La folie des années 80

La folie des années 80 : Restos du cœur, Live Aid - 1985, c'est l'année de la solidarité (Episode 5)


Les médias francophones publics vous font remonter le temps. Partez à la découverte d’une décennie haute en couleur qui aura marqué l’Histoire. Une série de huit épisodes qui vont feront vivre ou revivre la folie des années 80’.

1985, Mikhaïl Gorbatchev arrive à la tête de l’URSS, Simone Signoret décède, tout comme Michel Audiard, une expédition sous-marine retrouve l’épave du Titanic, et l’humoriste Coluche se mobilise pour l’association SOS racisme.


On n’a plus le droit ni d’avoir faim ni d’avoir froid

Cette même année 85, Coluche lance également un appel sur Europe 1: il est prêt à créer une cantine gratuite, à Paris, qui serait sponsorisée par des marques ou qui recevrait des excédents alimentaires, afin d’aider celles et ceux qui n’ont même plus les moyens de se nourrir convenablement. C’est le point de départ des Restos du Cœur.

 

Coluche est né à une époque et dans un milieu très pauvre : la banlieue sud de Paris durant les années du baby-boom, juste après la guerre. Il a vécu une enfance particulièrement pauvre. Alors il le dit, mais il le dit avec humour. Il dit : le plus dur chez nous c’était la fin du mois, surtout les trente derniers jours . (Marius Colucci)

 

Si Coluche soutient les œuvres caritatives qui aident des causes internationales, il veut aussi faire quelque chose pour aider les gens dans le besoin en France, qui ne sont plus seulement des gens dans la rue, mais aussi des personnes, des familles, que le chômage maintien dans la précarité.

Son projet de cantine est un énorme succès. Les dons affluent. Le 21 décembre, le tout premier Resto du Cœur ouvre ses portes à Lille. 5000 bénévoles ont distribué 8,5 millions de repas. Le succès est tel que Coluche donne une partie des dons qu’il n’a pas utilisés à l’abbé Pierre.

 

À la base, l’humoriste n’imaginait pas pérenniser son action, il pensait faire un " one shot ", comme ce qui s’était fait pour la famine en Éthiopie ou le tremblement de terre en Arménie. Mais dès l’année suivante, les Restos vont se multiplier et s’implanter. Car 1985, c’est aussi celle de la mort de Coluche dans un accident de la route. Alors pour lui rendre hommage, et continuer son combat, les bénévoles vont faire durer l’association dans le temps, jusqu’à aujourd’hui, 35 ans plus tard.

Mais avant de disparaître, Coluche fait appelle à ses copains artistes. Il sait que pour engranger de l’argent, il faut faire un tube. Une chanson que va lui écrire et composer l’artiste français le plus populaire de cette époque, Jean-Jacques Goldman, en seulement trois jours. Pour interpréter ce tube, les deux hommes réunissent quelques personnalités de la chanson, du cinéma, des médias, du sport. C’est la naissance des Enfoirés.

Après le décès de Coluche, sa veuve Véronique Colucci, décide de créer une tournée réunissant les 5 grandes stars françaises de l’époque, Goldman, Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Michel Sardou et Véronique Sanson, pour lever des fonds. Nous sommes en 1989, et la première tournée des Enfoirés a lieu.

Charity Business

Les années 80 voient donc se multiplier ce genre de concerts caritatifs à grande échelle, et pas seulement en France. Ces mégaconcerts sont retransmis sur les télévisions du monde entier, et drainent des millions de téléspectateurs. Les plus grosses stars internationales y participent. C’est ce que l’on a appelé le " Charity Business ", le business de la charité.

Et parmi tous ces concerts, le Live Aid va marquer l’histoire de la musique. Créé par Bob Geldof pour soulever des fonds contre la famine meurtrière qui sévit en Éthiopie, le Live Aid réunit les plus grands en deux concerts simultanés, l’un à Wembley à Londres, l’autre à Philadelphie. Phil Collins, Paul McCartney, Mick Jagger, Tina Turner, Elton John, Led Zepplin, les Who, George Michael, ils sont venus, ils tous là. Mais l’événement le plus marquant, celui qui va entrer dans la légende du rock, c’est sans conteste le set de Queen et la bouleversante interprétation de Freddy Mercury.

