Le Mug de l'été

Confinement : quel impact sur la suite de nos séries préférées ?

Le tournage de Plus Belle la Vie, comme de toutes les séries, est en suspens
Le tournage de Plus Belle la Vie, comme de toutes les séries, est en suspens - © GERARD JULIEN - AFP

Comme les théâtres, les cinémas ou les maisons d’édition, les tournages, les montages, les doublages des séries sont eux aussi à l’arrêt. Sur la RTBF, les derniers épisodes en stock de Plus Belle la Vie sont diffusés cette semaine. Les Feux de l’Amour sont en pause pour la première fois depuis 1973… Quel impact la crise aura-t-elle sur nos écrans et sur le secteur désormais complètement à l’arrêt ?

Tentative de réponses en compagnie de Vania Leturcq, coscénariste et coréalisatrice de la série belge Pandore, dont le tournage devait débuter ce printemps, et de Thomas Anargyros, producteur des séries Les Rivières pourpres et Infidèles, entre autres, dirigeant de la société de production Storia Télévision et président de l’Union Syndicale des Producteurs Audiovisuels en France.

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Tout s’est arrêté

Suite au confinement et à l’interdiction de se rassembler, tous les tournages des fictions quotidiennes ont été suspendus mi-mars. Que ce soit pour Demain nous appartient ou Plus belle la vie, les chaînes n’ont pas de stock d’avance, puisqu’elles tournent ces feuilletons tout au long de l’année.

Par ailleurs, tous les nouveaux projets dont les tournages devaient débuter au printemps sont reportés, sans avoir encore de planning concret pour la suite.

C’est le cas de Pandore, la prochaine série de la RTBF avec Savina Dellicour et Anne Coesens, dont le tournage devait débuter le 14 avril. En pleine préparation, tout a dû être mis en stand by, à part quelques réunions par skype. Tous les essayages costumes, les répétitions, les effets caméra,… sont suspendus. Et on attend de savoir quand les tournages vont pouvoir reprendre, se demande Vania Leturcq.

Pour le tournage de la saison 2 d’Infidèles, en France, les conséquences sont moindres car à la veille du confinement, il ne restait que deux jours de tournage. Il a fallu plier bagage, tout rapatrier. "On a pu continuer le montage, mais il faudra attendre les autorisations pour faire ces deux derniers jours de tournage et boucler la série", explique Thomas Anargyros.


Chômage et assurance

Aujourd’hui, ce sont plusieurs centaines de tournages de séries ou de séries documentaires qui sont à l’arrêt. En France, le chômage partiel a heureusement été appliqué pour tous les intermittents et a permis que les sociétés ne se retrouvent pas dans des situations proches de la faillite.

Le gros enjeu est : quand va-t-on pouvoir reprendre ?

Un tournage, c’est entre 40 et 50 techniciens, des acteurs, des figurants, des autorisations administratives à demander pour les jours de tournage en extérieur, la question des assurances par rapport au coronavirus, parce que si toute une équipe doit être mise en quatorzaine, c’est de nouveau tout qui s’arrête, observe Thomas Anargyros.

"On est dans l’inconnu total, et on essaie de construire avec le gouvernement à la fois le moment où on pourra retourner et quelles conditions seront nécessaires pour que les tournages puissent avoir réellement lieu, et d’autre part comment peuvent intervenir les assurances pour qu’en cas de problème, on ne se retrouve pas avec des sociétés qui partent en faillite, avec des séries qui ne se terminent pas, ce qui serait dramatique.

De façon plus prosaïque, quelque chose qui aurait paru totalement fou et absurde il y a 3 mois… On se dit : comment est-ce que dans nos séries, les gens vont pouvoir s’embrasser ? Ce sont des choses sur lesquelles on est obligé de réfléchir aujourd’hui. "


Réécrire la série ?

Pour Vania Leturcq, la question est : est-ce qu’on intègre dans la série la question du coronavirus, sans aucun recul ? On n’a en effet aucune idée de quand va se terminer cette crise sanitaire. "Soit on admet que la série se passe avant la crise et on n’y fait pas allusion, soit on décide de réécrire maintenant."

"Pour le moment, on reste très prudent. Il ne faut pas écrire des choses qui paraîtront absurdes quand elles seront diffusées, parce qu’il faut savoir qu’entre le tournage d’une série et sa diffusion, il y a parfois un an, au mieux 6 ou 7 mois."
 

La question des calendriers

Vania Leturcq s’inquiète : "On a une centaine de rôles sur cette série, dont certains comédiens qui ont des engagements ailleurs, dans des théâtres ou sur d’autres films ou séries. Si on reprend le tournage en septembre, les saisons théâtrales sont déjà faites, vont-ils devoir honorer ces engagements ou pourront-ils toujours être avec nous sur cette série ? Seront-ils tiraillés entre un tournage et un autre ? "

Quoi qu’il en soit, tout le monde va sortir de cette crise avec des problèmes financiers. Entre ceux qui sont au chômage complet, entre ceux qui sont indépendants, tout le monde aura besoin que cela reprenne.


Un fonds d’assurance européen

Thomas Anargyros plaide pour la création d’un fonds d’assurance au niveau européen. "Je pense que c’est absolument indispensable. Sans que cette question des assurances ne soit résolue, aucun tournage ne pourra reprendre, le secteur va rester entièrement à l’arrêt, ce qui est impossible. L’activité est très forte en Belgique, et en France, cela représente largement plus de 100 000 emplois.

Aujourd’hui, tout le monde a intérêt à ce que ça reprenne. En dehors de la question fondamentale de la création, des techniciens, des auteurs, des acteurs, mais tout le secteur économique et même les chaînes de télévision vont se retrouver avec un vide de programmation. Or on sait que les séries sont ce qui marche le mieux à l’antenne."

Il s’agit de créer un filet de sécurité, un fonds qui serait alimenté à la fois par l’Etat, par des collectivités locales, par les Régions, l’Europe, les producteurs, de sorte que les assureurs ne portent pas seuls, économiquement, le risque de l’assurance.


Un code de bonne conduite

La France essaie de mettre en place un code de bonne conduite entre les producteurs de télévision, de cinéma, les chaînes de télévision et les agents des acteurs, pour que la priorité absolue soit donnée à toutes les séries qui étaient déjà en tournage ou en préparation.

En Belgique également, il y a beaucoup d’échanges à ce sujet entre les producteurs, en particulier les petits producteurs indépendants, qui doivent être protégés parce qu’ils créent le cinéma belge.

Vania Leturcq espère qu’après cette période de confinement, la culture sera vue différemment.

"C’est la culture qui nous fait tenir pendant le confinement : on écoute tous plus de musique, on regarde tous plus de séries, on lit tous plus de livres. Le confinement est plus supportable grâce à la création. Ce ne serait pas mal qu’on se rende compte que la culture, ce n’est pas un loisir, c’est quelque chose qui est indispensable à la vie de tous et qu’en ce moment on se nourrit de ça."

 

 

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