La folie des années 80

La folie des années 80 : 1988, la main de Dieu de Maradona, drame du Heyzel et guerre en Irak (Episode 8)


Les médias francophones publics vous font remonter le temps. Partez à la découverte d’une décennie haute en couleur qui aura marqué l’Histoire. Une série de neuf épisodes qui vont feront vivre ou revivre la folie des années 80’.

1988, Pierre Desproges et Françoise Dolto nous quittent, Georges H.W. Bush est élu président des États-Unis, et la guerre qui oppose l’Iran et l’Irak depuis huit ans prend fin.

Un monde déstabilisé

Cette guerre aura véritablement marqué la décennie pour sa longueur. La rivalité entre les deux pays, l’un chiite, l’autre sunnite, ne fait que grandir dans les années 70, jusqu’à l’affrontement, le 20 août 1980, lorsque Sadam Hussein déclare la guerre à l’Iran. Face à lui, l’homme fort iranien depuis la révolution islamique, l’ayatollah Khomeini.

Cette guerre surprend le monde entier, car pour la première fois depuis le début de la Guerre froide, il ne s’agit pas d’un conflit entre l’Est et l’Ouest. Elle est longue, fait de nombreux morts, les armes chimiques utilisées commettent des atrocités. Aucun camp ne gagne vraiment, et au bout de huit années de conflit, un cessez-le-feu est établi le 8 août 1988. Mais 800 000 personnes y auront malgré tout perdu la vie.

L’Iran, depuis sa révolution, est au ban de la communauté internationale. Le régime de l’ayatollah se déclare hors du jeu diplomatique de l’époque qu’est la Guerre froide. L’Iran n’est allié ni de l’URSS ni des États-Unis. Ces derniers sont, au contraire, un ennemi diabolique. Une opposition qui existe encore aujourd’hui.

 

 

En Europe, ce sont des problèmes internes violents qui secouent la société. À Bologne, une bombe explose dans une gare. Les brigades rouges terrorisent l’Allemagne fédérale, en France c’est le groupuscule Action Directe qui commet des assassinats, et en Belgique, ce sont les CCC, les Cellules Combattantes Communistes, qui revendiqueront 21 attentats en 2 ans.

L’extrême gauche et l’extrême droite sont toujours à l’œuvre derrière ces actions violentes.

Mais en Belgique, ce sont surtout les tueurs du Brabant qui terrorisent la population. Des grandes surfaces sont prises d’assaut par une bande qui n’hésite pas à abattre froidement clients et employés. De 1982 à 1985, le pays vivra dans la terreur de ces attaques, dont les auteurs restent encore à ce jour inconnus.

Un autre drame va bouleverser la Belgique, le 29 mai 1985, celui du Heysel. Le stade bruxellois accueille la finale de la coupe d’Europe de football qui oppose Liverpool à la Juventus. Dans les gradins, une terrible bousculade a lieu. Des supporters belgo-italiens sont attaqués par des hooligans anglais. C’est la panique, les gens tentent de fuir des gradins du bloc Z, mais la cohue devient un mouvement de foule meurtrier. Les forces de l’ordre sont dépassées. Il y aura 39 morts et 600 blessés. Ce drame influencera grandement la mise en place de nouvelles mesures de sécurité dans les stades de sport à travers le monde.

Le match se jouera tout de même, car son annulation pourrait faire naître de nouvelles violences. Michel Platini marque, et c’est une victoire de l’Angleterre, qui sera tout de même bannie de la compétition durant 5 ans.

À la mi-temps, avant le match, puis quand on est rentré sur le terrain, on voyait que c’était la guerre partout. Là, j’ai pris un sacré coup de vieux, parce que quand on voyait les supporters d’un côté et les autres, de l’autre, qui s’insultaient, qui pleuraient…je crois que le football a complètement disparu de ma tête hier soir. dira Platini, en interview, le lendemain.

Les stars du sport

Nous sommes au Mexique en 1986. Le pays acceuille, cette année-là, la coupe du monde de football. Le 22 juin, en quart de finale, l’Argentine s’oppose à l’Angleterre, les deux nations qui ont été en guerre dans les Malouines. À la 51e minute de jeu, Diego Maradona ouvre le score en marquant un but….de sa main.

Mais l’arbitre ne le voit pas, et accorde le point aux Argentins. On parlera plus tard de " main de Dieu ". Le second but marqué par Maradona, qui traverse littéralement tout le terrain à lui seul sans perdre le ballon, est quant à lui rentré dans l’histoire comme probablement le plus beau but jamais inscrit. La légende Maradona est à jamais écrite.

