La folie des années 80

La folie des années 80: 1987, l'année de la détente et de l’écologie (Episode 7)


Les médias francophones publics vous font remonter le temps. Partez à la découverte d’une décennie haute en couleur qui aura marqué l’Histoire. Une série de neuf épisodes qui vont feront vivre ou revivre la folie des années 80’.

1987, Wall Street connaît de gros crashs, Andy Warhol meurt d’une crise cardiaque, et Reagan et Gorbatchev signent un accord de désarmement nucléaire, c’est la fin de la crise des missiles.

La guerre des étoiles

Nous sommes le 8 décembre 1987 à Washington. Mikhaïl Gorbatchev et Ronald Reagan signent donc ce traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire. C’est le point final d’un épisode majeur de la Guerre froide, la crise des Euromissiles. Le soulagement est grand dans la population, surtout en Europe. Car tout au long de la décennie, la menace d’un conflit nucléaire entre USA et URSS est réelle, et pèse sur le continent.

Cette crise voit le jour en 1977, lorsque les Soviétiques décident de remplacer de vieux missiles stationnés dans certains pays de l’Est par une nouvelle génération de missiles bien plus efficaces, les SS20. Ils permettent de cibler une zone bien plus précise, et ont un rayon d’action de 5000 km. Ils peuvent donc atteindre n’importe quel pays d’Europe occidentale. De quoi faire peur.

Et l’Occident répond à la menace. Les États-Unis installent à leur tour des missiles en Europe. C’est à nouveau l’escalade à l’armement. Le risque de dérapage est bien réel. Il suffirait d’un bête incident pour que le chaos nucléaire s’abatte sur l’Europe.

C’est cette perspective qui fait émerger une série de mouvements pacifistes. Partout sur le continent, des marches monumentales sont organisées pour rejeter cette course aux missiles. Mais rien n’y fera, durant dix ans, la militarisation ne fera qu’augmenter.

Il faut dire que si dans les années 70, on assistait à une détente dans la Guerre froide, tout s’arrête avec Reagan. Le président américain est un farouche anticommuniste. Profondément croyant, il associe le communisme au diable, au mal absolu. Pour dialoguer avec l’URSS, il faut d’abord lui montrer qu’on est plus fort qu’elle. Dès son arrivée au pouvoir, il augmente donc considérablement le budget militaire.

Il est intimement convaincu que si l’URSS doit tomber, ce n’est pas par la négociation, mais par la force. Il sait que l’économie du pays est faible, et pense que la relance de l’armement à outrance ruinera les finances de son adversaire. Et il aura raison. Le budget soviétique alloué à l’armée est faramineux, bien au-dessus de ses moyens, et la crise des missiles va précipiter la fin du régime.

Cette course à l’armement sera surnommée " guerre des étoiles ". Le but américain est de créer un bouclier de missiles pour intercepter tous les missiles soviétiques qui pourraient s’envoler pour frapper les États-Unis ou ses alliés. Un projet qui, dans la pratique, est irréalisable. Et en URSS, un homme se rend compte du piège tendu par l’Amérique.

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©  Alex Potemkin - Getty Images

Il faut dire que si dans les années 70, on assistait à une détente dans la Guerre froide, tout s’arrête avec Reagan. Le président américain est un farouche anticommuniste. Profondément croyant, il associe le communisme au diable, au mal absolu. Pour dialoguer avec l’URSS, il faut d’abord lui montrer qu’on est plus fort qu’elle. Dès son arrivée au pouvoir, il augmente donc considérablement le budget militaire.

Il est intimement convaincu que si l’URSS doit tomber, ce n’est pas par la négociation, mais par la force. Il sait que l’économie du pays est faible, et pense que la relance de l’armement à outrance ruinera les finances de son adversaire. Et il aura raison. Le budget soviétique alloué à l’armée est faramineux, bien au-dessus de ses moyens, et la crise des missiles va précipiter la fin du régime.

Cette course à l’armement sera surnommée " guerre des étoiles ". Le but américain est de créer un bouclier de missiles pour intercepter tous les missiles soviétiques qui pourraient s’envoler pour frapper les États-Unis ou ses alliés. Un projet qui, dans la pratique, est irréalisable. Et en URSS, un homme se rend compte du piège tendu par l’Amérique.

L’homme providentiel

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©  Sion Touhig - Getty Images

En 1985, l’arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev est signe d’un nouvel espoir de détente. L’homme a bien compris que l’économie de son pays ne survivra pas à cette guerre des étoiles. Il veut dialoguer avec l’Occident.

Mais plus profondément, il entend reformer les fondements du communisme. Terminé la bureaucratie austère dirigée par des vieillards omnipotents. Il veut donner un visage humain, et enterrer définitivement le régime dictatorial. Deux mots peuvent résumer sa politique, "glasnost " et " perestroïka ", transparence et reconstruction.

C’est une révolution. C’est impensable. Dans un premier temps, les chancelleries occidentales seront toutes circonspectes, dubitatives. Est-ce que vraiment, Gorbatchev veut changer la société soviétique ? Est-ce que vraiment, il veut le désarmement ?