S’il a marqué les mémoires, le Live Aid ne sera qu’un événement unique, il ne restera pas dans le temps. Mais il fera des petits, en égrainant le principe des concerts caritatifs. Le Farm Aid, par exemple, en sera un dérivé direct. Lorsqu’en voyant le succès des concerts de Wembley et Philadelphie, Bob Dylan déclare qu’il espère qu’une initiative similaire pourrait aider les fermiers américains surendettés, il est pris au mot par trois de ses condisciples. Willie Nelson, John Mellencamp et Neil Young vont monter un concert similaire, qui surfe sur ce " Charity Business ".

 

 

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© Mike Cameron / Getty Images

Bob Geldof n’est cependant pas le seul à vouloir aider l’Éthiopie. Le 28 janvier 1985, aux États-Unis, se tiennent les American Music Awards. C’est ce moment que choisissent plusieurs musiciens, sous l’impulsion du roi de la pop, Michael Jackson, de Quincy Jones et de Lionel Richie, pour enregistrer un tube destiné lui aussi à récolter des fonds contre la famine : " We are the world ".

Car si le Live Aid avait un accent très britannique, malgré la participation de plusieurs artistes américains, il faut que les États-Unis aussi montrent ce dont ils sont capables. On va donc rassembler une pléthore de stars encore plus impressionnante. Les plus grandes célébrités sont autour de Jackson : Bob Dylan et Tina Turner à nouveau, mais aussi Stevie Wonder, Paul Simon, Cindy Lauper, Bruce Springsteen, et une foule d’autres. Toutes et tous sont aux American Music Awards, c’est donc le moment parfait pour les réunir. Le collectif sera baptisé " USA for Africa ". Il n’y aura pas de grands concerts, mais le tube va engranger un succès phénoménal.

La solidarité en France

En France aussi, l’Éthiopie émeut. Si Goldman, Leforestier, Sardou, Balavoine ont tous l’habitude de livrer des chansons engagées sur des thèmes forts, ils le font généralement en solo. C’est Renaud qui va réunir une quarantaine d’artistes de tous horizons dans le collectif " Chanteurs sans frontières ", sur le modèle de " USA for Africa ".

Dans les années 80, on s’intéresse beaucoup plus à ce qui se passe autour de nous, dans le monde. Et les chanteurs vont s’en préoccuper, en venant en aide à plein de causes différentes. […] Certains vont vouloir redonner ce qu’ils ont. C’est le cas de Michel Berger, de Balavoine. Ils ont besoin que leur succès ne soit pas vide, qu’il ait du sens. On ne peut pas chanter " Quand le désert avance " sans aller éviter qu’il avance. Il y a ce besoin d’être cohérent entre ce qu’on chante et la réalité de l’aide qu’on apporte. (Mathias Goudeau)

 

France Gall, Michel Berger et Daniel Balavoine mettront d’ailleurs eux aussi sur pied un projet humanitaire en 1985 : " Actions Écoles ", directement inspiré du Live Aid. Le but est d’aller sensibiliser dans les écoles sur la situation en Afrique. C’est pour cette association que travaille Balavoine lorsqu’il meurt dans un accident d’hélicoptère cette année-là. C’est suite à ces voyages en Afrique que France Gall chantera " Babacar ".

 

Un soutien politique

Parfois, les collectifs musicaux ne vont pas seulement soutenir des causes humanitaires pour des famines, des guerres ou des catastrophes. La cause se fait parfois bien plus politique et revendicative.

La fête de SOS Racisme prend place le 15 juin 1985 place de la Concorde à Paris. Cette date marque également le départ de la caravane Jéricho, une initiative destinée à attirer l'attention de l'opinion publique sur le cas du musicien nigérian Fela Kuti qui est emprisonné depuis le 8 novembre 1984. La caravane ainsi baptisée "Parce que c'est la musique qui va faire tomber les murs" selon l'expression des artistes qui compte une vingtaine de musiciens africains des groupes Ghetto Blaster, de Mory Kanté, de Ray Léma, de Salif Keita... et va sillonner l'Europe pour apporter son soutien à Fela.