Mais si cette " main de Dieu " marque indéniablement le monde du sport des années 80, d’autres grands noms dans d’autres disciplines vont émerger. C’est le cas notamment de la Formule 1 qui prend ses lettres de noblesse, grâce à des pilotes comme, Thierry Boutsen, Gilles Villeneuve, Ayrton Senna et Alain Prost.

Sur les courts de tennis, on voit Yannick Noah, Stefi Graf, Martina Navratilova, Chris Evert, John Mc Enroe ou Bjorn Borg. Tous ces noms qui résonnent comme ceux de grandes stars. Car c’est bien à un phénomène de " starification " du sport que l’on assiste.

L’année du scandale

Malgré le star-system qui entoure les sportifs de renoms, ils n’échappent cependant pas aux scandales. C’est justement en 1988 que l’un d’eux va éclater. Nous sommes en Corée du Sud, à Séoul, qui accueille les 24e Jeux Olympiques d’été. En ce 24 septembre, le sprinter canadien Ben Johnson réussit un exploit, il remporte le 100 m en 9,83 secondes. C’est un phénomène. Mais c’est aussi une triche, car Johnson est dopé. Un mythe s’effondre.

Cette affaire de dopage va permettre de surveiller encore de plus près les athlètes. Il faut dire que la pression sur les sportifs est énorme. On attend qu’ils dépassent leurs limites, qu’ils deviennent des stars, des héros, des modèles pour la jeunesse. Le sport résume bien les valeurs véhiculées dans les années 80, le " fric ", la réussite, le culte de la performance et la jeunesse.

Un cinéma du sport et de la virilité

Au cinéma aussi, on essaie de faire passer ces valeurs typiques de l’ère Reagan. La compétition ou le militarisme deviennent les sujets de films comme la saga Rocky, Rambo, Top Gun. Sylvester Stallone, Chuck Norris, Bruce Willis, Clint Eastwood, Tom Cruise et Schwarzeneger deviennent des idoles toutes en muscles, héros d’une Amérique combattante.

C’est la vision d’un monde très simple, qui se résume à des grandes valeurs : les gentils/les méchants, les cool/les pas cool. Ça traverse vraiment tous les films : comédie, films d’action.

C’est très étonnant de voir que sous cette ère Reagan, qui est arrivé au pouvoir en 1979, le cinéma va tout à fait cautionner les idées de droite, va se construire entière autour de personnages masculins, blancs, et puissants.

C’est vraiment l’image d’une société fondée sur la compétition, qu’on n’interroge absolument pas.
 (Dick Tomasovic)

 

Le cinéma devient une glorification permanente de la culture du corps parfait, des muscles gonflés, dont on retrouve encore des traces dans le cinéma grand public d’aujourd’hui. Ce culte de la performance est toujours bien présent, surtout dans les films d’action à la " Fast and Furious ".

 

Mais certains cinéastes s’opposent à cette vision à deux dimensions de l’Amérique, comme Brian De Palma, Tim Burton ou David Lynch, qui présente des visions plus personnelles et plus critiques dans leurs films. Avec le bouleversant " Elephant man ", en 1980, Lynch livre une critique acerbe de cet étalage du show à l’américaine, de cette culture des corps parfaits. Son héros est difforme, effrayant, mais tellement humain.

Les films de genre vont se développer dans ces années 80, les films d’action, les comédies, les films d’horreur, les films de science-fiction et aussi les films fantastiques et leurs effets spéciaux. Le film qui marquent les esprits en 1982, c’est évidemment " E.T. l’extraterrestre ", de Steven Spielberg. Avec le progrès des ordinateurs, on peut commencer à utiliser des effets spéciaux numériques, qui n’en sont qu’à leurs débuts, mais vont finir par exploser à tel point que pour beaucoup de grosses productions actuelles, la postproduction des effets spéciaux est la plus grosse partie de leur confection.

Une série réalisée par Cécile Poss et Marion Guillemette.

Avec les interventions de :

Michel Lecomte – ancien directeur des Sports à la RTBF

Pierre Marlet – journaliste responsable de l’info sur La Première

Thomas Snégaroff – journaliste et historien spécialiste des États-Unis

Dick Tomasovic – professeur de cinéma et des arts audiovisuels à l’ULiège

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