Le Mug de l'été

Comment la Pop Culture nous aide à comprendre les troubles psychiques

Jean-Victor Blanc, médecin psychiatre : "Cette prise de parole par des célébrités permet d'avoir un éclairage, une audience que les maladies mentales ont du mal à avoir"
Jean-Victor Blanc, médecin psychiatre : "Cette prise de parole par des célébrités permet d'avoir un éclairage, une audience que les maladies mentales ont du mal à avoir" - © Plon

La représentation des troubles mentaux est généralement erronée et paradoxale. D’un côté, ils exercent une fascination. De l’autre, ils font peur. A travers ses recherches scientifiques, mais aussi son travail de pédagogie pour le grand public, Jean-Victor Blanc veut changer le regard porté sur la maladie mentale et améliorer l’inclusion des patients.

Bipolarité, troubles alimentaires, schizophrénie, dépression, stress post-traumatique, tendances suicidaires, traitements par médicaments, électrochocs… tout cela fait un peu peur. Et si les troubles psychiques pouvaient être expliqués, compris, voire mieux pris en charge grâce à la Pop Culture ?

Médecin psychiatre à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris, et enseignant à Sorbonne Université, spécialisé dans la prise en charge des nouvelles addictions et du trouble bipolaire, Jean-Victor Blanc est l’auteur du livre Pop et Psy (Plon).
 

Des références que tout le monde connaît

A travers les exemples de Maria Carey, Justin Timberlake, Lady Di, Kim Kardashian, Dalida ou encore Rambo, via des films, des séries, des pubs, le psychiatre propose de rendre compréhensibles les troubles mentaux souvent mal connus.

"L’idée était d’expliquer mieux mon métier, parce que je trouve qu’il est injustement incompris dans les médias et qu’il y a énormément d’idées reçues, dont les patients sont victimes au quotidien. L’idée était d’utiliser une Pop Culture, des références que tout le monde connaît, des références qui peuvent être aussi ludiques. C’est un côté que je revendique également, pour mieux expliquer mon métier, mieux expliquer surtout la maladie mentale."

Dans son approche, Jean-Victor Blanc part d’un support, par exemple un extrait d’interview de célébrités, de Maria Carey ou Lady Di par exemple, qui évoquent leur bipolarité, leur boulimie, ou tout autre trouble, leur malaise, leur angoisse, les conséquences que cela peut avoir.

Il l’assortit ensuite de connaissances médicales, d’articles scientifiques, d’histoires de patients,… Cela permet d’améliorer la compréhension et la vision que l’on a de la maladie.

Ce type de prise de parole par des célébrités permet d’avoir un éclairage et une audience dans notre société que, sinon, les maladies mentales ont du mal à avoir.
Même si ce sont des pathologies qui sont très fréquentes - on sait que cela concerne une personne sur quatre - on a toujours l’impression que c’est quelque chose de rare, qui n’arrive que chez les autres, et du coup c’est mal compris.

Il y a par exemple en moyenne 10 ans de retard entre les premiers symptômes de bipolarité et le diagnostic. C’est ce que Maria Carey a vécu également. Elle explique qu’au début, elle n’a pas voulu y croire, surtout parce qu’elle ne voulait pas que cela se sache et que se soigner, c’était s’exposer à un scandale médiatique, aux paparazzis.


Un réconfort et un outil de communication

Ce sont parfois les patients qui, eux-mêmes, évoquent ces exemples célèbres en consultation. Le groupe de psycho-éducation de l’hôpital Saint-Antoine utilise aussi des films et des prises de parole de célébrités, qui, entre autres choses, peuvent apporter un réconfort au patient.

Savoir que tel président a été bipolaire, que tel artiste ou tel acteur a eu une belle carrière tout en étant bipolaire, cela apporte du réconfort aux patients et permet d’en parler à l’entourage : "Tu vois, ma maladie, ce n’est pas dans ma tête, c’est quelque chose dont Churchill était atteint, dont Maria Carey parle… "


Remettre les maladies mentales à leur juste place

Jean-Victor Blanc évoque, dans son livre, bien d’autres troubles psychiques ou des malaises qui nous paraissent plus familiers, comme le baby blues qui peut se transformer en une véritable dépression post-partum ; il explique bien la différence entre les deux. Il donne une série de critères qui permettent déjà de reconnaître certains troubles.

Le risque est que certains trouvent glamour ou très 'coup de com' les troubles de certains artistes, mais "c’est parce qu’ils connaissent vraiment très mal la maladie. Les patients qui en souffrent trouvent impossible d’en parler sur leur lieu de travail et très difficile d’en parler avec leurs proches. Ces maladies restent encore extrêmement tabou, avec beaucoup de préjugés."

Il ne veut en donner une image ni trop négative, ni trop positive, "mais à leur juste place, comme toutes les autres maladies. J’aimerais que dans notre société, ça puisse être la même chose."


Une parole plus libre, une visibilité plus grande

Les troubles psychiques sont de plus en plus souvent abordés dans les séries, les films, la littérature… de façon plus récurrente mais aussi plus précise, plus réaliste qu’auparavant.

"Cela relève d’un mouvement de fond, de société. Je n’aurais pas pu écrire ce livre il y a dix ans. La plupart des exemples sont très récents. Il n’y a jamais eu autant de célébrités qui parlent ainsi à visage ouvert de leur maladie."

En fiction, tant aux Etats-Unis qu’en Europe, il y a enfin des films, des séries comme Mental sur France Télévision, qui parle d’adolescents atteints de troubles psychiques, avec un vrai travail d’accompagnement, de recherche.

"Je trouve que maintenant, le monde des médias est beaucoup plus sensible à la question de la santé mentale et ne récupère plus toujours les mêmes clichés, comme ceux de Vol au-dessus d’un nid de coucou", conclut Jean-Victor Blanc.

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