La folie des années 80

Les années 80 : 1981 - L’année de François Mitterrand


Les médias francophones publics vous font remonter le temps. Partez à la découverte d’une décennie haute en couleur qui aura marqué l’Histoire. Une série de huit épisodes qui vont feront vivre ou revivre la folie des années 80’.

1981, le Prince Charles de Galles épouse lady Diana Spencer, Georges Brassens et Bob Marley nous quittent. Et en France, c’est surtout une année d’élections présidentielles. Les Français et Françaises ne se passionnent pas vraiment pour la campagne. Le président sortant, Valéry Giscard D’Estaing, est quasiment assuré de rempiler. Il faut dire que la droite règne sans partage sur le pays depuis plus de 23 ans, et personne ne voit encore de challenger à VGE. Jusqu’à ce que…

Coluche, président !

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Coluche © Keystone - Getty images

Jusqu’à ce que quelqu’un décide de faire les trouble-fêtes. Humoriste ultra-populaire, Coluche se lance dans la campagne présidentielle, avec la conviction que sa candidature fera changer les choses, et que les politiques s’intéresseront enfin aux délaissés, celles et ceux qui d’habitude ne votent pas.

 

J'appelle les fainéants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les pédés, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux, les artistes, les taulards, les gouines, les apprentis, les Noirs, les piétons, les Arabes, les Français, les chevelus, les fous, les travestis, les anciens communistes, les abstentionnistes convaincus, tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques, à voter pour moi, à s'inscrire dans leurs mairies et à colporter la nouvelle.

Tous ensemble pour leur foutre au cul avec Coluche. Le seul candidat qui n'a aucune raison de vous mentir

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© Hulton Archive - Getty Images

Mais dans les cénacles politiques, la farce ne fait pas vraiment rire. Car au fil des mois, Coluche est crédité de 16% d’intention de vote. À gauche comme à droite, on tente de dissuader le comédien de maintenir cette candidature, et on fait preuve d’imagination pour salir son image dans la presse. Les renseignements généraux vont jusqu’à lui envoyer des menaces de mort anonymes, avec des lettres découpées dans les journaux.

Et cela finit par payer. Le 6 mars 1981, après 6 mois de campagne, Coluche décide de se retirer.

Je préfère que ma candidature s’arrête, parce qu’elle commence à me gonfler. Tant que ça m’a fait rire, c’était très bien, à partir du moment où ça ne m’a plus fait rire, ça se gâte un peu. Parce que si moi ça ne me fait pas rire, comment je vais faire pour faire rire les autres ? "

Le 10 mai 1981

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© Keystone - Getty Images

Ce soir-là, le vainqueur est annoncé. Et c’est la surprise. François Mitterrand, candidat socialiste, est élu Président de la République. Il avait frôlé la victoire, sept ans plus tôt, toujours contre Giscard, en réalisant le plus petit écart de score de l’histoire de la présidentielle.

 

Qu’est-ce qui fait qu’en 1981 ça marche, alors que ça ne marche pas en 1974 ? […] Simplement parce qu’il y a le génie tactique d’un homme, François Mitterrand, qui a réussi à comprendre comment ça fonctionnait vraiment, qui a bonifié en termes de communication, qui a trouvé le discours adapté : ne pas faire peur, ne pas effrayer. Il y a une espèce d’espoir immense, de rêve éveillé. Cette fête, lors du 10 mai 1981, est une fête inouïe. Sous la pluie, toute la nuit, des dizaines de milliers de personnes qui convergent, parce qu’on a l’impression que la société va radicalement changer. Il y a là quelque chose d’inédit. " (Pierre Marlet)

Dans son discours d’inauguration, Mitterrand aura des mots forts :

 

Il n’y a eu qu’un vainqueur, le 10 mai 1981, c’est l’espoir. Puisse-il devenir la chose de France la mieux partagée. 

C’est la première fois, dans l’histoire de la Ve République, qu’un président de gauche est élu. Et cela effraie à l’international. Il faut dire que presque partout ailleurs en Occident, c’est la droite conservatrice qui l’emporte, avec Ronald Reagan et Margaret Thatcher en chefs de file. En pleine guerre froide, un président socialiste, qui nomme des ministres communistes dans son gouvernement, voilà qui inquiète les alliés traditionnels de la France qui ont peur que l’OTAN ne soit fragilisée face au bloc communiste.

