La folie des années 80

Les années 80 : 1989 - L’année de la chute du mur


Les médias francophones publics vous font remonter le temps. Partez à la découverte d’une décennie haute en couleur qui aura marqué l’Histoire. Une série de neuf épisodes qui vont feront vivre ou revivre la folie des années 80’.

1989, le cinéaste italien Sergio Leone, et l’auteur belge Georges Simenon nous quittent, la Roumanie est en proie à d’importantes manifestations contre le régime de Ceaușescu, tandis que l’Allemagne de l’Est, après des décennies d’isolement, annonce l’ouverture totale de sa frontière avec l’Allemagne de l’Ouest. C’est la chute du mur de Berlin.

La Pologne, où tout commence

L’événement qui va véritablement changer la face du monde, en cette décennie des années 80, c’est incontestablement celui-là. Nous sommes le 9 novembre 1989, et le cruel mur de Berlin est enfin abattu après des décennies passées à diviser l’Allemagne. C’est l’aboutissement d’un affaiblissement de plus en plus grand du bloc communiste durant ces années 80.

Et cela commence déjà en 1980, lorsque des ouvriers polonais du port de Gdansk décident de s’unir et de créer un parti de contestation : Solidarność, dirigé par Lech Walesa. Malgré la répression du régime, le parti va réussir à se maintenir tout au long de la décennie, et à devenir un acteur politique majeur.

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©  Omar Marques / Getty Images

Il faut dire qu’en Pologne, malgré le pouvoir communiste profondément antireligieux, le catholicisme est encore fort ancré dans la population. Lech Walesa en est lui-même un ardent défenseur, mais surtout, c’est l’arrivée de Jean-Paul II, tout premier pape polonais, qui va avoir une énorme influence dans la société polonaise. Le catholicisme devient le représentant de la contestation des fondements même du communisme.

En 1989, Solidarność participe enfin aux élections, pourtant prises en main par le pouvoir. Il réalise des scores phénoménaux, et est intégré au gouvernement. C’est la fin du régime totalitaire. Et ailleurs, à l’Est, l’exemple est scruté avec crainte ou avec intérêt.

" Tear down this wall "

Ce mur qui défigure l’Allemagne depuis peu après la Seconde Guerre, la divise en deux pays distincts :  la République Fédérale d’Allemagne (RFA) côté Ouest et la République Démocratique Allemande (RDA), communiste, côté Est. En 1987, Berlin est divisée elle aussi, mais elle célèbre son 750e anniversaire. Du 30 avril au 15 novembre, les fêtes, spectacles, animations et concerts se succèdent. Le 12 juin 1987, le président américain Ronald Reagan se rend à Berlin-Ouest. C’est à la porte de Brandebourg que publiquement, il adresse un message à Mikhaïl Gorbatchev.

" Monsieur le Secrétaire général Gorbatchev, si vous voulez la paix, si vous voulez la prospérité de l’Union soviétique et de l’Europe de l’Est, si vous voulez la libéralisation, présentez-vous à cette porte ! Monsieur Gorbatchev, ouvrez cette porte ! Monsieur Gorbatchev, abattez ce mur ! "

Abbatez ce mur ! ", " Tear dow this wall ! ", les mots sont lâchés.

Mais les réformes démocratiques de Michael Gorbatchev en URSS ne sont pas du tout du goût du dirigeant de la RDA, Erich Honecker. Il veut à tout prix éviter que le mouvement touche son pays, où son régime est l’un des plus autoritaires en Europe de l’Est. Situation ubuesque : la RDA interdit la parution de certaines publications soviétiques sur son territoire.

Gorbatchev ne veut plus intervenir de manière musclée, comme nombre de ces prédécesseurs, dans tous les autres États communistes d’Europe. Il espère ainsi les encourager à prendre le même chemin de réformes que l’URSS, et accepter le multipartisme. Pour Honecker, c’est inimaginable. Il comprend que ce serait la fin du communisme.

Au cours des années 1980, des revendications commencent à se faire entendre dans ces pays communistes où la population avait été muselée. Les contestataires se rassemblent dans les églises avant d’aller manifester dans les rues des grandes villes allemandes, Dresde, Leipzig ou encore Berlin-Est.

Le 12 mai, la Hongrie signe la convention de l’ONU sur les réfugiés. C’est la première réelle brèche dans le mur, c’est la fin du rideau de fer qui divisait l’Europe. La Hongrie s’engage à ne plus intercepter les Allemands de RDA qui tentent de passer à l’Ouest, vers l’Autriche. Auparavant, ces réfugiés étaient arrêtés et remis à la terrible Stasi, le service de sécurité est-allemand. Mais désormais, ils pourront passer sans inquiétude la frontière.

Mais alors que tout se délite autour de lui, et que l’Occident semble bel et bien gagner la partie, le gouvernement de RDA se montre inflexible. Aucun changement, aucune ouverture, aucune réforme n’est à l’ordre du jour. À partir du 4 septembre, les manifestants prennent l’habitude de défiler chaque lundi. La plus grande manifestation se tient à Leipzig le 9 octobre. Beaucoup de y vont avec la peur au ventre, ils ont rédigé leur testament. Car on ne sait pas comment le pouvoir en place va réagir.

La " solution chinoise "

À l’Ouest, on craint que la RDA ne prenne pas exemple sur l’URSS, mais bien sur la Chine. Cette crainte de la " solution chinoise " est inspirée par le terrible massacre de la place Tian'anmen. Le 15 avril, des étudiants chinois envahissent les rues pour réclamer des réformes du communisme, ils veulent simplement plus de démocratie. Ils sont inspirés par Hu Yaobang, ancien dirigeant progressiste du parti communiste, qui vient de décéder.

