Le Mug de l'été

Déborah François - Immersion dans la secte new age qui a défrayé l'Amérique des 80's

Ah ce que j'aimerais être vous, vous qui n'avez pas encore vu, lu, entendu ce classique culturel ! Que ce soit un livre, un film, une série, un album, un morceau, un monument ou un courant artistique, des artistes belges partagent leurs coups de cœur ! Déborah François nous invite dans une contrée très libre dans l'Oregon, siège d'une histoire fascinante et largement méconnue, celle de l’ascension spectaculaire d’une secte hindouiste.

Wild Wild Country est une mini-série documentaire produite par le géant du streaming au logo rouge. Au début des années 80, une communauté religieuse s’implante dans une région reculée de l’Oregon. Au beau milieu des Etats-Unis, pays de la liberté et du rêve, le gourou Bhagwan Shree Rajneesh dit Osho, y établit son centre spirituel. Bientôt rejoint par ses fidèles, l’initiateur du culte d’inspiration hindouiste entend bien établir en ces terres un lieu de vie utopique. Ce sont quelques milliers d'hommes et de femmes, tous vêtus de rouge et d'orange qui prennent graduellement possession de la municipalité d’Antelope.

En quête d'un territoire sacré

Osho a acheté le " Big Muddy Ranch " d’une superficie de plus de 25.000 hectares. Cet énigmatique gourou a fédéré une immense communauté à travers le monde. Les adeptes, majoritairement décrits comme des occidentaux éduqués et relativement aisés, affluent dès lors vers cet épicentre spirituel. Pour la population locale, constituée essentiellement de retraités, l’hallucination se transforme très vite en mécontentement.  Les habitants n’ont pas l’intention d’assister impuissants à la transformation de leur paisible bourgade en Rajneeshpuram - la ville édifiée à la gloire du leader. C’est le début d’une lutte juridique sans merci qui va secouer le comté et les consciences de la sphère médiatique.

Une réalité plus étonnante que la fiction

Pour reconstruire le fil de cette incroyable odyssée, Wild Wild Country s’appuie sur de nombreux témoignages et sur une brillante répartition entre images d’archives et d’autres plus récentes. Au centre du récit, il y a Ma Anand Sheela, fidèle d’Osho qui a été sa secrétaire et aussi porte-parole de la communauté. Elle n’hésitera pas à glisser dans la criminalité en planifiant un attentat terroriste bactériologique, ultime tentative pour remporter la bataille face à l’opposition conservatrice.

Une Amérique sondée dans ses paradoxes

La série documentaire n’a pas pour objectif de s’intéresser en priorité aux mécanismes d’endoctrinement et aux préceptes du maître spirituel derrière le concept de " méditation dynamique ".  Le point d’analyse privilégie une approche plus politique avec au centre une question essentielle : comment tout cela a pu se produire ?  Comment les institutions américaines ont en quelque sorte été prises au piège et à la limite de devoir céder l’autorité du territoire au profit de cette communauté sectaire ?

En reconstituant les événements qui ont mené à cette impressionnante bataille, Wild Wild Country se garde bien d’apporter un jugement moral sur toute cette affaire. De la foi sans limite des fidèles, prêts à tout pour vivre ce rêve grandeur nature, à la méfiance d’une population opposée aux aspirations libertaires en complet décalage avec la mentalité traditionnelle, cette mini-série documentaire de 6 épisodes est une enquête nuancée et terriblement étourdissante.

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