Est-ce que vraiment, il veut introduire une forme d’économie de marché au sein du communisme ? Il y a un doute. Et petit à petit, on s’aperçoit que le tournant est bel et bien pris. C’est une chance, une opportunité.
 (Pierre Marlet)

Les Occidentaux sont séduits, et particulièrement Margaret Thatcher. Elle voit l’opportunité que Gorbatchev entrouvre. C’est elle qui fera en sorte que Mitterrand, Kohl et surtout Reagan, acceptent le dialogue avec le leader russe. L’heure est enfin à la seconde détente.

Des catastrophes sans précédent

La crise des euromissiles aura déclenché plusieurs manifestations pacifistes, et c’est d’ailleurs dans les années 80 que l’on commence à dénoncer les méfaits du nucléaire, ainsi que les activités humaines sur l’écosystème. Plusieurs catastrophes ont jalonné la décennie, dont la plus tristement célèbre restera celle de la centrale de Tchernobyl.

La nuit du 25 au 26 avril 1986, les techniciens de la centrale nucléaire Lénine doivent mener une expérience d’auto-alimentation du réacteur n°4, au cas où il tomberait en panne. Ils tentent de réduire la puissance du réacteur à son minimum. En vain. Pire, il s’emballe. En moins de quelques secondes, sa puissance est multipliée par 1000. À 1 heure 23 minutes et 44 secondes du matin, le réacteur IV explose, provoquant un faisceau multicolore chargé de particules en fusion qui s’élève à plus d’un kilomètre d’altitude.

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl va elle aussi contribuer à affaiblir le pouvoir de l’Union soviétique qui veut absolument garder le secret de l’ampleur de la catastrophe. Pourtant les relevés de radioactivité sont effrayants, soit plus de 600 000 fois la norme. De quoi tuer tous les habitants en moins de 72h. La population est évacuée, mais l’URSS tait la catastrophe à l’internationale.

Deux jours plus tard, le taux de radioactivité augmente brutalement en Suède. Très vite, on comprend qu’un accident a eu lieu en Ukraine, mais le régime continue à prétendre que la situation est sous contrôle. C’est faux, le nuage radioactif s’est déjà déversé sur l’Europe entière.

 

On estime le nombre total de décès en raison des irradiations de Tchernobyl à environ 4 000 à terme. On dénombrerait aussi 5000 cancers de la thyroïde chez les enfants.

Cette catastrophe est une prise de conscience mondiale. Le nucléaire, même civil, est une menace sans précédent sur la planète et sur la survie de l’espèce humaine. La pollution créée par l’explosion rend la région inhabitable pour plusieurs milliers d’années.

Mais Tchernobyl n’est pas la seule catastrophe écologique d’ampleur qui émaille les années 80. Au large de l’Alaska, le naufrage du pétrolier Exxson Valdez, en 1989, provoque une marée noire dévastatrice pour la biodiversité.

Avant cela, c’est en Inde, à Bhopal, que ce qui est alors la plus grande catastrophe industrielle de tous les temps a lieu, le 3 décembre 1984. Une fuite de gaz dans une usine d’insecticide provoque un nuage toxique qui s’abat sur la ville, et cause près de 4000 morts en quelques secondes. L’entreprise américaine responsable de l’usine ne paiera jamais les victimes survivantes comme elle l’aurait dû. La catastrophe de Bhopal est l’événement fondateur de la lutte contre l’impunité des grandes sociétés internationales.

Une conscience pour la planète

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© Jeff J Mitchell / Getty Images

En 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement de  l’ONU publie un rapport intitulé " Our common Future ". Notre avenir commun. C’est le rapport Brundtland du nom de la Norvégienne Gro Harlem Brundtland qui présidait la commission. C’est la première fois qu’on parle de développement durable.

La communauté internationale commence à se mettre en place pour faire face de manière commune aux dangers que l’on fait courir aux écosystèmes. Il y a toute une série d’initiatives au cours des années 80, qui vont d’ailleurs déboucher sur la création du GIEC, en 1988. Mais aussi la négociation de conventions, de protocoles.

Par exemple pour lutter contre la détérioration de la couche d’ozone stratosphérique qui est une menace pour la santé humaine, puisque le passage des rayons du soleil ne sont plus bloqués, et cela peut entraîner des cancers de la peau. 
(Olivier De Schutter)

Les années 80 voient aussi l’invention du terme " biodiversité " et les premières prises de conscience du réchauffement climatique, notamment lorsque le parc national de Yellow Stone est ravagé par le feu à cause d’une vague de chaleur. De nouveaux partis verts, écologiques, voient le jour un peu partout dans les pays démocratiques. Si la décennie est indéniablement celle du néolibéralisme ultra-capitaliste de Reagan et Thatcher, on voit tout de même le début de la naissance d’une écologie politique et économique.

 

Une série réalisée par Cécile Poss et Marion Guillemette.

Avec les interventions de :

Nicole Bacharan – politologue spécialiste des États-Unis

Phillipe Chassaigne – historien spécialiste de la Grande-Bretagne

Olivier De Schutter – professeur à l’UCLouvain et à Science-Po Paris, rapporteur spécial des Nations Unies sur l’extrême pauvreté et les droits humains

Pierre Marlet – journaliste responsable de l’info sur La Première

Laurent Rieppi – journaliste et historien du rock

Thomas Snégaroff – journaliste et historien spécialiste des États-Unis

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