Hu Yaobang était tombé en disgrâce en 1987, et avait dû abandonner le pouvoir. Mais il est resté une figure admirée des étudiants et des intellectuels chinois partisans de réformes démocratiques. Des manifestations spontanées ont lieu dans tout le pays et le gouvernement organise en son honneur des funérailles nationales le 22 avril. Mais avant cela, les 16 et 17 avril, d'autres rassemblements spontanés se tiennent sur la place Tian'anmen, demandant la réhabilitation politique de Hu Yaobang Le 18, quelques milliers d'étudiants et de civils y organisent un sit-in devant le Grand Palais du Peuple. Le 23 avril, lendemain des funérailles, les manifestations s’amplifient et tournent à l’émeute.

Les étudiants entament une grève de la faim. Les manifestations se poursuivent, mais les négociations s’enlisent. Aucun terrain d’entente n’est envisageable. Le 20 mai, les haut-parleurs sur la place Tian'anmen annoncent que le gouvernement chinois instaure la loi martiale. Le 4 juin 1989, l’armée tire. Les chars écrasent la foule. C’est un véritable massacre qui a lieu sur la place.

Alors à Leipzig, en ce 9 octobre, on craint de subir le même sort que la population chinoise. La Stasi est prête à intervenir violemment, on a même déjà prévu des housses pour évacuer les corps. Mais fort heureusement, le massacre n’arrivera pas.

On a demandé aux policiers et aux agents de la Stasi, après la réunification, pourquoi finalement ils n’avaient pas tiré à Liepzig, sur les manifestants. On sait que les manifestations, en général, ont commencé dans les églises.

Il y avait des cultes. Et les gens quittaient l’église avec des bougies à la main. Ils ont dit : " On ne pouvait pas tirer sur des gens avec des bougies à la main. 
(Vincent Von Wroblewsky)

 

La chute

Le 7 octobre 1989, la RDA souffle ses 40 bougies. Pour l’occasion, à Berlin-Est, les chefs des pays du bloc soviétique sont réunis. Mikhaïl Gorbatchev est présent et ne se prive pas de dire à Erich Honecker que le régime est-allemand est celui d’un autre temps. Il lâche la RDA, publiquement.

Une autre grande manifestation a lieu le 4 novembre sur l’Alexanderplatz à Berlin-Est. Le 9 novembre, Egon Krenz, qui a pris la place de Honecker, informe les principaux dirigeants du régime qu’une nouvelle législation sur les voyages des Allemands de l’Est vient d’être adoptée. Les voyages sont autorisés, le passage de la frontière est possible sans restriction. À 18h, une conférence de presse annonce ce changement. Elle est retransmise en radio et en télévision. Le peuple est enfin libre de ses mouvements.

La chute du mur, dans un premier temps, ce n’est pas un abattement de barbelés et de pans de béton, c’est d’abord la chute symbolique d’une frontière.

La foule s’amasse et franchit les postes-frontière. Allemands de l’Est et de l’Ouest peuvent enfin se retrouver librement. On assiste à des scènes de liesse et d’émotion, les deux populations se jettent dans les bras l’une de l’autre. Près de la porte de Brandebourg, on danse la " Lambada ", le tube de l’été 89, avec la police en uniforme.

Quelques mois plus tard, le 21 juillet 1990, Roger Waters, leader de Pink Floyd organise un immense concert sur la Potsdamer Platz de Berlin, noire de monde, pour célébrer la chute du mur. Roger Waters et une flopée de stars de l’époque, les Scorpions, Cyndi Lauper, Bryan Adams on encore Van Morrison, interprètent une version modifiée de " The Wall " tandis qu’un pan de mur de 170 mètres de long est détruit.

D’autres musiques sont associées à la chute du rideau de fer : " Looking for freedom " de David Hasselhof, " Heroes " de David Bowie, mais l’hymne de la réunification allemande, c’est incontestablement " Wind of change " des Scorpions. Ce groupe de Hard Rock est l’un des symboles de la décennie 80.

La réunification

Le 3 octobre 1990, la RDA cesse d’exister. La chambre déclare son adhésion à la République fédérale d’Allemagne.

Cette unification n’est pas vue d’un bon œil par tout le monde. En Allemagne, on craint dans certains milieux le retour d’une 3e Guerre mondiale. En France, François Mitterrand se méfie, car Helmut Kohl n’a consulté aucun de ses partenaires occidentaux pour mettre sur pied cette intégration. Et à Londres, Margaret Thatcher s’oppose, avec la fermeté qui la caractérise, à toute unification allemande. Les pays occidentaux vont alors émettre plusieurs conditions à l’unification allemande.

Les conditions mises à l’unité allemande seront la reconnaissance de la frontière entre l’Allemagne et la Pologne, qui a été réaffirmée de manière définitive. Une deuxième condition est que l’Allemagne unie ne sera jamais en possession d’arme nucléaire.

Et une troisième condition a été l’intégration dans les structures de l’OTAN, y compris pleinement l’Allemagne de l’Est. 
 (Andreas Wilkens)

Finalement, la construction européenne pourra se faire grâce à la chute du rideau de fer et grâce à l’unification allemande.

 

Yves Bigot – directeur général de TV5 Monde

Corinne Defrance – historienne

Bernard Dobbeleer – journaliste spécialiste des musiques des 20e et 21e siècles

Emmanuel Droit – historien spécialiste de l’Allemagne contemporaine

Pierre Marlet – journaliste responsable de l’info sur La Première

Jérôme Vaillant – spécialiste de la civilisation allemande contemporaine

Andreas Wilkens - historien

Vincent Von Wroblewsky  - philosophe ayant vécu en RDA

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