 

Le ministre de l’Intérieur, avant les élections de 1981 que remporte Mitterrand, son thème principal – je ne raconte pas d’histoire- était : si la gauche l’emporte en France, il y aura les chars soviétiques sur la place de la Concorde. Aujourd’hui tout ça nous fait rire, mais c’était le thème qui était développé. (Laurent Fabius)

L’espoir déçu

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©  Graham Turner - Getty Images

Mitterrand va prouver à ses alliés que même s’il est de gauche, il sera totalement acquis à la cause occidentale. Il soutient Thatcher dans la guerre aux Malouines, ou l’installation des euromissiles pour se défendre face à l’URSS. Aurait-il vendu son âme de gauche aux pressions de la droite ?

La gauche au pouvoir n’atteint pas ses promesses de campagne. La France est dans un marasme économique, et les formules proposées ne changent pas les choses. Le programme de Mitterrand ne fonctionne pas. Le chômage ne baisse pas, la situation économique ne se porte pas mieux. À la place, on tente d’empêcher l’inflation, de limiter l’endettement, de garder un franc fort. La gauche est obligée de prendre le tournant de la rigueur, comme partout ailleurs.

 

La gauche, elle est comme n’importe quel gouvernement. Elle ne peut pas empêcher ce qui se passe autour, dans le monde actuel. Elle est obligée d’accompagner le mouvement, en essayant d’avoir des politiques un peu plus sociales sans doute que le gouvernement de Thatcher en Angleterre, mais ça n’empêche pas qu’il y ait un changement profond de la société dans les années 80. (Pierre Marlet)

 

Différents scandales éclatent sous le mandat de Mitterrand : le coulage du Rainbow Warrior approuvé par l’Élysée, les écoutes téléphoniques de journalistes pour cacher l’existence de sa fille illégitime, des affaires qui entachent l’image du Président. Et l’électorat ne semble pas s’y tromper. La gauche perd face à la droite aux élections de 1986. Mitterrand reste en place, mais doit cohabiter avec un gouvernement de droite mené par un certain Jacques Chirac. C’est une première en France.

 

Tonton

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Jacques Chirac © Keystone - Getty Images

Cette cohabitation est en réalité du pain béni pour Mitterrand, qui parvient à se placer au-dessus de la mêlée. Il devient le seul protecteur des valeurs de gauche, le " tonton ", face à un gouvernement de droite. Et une nouvelle fois, en 1988, il remporte facilement l’élection présidentielle face à Chirac.

 

Je pense que ce sont les services de sécurité qui l’avaient nommé ainsi [tonton, NDLR]. Ça lui correspondait assez bien. C’est-à-dire un oncle sympathique. C’était un homme extrêmement impressionnant, charismatique, cultivé, grand passionné par la France et les Français, par la construction européenne et par l’Europe, très ami de beaucoup d’écrivains et d’intellectuels. Très soucieux de la jeunesse, parce que c’était son obsession, il pensait que c’était grâce ou à cause de la jeunesse que se définirait sa propre trace. (Jacques Attali)

 

 L’influence de Mitterrand est encore bien présente aujourd’hui. C’est à lui que nous devons par exemple la création des radios libres, et une réorganisation de l’audiovisuel. Cela va considérablement transformer le monde de la musique. Les grandes radios officielles laissent de l’espace à de nouvelles radios, et on commence à entendre sur les ondes d’autres artistes, moins connus, selon les envies des programmateurs. Beaucoup de DJ sont également animateurs radio, et si une chanson cartonne en boîte de nuit, elle se retrouve le lendemain sur les ondes, comme " Quand la musique est bonne " de Jean-Jacques Goldman, " Les démons de minuit " d’Image, ou " Nuit de Folie " de Début de Soirée. Des succès rapides, et souvent éphémères, tant faire de la musique et composer des morceaux devient plus facile. Les artistes font un tube, puis s’en vont, mais certains réussissent cependant à inscrire leurs rythmes dans le panthéon des chansons mythiques.

 

Les intervenants

Jacques Attali – conseiller de François Mitterrand

Marius Colucci – fils de Coluche

Laurent Fabius – ministre de François Mitterrand

Mathias Goudeau – coauteur du documentaire " La véritable histoire des stars des années 80 "

Patrick Hernandez – interprète de " Born to be alive "

Pierre Marlet – journaliste responsable de l’info sur La Première

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