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Cathy Immelen relance le débat : êtes-vous VO ou doublage ?

Cinéma : VO ou doublage ?
Cinéma : VO ou doublage ? - © Pixabay

Cathy Immelen relance un débat qui agite les amateurs de cinéma : voir les films en version originale ou doublés en français ?

Le monde se divise en deux catégories : il y a ceux qui ne jurent que par les films en version originale et ceux que les sous-titres font fuir. Cette question du doublage ou de la VO fait apparaître une démarcation assez artificielle et réductrice : il y aurait les spectateurs d’un côté et le cinéphile de l’autre.

Louis Jouvet affirmait : "Un film doublé, c’est un film qui a perdu la moitié de son intérêt."

Alfred Hitchock, a contrario, disait : "Un film perd 15% de sa force s’il est sous-titré et seulement 10% s’il est bien doublé".
Il pensait que les sous-titres étaient fatigants pour certains lecteurs moins aguerris, qu’à cause des sous-titres, le cinéma devenait une gymnastique visuelle contraignante, qui lui enlevait sa dimension divertissante. Les sous-titres étaient pour lui une atteinte visuelle à l’esthétique et à la construction des plans d’un film et diminuaient l’immersion du spectateur.


L’avis de Cathy

Aujourd’hui les pro et les anti VO s’écharpent sur les réseaux sociaux. Mais ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain ! recommande Cathy Immelen.

Pour sa part, elle défend les versions originales à 100%, par respect pour le jeu des acteurs, pour la plongée culturelle que cela nous offre, pour le dépaysement de la musicalité d’une langue.

Il y a aussi tous ces problèmes de traduction du doublage, qui font que l’humour est souvent dégradé en VF. Les changements de sens sont très nombreux aussi, par exemple dans The Big Lebowski, on a préféré, pour des raisons de synchronisation labiale, traduire dude par duc, alors que le mot veut dire mec, type.

Le doublage n’est pour elle qu’une copie qui n’atteindra jamais la puissance et la justesse de l’original, mais ce serait nier le travail titanesque qu’il y a derrière le doublage d’un film…

 

Quand et où est né le doublage ?

Le doublage est né à la fin des années 20, suite à la transition entre le muet et le parlant, pour qu’Hollywood puisse continuer à vendre ses films à l’international.

On a d’abord tenté une astuce complètement folle : faire tourner les scènes d’un film plusieurs fois, avec à chaque fois un casting différent pour chaque langue. L’idée a été rapidement abandonnée pour une question évidente de budget.

Les acteurs ont ensuite été invités à devenir polyglottes, pour enregistrer leurs dialogues en plusieurs langues. Sans succès bien sûr, car c’était inintelligible, ils parlaient en phonétique.

Quand Laurel et Hardy sont devenus des stars au début des années 30, on leur a fait tourner leurs films en anglais, mais aussi en français, de manière phonétique. Ils lisaient leurs textes écrits sur des panneaux et le résultat n’était pas très compréhensible. Mais comme le public s’était habitué à les entendre dans un français ânonné, avec l’accent anglais, lorsqu’on est passé au doublage en français, on leur a laissé l’accent américain.


L’essor du doublage

En France, sous le régime de Vichy, est né l’ancêtre du CNC, le Centre national de la cinématographie, qui a décrété que la permission de sortie en salle d’un film ne serait accordée qu’aux films doublés.

Après la Seconde Guerre Mondiale, cette loi a été annulée, mais il y avait une économie, une technique du doublage qui avait pris de l’ampleur et le mouvement était lancé.

Il a continué grâce au cinéma italien, très important dans l’histoire du doublage : les westerns des années 50 avaient des castings internationaux. C’était des coproductions avec des acteurs qui venaient de plusieurs pays et chaque acteur jouait dans sa langue natale. Le doublage n’était plus un tabou.


Le doublage souvent plébiscité…

Il y a des politiques très différentes en matière de doublage, selon les pays. On observe une scission : les pays latins – France, Espagne, Italie – sont peu exposés à l’anglais et doublent beaucoup plus que les pays germaniques ou scandinaves. Ces pays peu habitués aux films sous-titrés sont aussi ceux où l’anglais est le moins bien maîtrisé.

Tant qu’on n’augmentera pas les VO à la télévision ou au cinéma, notre anglais sera moins performant, c’est un énorme cercle vicieux, observe Cathy Immelen.

Netflix a découvert que les films doublés avaient plus de succès que les versions sous-titrées. Du coup, il double désormais en 31 langues différentes au lieu de 24 langues précédemment.

 

… mais de l’espoir pour la VO !

Il y a toutefois de l’espoir que la VO entre dans les moeurs, avec la jeune génération qui streame beaucoup de séries et qui n’attend pas que les versions françaises doublées soient disponibles six mois après leur diffusion. On télécharge tout de suite le dernier épisode sous-titré de sa série préférée !

Un autre espoir : que les VO multilingues s’imposent chaque jour un peu plus à la télévision, grâce à la Smart TV.

Reste que l’immense majorité des téléspectateurs continuera à préférer la version française. Il sera toujours nécessaire d’exiger un doublage de qualité. La Belgique excelle d’ailleurs dans le domaine et fait travailler des dizaines de personnes de talent.

A noter que toutes les séries disponibles dans le Séries Corner sur Auvio sont proposées en version originale sous-titrée multilingue et en doublage !