Le Mug de l'été

Charlie Dupont – Les Ailes du désir, un classique du 7ème art envoûtant

Ah ce que j’aimerais être vous, vous qui n’avez pas encore vu, lu, entendu ce classique culturel ! Que ce soit un livre, un film, une série, un album, un morceau, un monument ou un courant artistique, des artistes belges partagent leurs coups de cœur ! Charlie Dupont nous emmène à la découverte d’un classique du cinéma allemand.

Les capitales du Vieux Continent ont toujours fasciné le cinéma : Paris la Ville lumière, Rome avec son héritage antique et Londres comme berceau d’une révolution pop. Et puis il y a Berlin, épicentre mouvementé de l’Europe qui a cristallisé bien des passions et des craintes depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu’à la fin de la guerre froide. Lieu de tournage idéal pour les films d’espionnage (au hasard Mes funérailles à Berlin, Le Pont des espions, L’espion qui venait du froid) et les films de guerre (Le Temps d’aimer et le Temps de mourir, La Chute, Valkyrie), la capitale allemande fût le théâtre d’une histoire complexe dont le Septième art a toujours su tirer parti. Si l’on ne devait retenir qu’un seul film qui illustre à merveille les nombreux visages de la ville, ce serait Les Ailes du désir de Wim Wenders. Un conte allégorique et poétique filmé en noir et blanc et en couleurs dans lequel deux anges invisibles errent à l’écoute des voix intérieures des habitants de la mégapole.

Berlin, ville coupée en deux

Le film est tourné en 1987 soit deux ans avant la chute du mur de la honte. Le cinéaste allemand fait de Berlin un personnage à part entière, en attardant longuement sa caméra sur les vestiges de la ville séparée physiquement et politiquement. Revoir ce film aujourd’hui, c’est mesurer combien ce monument du cinéma est devenu avec le temps le testament d’un monde révolu, disparu. La place Potsdam, terrain vague que longent les deux anges Damien et Cassiel (Bruno Ganz et Otto Sander) est le no man’s land qui symbolise le rideau de fer. Depuis la réunification allemande de 1990, cette place quasiment vide est devenue un espace urbain totalement transfiguré.

Les lieux où furent filmés Les Ailes du désir n’existent plus sous la même configuration, mais il est toujours possible de s’imprégner de l’atmosphère de l’époque là où certains pans du mur ont été conservés.

 

Un film musical

L’atmosphère mélancolique est traduite par les sublimes images du chef opérateur Henri Alekan,mais aussi par l’incroyable travail sonore. Wim Wenders accorde à la musique une place de choix dans ses films, on se souvient de la sublime bande-son de Ry Cooder dans Paris, Texas. Pour donner vie à l’effervescence artistique qui secoue la capitale, il choisit des morceaux issus de la scène rock. On y croise Nick Cave and the Bad Seeds alors encore à ses débuts mais aussi Crime and the City Solution qui apparaît en concert. Citons également Laurie Anderson et Tuxedomoon, qui témoignent de l’extrême variété sonore du film.

L’héritage du désir

Onzième long métrage de Wim Wenders, d’une richesse thématique, philosophique et spirituelle encore pertinente plus de trente ans après sa sortie, ce drame merveilleux a connu un succès critique et public immédiat. Prix de la mise en scène au festival de Cannes, ce classique a eu droit à une suite alors que Berlin allait connaître une nouvelle révolution. Deux événements historiques majeurs (la chute du mur puis la réunification de l’Allemagne de l’ouest et de l'est) ont poussé le cinéaste à poursuivre l'aventure avec Si loin, si proche !, sorti en 1993

Plus surprenant, le cinéma américain s’est emparé des Ailes du désir pour produire une relecture hollywoodienne intitulée La Cité des Anges avec Nicolas Cage et Meg Ryan. Une version plus lisse qui ne retient que l’idée de base soit la cohabitation entre des anges et des humains au sein d’un même microcosme.

Une œuvre poétique et sublime selon Charlie Dupont

Le comédien remontera dès septembre sur les planches du théâtre le Public pour la reprise des " Émotifs Anonymes " en compagnie de Tania Garbarski.