Mais s’il est bien un prisonnier politique qui va catalyser une vague de soutien dans les années 80, c’est Nelson Mandela. L’homme est emprisonné en Afrique du Sud depuis 1964, condamné à la perpétuité pour sédition après avoir mené la lutte contre l’Apartheid. Mandela, c’est le symbole international de la lutte contre le racisme. Il veut l’égalité entre noirs et blancs, le droit de vote pour les noirs, l’éducation pour tous. Pourtant, Mandela, dans les années 60, avait choisi la lutte armée contre le régime de l’Apartheid, c’est cela qui lui vaudra la clandestinité et sa condamnation.

Les artistes se mobilisent avec deux revendications : le soutien à Mandela et l’abolition du régime de l’Apartheid. En 1985, le projet " Artists united against Apartheid " voit le jour sous l’impulsion de Steven Van Zandt, le guitariste de Bruce Springsteen. Le morceau " Sun City " sort cette même année, en référence au lieu où se sont tenus beaucoup de concerts de grandes stars en Afrique du Sud, et qui est régulièrement appelé à être boycotté.

En 1988, un nouveau concert a lieu à Wembley, pour les 70 ans du prisonnier Mandela. Aux sets musicaux se succèdent des prises de paroles bien plus politiques. L’impact de ce rassemblement aura sans doute influencé la décision de libérer Mandela, le 11 février 1990, soit deux ans plus tard.

Les artistes se mobilisent avec deux revendications : le soutien à Mandela et l’abolition du régime de l’Apartheid. En 1985, le projet " Artists united against Apartheid " voit le jour sous l’impulsion de Steven Van Zandt, le guitariste de Bruce Springsteen. Le morceau " Sun City " sort cette même année, en référence au lieu où se sont tenus beaucoup de concerts de grandes stars en Afrique du Sud, et qui est régulièrement appelé à être boycotté.

En 1988, un nouveau concert a lieu à Wembley, pour les 70 ans du prisonnier Mandela. Aux sets musicaux se succèdent des prises de paroles bien plus politiques. L’impact de ce rassemblement aura sans doute influencé la décision de libérer Mandela, le 11 février 1990, soit deux ans plus tard.

La naissance de la World Music

Cette voie humanitaire, cette ouverture sur le monde aura des influences dans le domaine culturel et notamment dans la musique puisque c’est au cours des années 80 qu’est né le concept de World Music. Les musiciens de l’Afrique francophone présents en Europe, comme Mory Kante, Angélique Kidjo ou Youssou N’Dour, réussissent à percer avec leurs rythmes traditionnels, parfois mixés au goût occidental.

Ces " musiques du monde " (un terme valise qui ne veut pas vraiment dire quelque chose) vont prendre de l’importance dans les années 80. Des artistes blancs, comme Peter Gabriel, vont s’intéresser aux sonorités venues d’autres continents, mais aussi des nombreuses diasporas présentes un peu partout en Europe. Les frontières musicales commencent à se dissoudre, on n’écoute plus seulement des tubes produits en Europe ou en Amérique du Nord, et on s’inspire de ces musiques variées. L’Afrique arrive sur les ondes radio, bientôt suivie par d’autres régions du monde, les Caraïbes, le monde arabe, l’Inde, l’Amérique du Sud, et ce jusqu’à aujourd’hui, avec par exemple le succès phénoménal des groupes de K-pop, la pop coréenne.

 

Une série réalisée par Cécile Poss et Marion Guillemette.

Avec les interventions de :

 

Yves Bigot – directeur général de TV5 Monde

Marius Colucci – fils de Coluche

Bernard Dobbeleer – journaliste spécialiste des musiques des 20e et 21e siècles

Mathias Goudeau – coauteur du documentaire " La véritable histoire des stars des années 80 "

Dominique Lagarde - journaliste

Laurent Rieppi – journaliste et historien du rock

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