès.

"Elle avait une idée de l’immensité de la femme, qui est extrêmement moderne. Il fallait pour Niki de Saint Phalle que la femme prenne sa place au milieu des hommes."


Billie Holiday

La chanteuse Billie Holiday a touché le fond de la douleur : blessures d’enfance, drogue,…

"Elle a tout misé sur l’ambivalence des êtres, elle aimait cette ambivalence qui était la sienne et qui est celle, peut-être, des femmes. On n’accepte pas qu’une femme puisse être libre, puissante et fragile. Elle incarnait vraiment cette ambivalence, qui est tout à fait acceptable si on prend le temps de la regarder, de l’écouter."

C’est ce qu’on retrouve aussi chez Amy Winehouse. Ce sont des femmes qui sont dans une acceptation de leurs contradictions propres et qui ne veulent pas se justifier sur qui elles sont. Billie Holliday disait : "Je m’en fous de ce que les gens disent".

Finalement, c’est le célèbre morceau Strange Fruit, contre le racisme et les lynchages, qui va changer le regard sur Billie Holliday. Ce texte n’est pas le sien, mais elle l’incarne parfaitement et dramatiquement. Ce texte fait sens et dit une vérité que l’Amérique a sous les yeux mais ne veut pas voir. C’est une vraie prise de conscience, observe Laura El Makki.

Il y a eu un avant et un après cette chanson, à la fois pour Billie Holliday, qui apparaît tout à coup comme quelqu’un qui peut porter un message, et surtout pour la condition des Noirs, qui a commencé à devenir un questionnement.
 

Un secret commun

Le secret de ces femmes tient peut-être dans le fait qu’elles n’ont rien revendiqué, souligne Laura El Makki. C’est peut-être là que se tiennent leur liberté et la vraie définition de la liberté : c’est qu’on peut être libre sans forcément avoir besoin de le crier sur tous les toits. Ces femmes ont eu raison tôt sur la manière de vivre leur vie, sans demander la permission à quiconque, sans avoir l’aval de quelqu’un, du regard des autres.

C’est valable pour la poétesse Emily Dickinson, qu’on a longtemps prise pour une folle, parce qu’elle s’enfermait dans sa chambre, pendant des années, sans en sortir. On ne comprenait pas comment quelqu’un pouvait refuser le monde. Mais pour elle, c’était complètement normal de regarder le monde par sa fenêtre, explique Laura El Makki. C’était loin d’être une provocation envers les autres. C’était un plaisir pour elle.

Ces femmes ont eu raison avant les autres, elles sont pionnières dans l’idée d’assumer qui on est et de ne pas regarder ce qu’en disent les autres.

 

Des folles !

Plusieurs d’entre elles ont été qualifiées de folles, de désaxées, dérangées.

"C’est toujours l’argument utilisé à l’encontre des femmes, parce qu’on a toujours besoin de juger les femmes. On leur demande souvent de se justifier, on leur accorde peu de marge d’erreur. On leur accorde peu de temps pour dire qui elles sont. Elles sont plus sujettes à devoir sans cesse expliquer pourquoi elles font les choses, pourquoi elles disent les choses, que les hommes."

On a peu d’indulgence vis-à-vis des femmes. Ce qu’on a dit d’Emily Dickinson, ou d’autres femmes évoquées dans le livre, jamais on n’aurait dit la même chose d’un poète comme Rimbaud ou Baudelaire, constate Laura El Makki. Ils étaient des génies, même s’ils étaient maudits, s’ils se droguaient, s’ils avaient une vie dissolue. Par contre, on va juger les poétesses, on va dire qu’elles se droguaient, qu’elles étaient peut-être alcooliques, qu’elles ont tenté de se suicider. Il y a quelque chose de très négatif qui est apposé à la féminité, juste parce qu’elles sont femmes.

Je trouve qu’il y a une véritable incompréhension là, et ce livre dit ça aussi, dit que ces femmes se répondent et font presque clan. Enfin, elles se retrouvent dans cette incompréhension, mais elles, se comprennent.

 

Françoise Giroud

Françoise Giroud, patronne de presse, femme politique en France, est une femme qui s’est imposée dans un monde d’hommes.

Pour Laura El Makki, Françoise Giroud fait à la fois partie de cette famille des incomprises mais en même temps, elle est un peu à part. Elle s’est beaucoup battue pour l’indépendance des femmes, professionnelle et financière, pour engager des femmes, mais en même temps, elle était assez intraitable envers elles : elle ne supportait pas leur congé maternité, leurs absences…

"Elle avait une idée et une ambition d’homme. Son ambivalence à elle portait proprement sur la féminité, sur comment être femme dans un monde d’hommes, comment accéder aux mêmes postes que les hommes. C’est une question éminemment moderne, qu’aujourd’hui on se pose toujours. Elle n’a jamais renoncé à ce rêve-là, elle a atteint les postes que les hommes occupaient, mais elle s’est peut-être parfois trahie sur ses propos."
 

La blessure initiale

L’autre point commun entre ces femmes est qu’elles ont toutes été, à un moment donné, sur le fil entre la vie et la mort. Certaines ont basculé d’un côté ou de l’autre, certaines sont restées sans cesse sur ce fil, de peur de tomber.

"C’est peut-être le vrai sujet de ce livre : comment on résiste à la mort, comment on résiste à la vie, tout dépend dans quel sens on prend cette phrase. Toutes ont flirté avec l’un ou l’autre côté, avec le désir d’y tomber à chaque fois. […]
Amy Winehouse, par exemple, n’a pas su résister à la pulsion de mort. […] Ces femmes ont été hantées par un désir de mort. Mais c’est un beau désir, aussi, il ne faut pas renier ce désir-là, je trouve que c’est très important de le dire."

 

Amy Winehouse

Amy Winehouse, la benjamine de ces incomprises, disparue à 27 ans, est un OVNI musical.

"Elle est inclassable, on veut l’étiqueter, elle est unique et on la dissèque."

Dès l’adolescence, on lui affirme qu’elle n’est pas à sa place, qu’il va falloir qu’elle la trouve, alors qu’elle a l’impression d’y être, elle est chanteuse, elle le sait dès ses 12 ans !

C’est le vrai drame d’Amy Winehouse qui va combattre ces attaques par la drogue, par l’alcool, par un amour passionnel avec un compagnon qui va la détruire.

"C’est l’exemple contemporain de la femme non seulement harcelée, mais détruite par le regard des autres, notamment par les médias. On la jugeait sur son apparence, sur sa démarche, sur ses retards,… sans comprendre ce qui pouvait se passer derrière, explique Laura El Makki.
Pour moi, elle est l’ultime incomprise, parce qu’effectivement, c’est la plus proche de nous, mais c’est celle qu’on ne comprendra jamais, parce qu’elle est véritablement partie avec son secret."
 

Marilyn Monroe

Ces femmes ont une chance d’être comprises aujourd’hui, non seulement grâce à ce livre, mais parce qu’elles ont laissé des traces. Elles ont écrit, composé, chanté. On peut les entendre et les lire dans leurs propres oeuvres. C’est le cas de Marilyn Monroe.

"Marilyn, quel auteur formidable ! Marilyn est un écrivain en fait. Quand on aura compris ça, quand on aura essayé de comprendre qu’elle est plus qu’une pin-up blonde, je pense qu’on aura fait un grand pas. Marilyn est un énorme écrivain, immense, talentueux. Ses carnets, ses Fragments sont magnifiques. Il faut absolument les lire. Peut-être que ce livre peut aider à changer le regard sur elle", espère Laura El Makki.
 

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