Le Mug de l'été

Confinement – Des théâtres en danger, "une aide est vitale"

Certains théâtres, comme le TTO, redoutent de ne pas pouvoir se relever après plusieurs mois d'inactivité
Certains théâtres, comme le TTO, redoutent de ne pas pouvoir se relever après plusieurs mois d'inactivité - © Pixabay

Le secteur culturel souffre particulièrement du confinement. Les théâtres notamment, vidés de leurs spectateurs, pourront-ils tous survivre à l’épidémie, alors que le déconfinement ne garantit pas un retour massif du public ? Certains sont véritablement en danger et, avec eux, toutes les personnes qui en dépendent.

David Michels, le directeur du Théâtre Royal des Galeries à Bruxelles, et Albert Maizel, le président du TTO – Théâtre de la Toison d’Or à Bruxelles, dressent un bilan de la situation.
Fragilisé par la crise du coronavirus, le Théâtre de la Toison d’Or, peu subventionné, traverse une période compliquée et lance un appel à l’aide à la Communauté française.

 

Des situations différentes selon les théâtres

Même si leur situation est très différente, en termes de taille de salles, de lieux, de subventions,… on peut dire que Le Théâtre Royal des Galeries et le TTO dépendent de la même façon des places achetées par les spectateurs. Au TTO, 65% des revenus proviennent de la billetterie, tandis que le Théâtre des Galeries cite le chiffre de 72%.

Pour le TTO, la fréquentation est donc une question de survie, dans la mesure où il ne reçoit que 220 000 euros par an de subsides, là où d’autres bénéficient de 1 ou 2 millions. Il n’est pas subsidié à hauteur de ses frais de structure - le lieu, l’équipe permanente, ce que l’on appelle 'le théâtre en ordre de marche' - mais seulement à hauteur de 40%. Le reste vient des profits générés par la billetterie.

Le Théâtre des Galeries, quant à lui, est la plus grande salle en activité à Bruxelles et occupe un lieu historique, qui appartient aux Galeries Saint-Hubert. Le coût du loyer – légitime pour un endroit historique de 5000m² en plein centre ville, reconnaît David Michels - équivaut chaque année à l’achat d’une petite maison à Uccle.


Quel avenir pour les théâtres ?

Déconfinement et réouverture ne veulent malheureusement pas dire que les gens vont, voudront et pourront se précipiter en masse dans les théâtres.

"Le déconfinement pourrait être le début pour nous de la période vraiment compliquée, explique Albert Maizel, le président du TTO – Théâtre de la Toison d’Or. On va rouvrir, tous les coûts vont revenir – pour le moment la plupart de nos permanents sont en chômage temporaire – et on ne sait pas si les spectateurs vont revenir. Je parle en tant que président d’un lieu et en même temps en tant que citoyen. […]

A la fois, on voudrait que les gens reviennent, on leur demande de revenir et en même temps, on est bien conscient qu’il y a du danger, que le virus sera toujours là et qu’il faudra cohabiter avec lui. Cela nous met dans une situation professionnellement et individuellement très compliquée à résoudre."

 

Un changement d’habitudes de la part du public ?

Il est clair qu’avec le confinement, nous avons déjà un peu changé nos habitudes de consommation de culture, mais David Michels, le directeur du Théâtre Royal des Galeries, est confiant : les gens auront envie à un certain moment de revenir dans les salles de spectacle. Il reçoit d’ailleurs de nombreux messages en ce sens. Les gens soutiennent le théâtre et se renseignent déjà sur les abonnements.

"La campagne d’abonnement sera lancée mi-mai, un peu plus tard que d’habitude, pour avoir un peu de recul. Je ne sais pas si le théâtre pourra être rouvert physiquement dès ce moment, mais les abonnements peuvent s’acheter par téléphone ou par internet... avec l’espoir que les théâtres manquent à leur public !"

L’envie sera progressive et "au moment où on va rouvrir, c’est vrai que les coûts vont exploser, avec peut-être des salles qui ne seront pas remplies."
 

Une aide adaptée à chaque situation ?

Il va y avoir une période difficile, tant qu’on n’aura pas trouvé un remède au virus, confirme Albert Maizel. En attendant, pour lui, il y a deux choses à faire pour éviter que les théâtres ne soient mis par terre :

1. aider les artistes
2. préserver les outils de travail, c’est-à-dire les lieux.

"Et les lieux qui, comme le TTO, ne sont pas subsidiés à hauteur de leur ordre de marche, doivent non seulement recevoir des subsides pour compenser les artistes pour les représentations reportées, mais aussi des subsides pour qu’ils puissent tenir en tant que lieux, le temps que les spectateurs reviennent en nombre normal, c’est-à-dire à 80 ou 90% de taux de remplissage en ce qui concerne le TTO."

Il a adressé un courrier en ce sens à la ministre de la Culture de la FWB, Bénédicte Linard, "étant donné l’écart entre ce que nous recevons et ce que d’autres reçoivent. On est un peu les laissés pour compte de la politique culturelle en matière de théâtre, à la TTO. On ne comprendrait pas, avec des écarts qui vont jusqu’à 10 fois ce que nous recevons, qu’on ne nous aide pas de manière un peu spéciale en cette période extrêmement dangereuse pour nous. C’est vital."

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